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dimanche 7 mars 2021

Le ciel se dégage pour Yaïr Lapid

 


LE CIEL SE DÉGAGE POUR YAÏR LAPID


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps




Yaïr Lapid, né le 5 novembre 1963 à Tel-Aviv, a une qualité, celle de n’avoir jamais baissé les bras et d’avoir été fidèle à ses convictions centristes. En janvier 2012, il avait créé Yesh Atid, (Il y a un futur), parti centriste laïc, après avoir mis fin à sa carrière de journaliste (Ba-M’ahane journal de l’armée, Maariv, Yediot Aharonot, Aroutz-1 et Aroutz-2). Il avait précisé que Yesh Atid différait du parti libéral anticlérical Shinouï qui fut dirigé par son père Tommy Lapid, par sa diversité et par la présence de figures religieuses comme le rabbin Shai Piron. Yesh Atid fit une entrée spectaculaire sur la scène politique israélienne lors des élections législatives de 2013 en obtenant 14,19% des voix et 19 sièges, devenant ainsi la deuxième force politique du pays. Mais le parti n'a pas réussi à rééditer cette performance lors des élections de 2015, à l'issue desquelles il n’a obtenu que 11 mandats.





Comme tous les débutants en politique, il a été grugé et humilié par Netanyahou à partir de mars 2013 après avoir imposé ses conditions pour entrer dans son gouvernement : le refus de siéger avec les orthodoxes, préférant la présence de Naftali Bennett du Foyer Juif. Mais il s’est fait avoir car il avait demandé à être ministre des affaires étrangères, sa spécialité alors que Netanyahou a préféré le neutraliser au ministère des Finances, où il n’y connaissait rien. Un bon moyen de le déconsidérer.

Très vite des relations conflictuelles se sont installées entre les deux leaders sur plusieurs questions fondamentales comme la création d’un État palestinien et le refus de développer des constructions en Cisjordanie. Le 2 décembre 2014, le premier ministre le renvoya de son gouvernement sans ménagement. Cet échec le rendit définitivement adversaire de Netanyahou. Il a donc connu les mêmes déboires que Benny Gantz en étant crédule et en pensant que le premier ministre jouerait un rôle démocratique. Gantz et Lapid ont compris tardivement qu’ils ne pouvaient plus s’associer à lui.



Yaïr Lapid s’est accroché et a résisté malgré la chute de son parti en 2015 réduit à 11 députés. Il savait qu’il rebondirait. Il a ainsi participé à la création, le 9 avril 2019, de Kahol-Lavan qui a récolté autant de voix que le Likoud avec 35 sièges pour ensuite le dépasser le 17 septembre 2019 (33 contre 32). Renversement de tendance le 2 mars 2020 avec 36 sièges au Likoud contre 33. Mais le parti Kahol-Lavan s’est alors brisé après la décision de Benny Gantz et de ses amis de rejoindre un gouvernement de Netanyahou, annihilant les espoirs de ceux qui espéraient le changement.

Aujourd’hui, Lapid a retrouvé ses couleurs de 2013 en devenant selon les sondages le deuxième parti de la Knesset et le premier de l’opposition 18/19 sièges contre 27/29 pour le Likoud. Netanyahou est pour l’instant en minorité avec une impossibilité de constituer un gouvernement malgré l’apport éventuel des voix de Yamina. De son côté, Gideon Saar a fait illusion après un départ en trombe car il n’arrive pas à percer de même que Naftali Bennett arrivé à égalité mais chacun à huit sièges voix de Lapid ; un retard difficile à combler en trois semaines.



Naftali Bennett a modéré ses exigences puisqu’il a compris qu’il n’aura pas la force suffisante pour imposer sa loi. L’opposition effritée ne devra son salut que dans le cadre d’une alliance que certains qualifient de bric et de broc comprenant la gauche atone, Benny Gantz convaincu de son erreur d’avoir rejoint Netanyahou, le nationaliste Avigdor Lieberman lui aussi brouillé avec le premier ministre, Gideon Saar le rebelle et enfin Naftali Bennett contraint de réduire ses prétentions s’il veut être ministre.

Lapid est en tête de l’opposition et logiquement il est en droit de postuler à la direction du gouvernement d’alternance. Gideon Saar, en chute libre dans les sondages, s’est fait une raison et il préfère entrer dans un gouvernement sous la férule de Lapid que de siéger dans l’opposition. D’ailleurs il a chargé un de ses adjoints, Danny Dayan, d’annoncer que «si Lapid reçoit un mandat pour former un gouvernement - nous allons nous asseoir avec lui pour des négociations. Les ambitions personnelles ne doivent pas nous entraîner dans une cinquième campagne électorale». Ce serait la consécration pour le chef des Centristes puisque Gideon Saar avait exclu la possibilité de siéger sous le président de Yesh Atid.



Bien sûr ces hypothèses peuvent évoluer à 20 jours des élections. Les sondages expriment une image à un instant donné et ils comportent beaucoup d’incertitudes en raison du nombre de sondés encore indécis. Tout dépend de la solidité du clan des anti-bibi qui risquent de se fourvoyer dans une guerre d’égos. Mais Netanyahou ne baisse jamais les bras. Il aime le combat et il peut toujours utiliser des ficelles politiques dont il est le seul maitre. Yaïr Lapid pourrait trouver un obstacle sur sa route, une sorte de pure fantaisie, consistant à ce que le gouvernement le plus à droite de l’Histoire d’Israël puisse voir le jour avec le soutien du mouvement islamique Raam dirigé par Mansour Abbas et de Naftali Bennett qui ne s’est jamais engagé à ne pas entrer dans un gouvernement Likoud. Rien n’arrête un leader qui veut survivre.  Netanyahou reste un animal politique quand bien même il serait en difficulté.



Yaïr Lapid, constant dans son objectif, a continuellement labouré ses terres, suffisamment pour devenir enfin le premier de la classe. Il semble que son moment soit arrivé, le seul où il pourrait enfin se trouver sur le ring face à face avec Netanyahou. C’est sa première et unique chance car, pour la première fois en neuf ans en politique, il est le principal challenger du premier ministre. Cette élection pourrait lui permettre de constituer une coalition majoritaire difficile mais viable avec la satisfaction d’avoir éliminé un concurrent dangereux qui se sentait inamovible.

1 commentaire:

Yaakov NEEMAN a dit…

"Yaïr Lapid, né le 5 novembre 1963 à Tel-Aviv, a une qualité, celle ...d’avoir été fidèle à ses convictions centristes" Mon défunt père disait : "Il n'y a que l'homme absurde qui ne change pas." L'embellie de Lapid dans les sondages manifeste surtout l'absence de maturité politique et de jugement de l'électorat israélien, qui n'a pas de mémoire, qui a oublié le fiasco que fut son passage aux Finances. Comment un homme qui a fait l'armée derrière une machine à écrire pourrait-il avoir une claire conscience des enjeux sécuritaires du pays ?