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jeudi 1 avril 2021

Fondamentaux par Claude MEILLET

 


FONDAMENTAUX


Chronique d'humeur de Claude MEILLET


 

soirée électorale

Jonathan tentait en vain de circonscrire l’ire de l’une et la réaction outragée de l’autre. Le sujet du débat furioso, les premiers résultats de cette énième édition de l’élection législative israélienne. Il avait beau tenté d’introduire une dose de mesure aussi bien auditive qu’argumentaire, car l’aigüe commençait à prédominer dans le ton des voix, en arguant du caractère provisoire des résultats annoncés, il ne pouvait que faire le constat de son manque criant, lui aussi, d’influence. Comme dans les combats de boxe, il réussit tout de même à endosser la fonction d’arbitre, à s’intercaler, avec tous les risques attachés, entre les deux débatteurs, en imposant la règle stricte, «Toi d’abord, toi ensuite».




Honneur à la femme. La jeune prof de français, lunettes rébarbatives tombant de dessus ses cheveux sur son nez pointu chaque fois que son hochement de tête ponctuait un peu trop violemment une phrases tueuse, laissait exploser sa révolte. «Je ne marche plus. Je ne suis pas venue ici, dans ce qui est maintenant mon second pays, par idéal, par fidélité, par solidarité, pour me retrouver, contre mon gré, engagée par un régime contraire à toutes ces convictions. La possibilité de reconduction d’un gouvernement éminemment contestable, déjà, j’ai du mal. La perpétuation, le renforcement même, de la prévarication, du culte de la personnalité, de la subordination, de l’inégalité, du moins-disant social, de la discrimination des minorités, les attaques contre la justice, le droit, c’est beaucoup, vraiment, vraiment. Mais cette invasion du monde de la politique par celui de la religion ! Je sais. Je sais la place, le sens l’importance vitale du judaïsme dans la vie du pays. Je comprends dans une certaine mesure, son rôle dans la vie publique. Mais son transfert dans la vie politique ! Polluant la démocratie du pays. En pleine contradiction avec sa vocation laïque initiale. Quelle que soit l’évolution des résultats, les dés sont lancés. Près de la moitié des sièges de la Knesset seront occupés par des représentants de partis religieux. Dont une bonne part d’extrémistes, pour nous rassurer. BN (elle se refusait à prononcer un nom qu’elle jugeait infiniment trop présent dans le discours médiatique national), est trompé à son propre jeu. Ce n’est pas lui qui se sert d’eux pour sécuriser sa position. Ce sont eux qui se servent de lui pour pénétrer et conquérir le pouvoir. Je ne veux pas vivre sous un régime type Ayatollahs ! lança-t-elle, vibrante d’indignation.

Ayatollahs


Le second protagoniste, habituellement digne expert-comptable, soudainement devenu combattant féroce, la mèche rebelle battant ses yeux, dompta sa propre bouffée d’indignation, déglutit longuement, et se jeta dans la mêlée. «Quelle atteinte à la démocratie ? Ce gouvernement, vilipendé par notre charmante amie, aussi frustrée se sent elle, n’est pas en place par effet d’un coup d’État. Il a été élu. Par une élection, et même une série d’élections. Qui sont toutes l’expression la plus manifeste d’un régime démocratique. Il ne suffit pas de lui attribuer tous les défauts que l’opposition, ou plutôt le concert désordonné de toutes les oppositions, brandissent par principe, pour lui ôter sa légitimité. Sans compter que ce même gouvernement, sous la baguette inspirée, pour ne pas dire magique, d’un leader emblématique, vient de démontrer un savoir-faire reconnu et admiré internationalement. Les dirigeants du monde entier viennent admirer la maîtrise avec laquelle notre pays est devenu le premier au monde à dompter une tragédie sanitaire que tous cherchent encore à contenir. Quant à l’autre supposée tragédie, celle de la prise de pouvoir par le monde de la religion ! Honte et invention ! Honte, car c’est ignorer ce que le peuple juif doit, à travers les siècles et maintenant sur cette terre, à sa religion, à ses vertus, à sa faculté de résilience. Invention, car il n’a jamais été question dans la brève histoire du pays, de limiter son expression et son influence naturelle à quelque domaine que ce soit. Son succès n’est que le résultat de la persistance de sa force, et non le résultat de sombres manœuvres politiciennes. L’évocation d’une créature politique échappant à son maître, d’une prochaine dictature par les dignitaires religieux relève proprement de la science-fiction ».

Toute cette longue tirade jetée dans un seul souffle, obligea l’expert-comptable à s’interrompre pour retrouver un rythme de respiration compatible avec sa survie. Jonathan profita de l’interruption pour sonner le gong, prendre le contrôle de la situation et conforter sa position arbitrale. Il lui fut facile de décréter «match nul». Protégeant ses arrières en précisant au passage que l’adjectif nul s’adressait à la compétition elle-même et non aux contenus.

Consolidant également son rôle en évoquant quelques éclairages provenant de ce vigoureux échange. Le train de la modernité est probablement suffisamment lancé en Israël pour laisser sur le quai un régime politique de nature médiéval. La confrontation des deux analyses, est révélatrice d’une interrogation sur les fondamentaux de la société du futur. L’indécision électorale est génératrice d’un risque démagogique, obscurcissant toute saine réflexion politique.

Délivrant pour rassurer ses deux amis, en matière de double cartouche, la citation de Paul Claudel, «Le pire n’est pas toujours sûr», confortée par Friedrich Nietzsche, «L’homme a besoin de ce qu’il y a de pire en lui, s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur».

 

2 commentaires:

Véronique Allouche a dit…

« On trouve des sociétés qui n'ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n'y a jamais eu de sociétés sans religion. » Henri Bergson
En Israël nous avons la science, l’art et la philosophie saupoudrés de beaucoup de religion.
À souhaiter qu’elle ne l’emporte pas sur le rationnel.

Véronique Allouche a dit…

Pour compléter je veux rajouter ce qu’a dit ce soir Delphine Horvilleur à propos de la loi française sur le séparatisme: « La laïcité c'est la promesse que nous fait la République que l'espace ne sera pas saturé par nos croyances... ». Si seulement cette pensée pouvait se réaliser en Israël...