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dimanche 28 mars 2021

Fiction d'humour : Arabes et Francophones en Israël par Philippe BLIAH

 


FICTION D’HUMOUR ÉLECTORALE : ARABES ET FRANCOPHONES EN ISRAËL

Par Philippe BLIAH

Ancien avocat en France, installé à Jérusalem



Profitons-en jusqu'au 23 mars ! Les Pères Noëls électoraux au service -ou au chevet- de l'alyah francophone disposent de peu de temps pour charmer une clientèle disparate soucieuse du plaisir d'entendre «des promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent» selon l'excellente formule  de Charles Pasqua ! Certains électeurs, sans doute à la recherche de l'exception qui confirme la règle, vont jusqu'à espérer «que le 24 mars, il y aura beaucoup d'élus qui seront des gens droits et moraux et qui feront passer les intérêts des électeurs avant les leurs». Laissons passer la crise de fou rire et allons aux choses sérieuses !



Aucune raison de douter de la bonne foi du représentant francophone choisi, désigné à un rang généralement inéligible, sauf plébiscite improbable bien qu'il dispose du profil et de la dialectique adaptés à la réflexion de Charles Pasqua. Mais du point de vue du parti politique, autant sourire du politicien qui s'auto-proclame honnête et vertueux face à une pulpeuse prostituée osant en boomerang l'inévitable réplique : «c'est cela, et moi je suis encore vierge»!

Cela dit, pourquoi intenter un procès d'intention aux partis courtisans ? Ne serait-ce pas leur faire injure au nom du bien commun ? Ainsi pour savoir exactement, de la façon la plus honorable possible, à quoi s'en tenir il était nécessaire de rencontrer en coulisse les plus hauts représentants des dits partis après leur avoir fait ingurgiter une solide dose de penthotal dit «sérum de vérité» :

- A la question franche et brutale «qu'avez- vous à offrir de concret aux électeurs francophones en vue de favoriser l'alyah», que répondez-vous?

Quelle déception ! La plupart d'entre eux se déclarant pourtant «à l'écoute aujourd'hui et demain des électeurs francophones» ont  refusé «pour raison médicale» toute interview craignant l'action du détecteur de mensonge. Seul le représentant du Likoud osera courageusement la seule vérité en l'état des finances post Covid du pays :

- «C'est très simple, c'est inscrit au budget ! Tout candidat à l'alyah de France se verra offrir immédiatement et sans contrepartie une vaccination obligatoire gratuite».

- Dont acte cher délégué, merci de votre franchise !

Notre meilleure surprise viendra des grands oubliés de ce genre de sondage alors même qu'ils entendent consacrer à l'alyah le budget le plus phénoménal de tous les temps ! Comment ne pas avoir deviné ? Eh bien il s'agit des partis arabes plus ou moins coalisés, tous d'accord sur la question.

-   «L'alyah, bien sûr mon frère, on y travaille inlassablement»  déclare Mahmoud B... qui désire garder l'anonymat ! Nous savons qu'il faut beaucoup d'argent pour permettre aux Juifs français ... de retourner en France. Avec l'aide d'Allah et des intarissables subventions européennes ce jour béni arrivera».

- Oui, mais beaucoup de ceux qui arrivent, ne fuient-ils pas en Israël pour se soustraire à la pression de vos frères ? questionne le sondeur.

- «Ouais c'est délicat» reconnaît Mahmoud B. amusé par la contradiction à laquelle il n'avait pas songé. «Il s'agit d'un problème à régler entre Juifs» se reprend-il une fois le trouble dissipé. «Cela ne relève pas de notre compétence. Mais pour des raisons humanitaires afin de ne pas se placer en porte-à-faux avec la Haute Cour Internationale de Justice nous songeons -inch Allah- à la création d'une UNRWA pour les Juifs. Nous ne manquons d'ailleurs pas de soutiens au Quai d'Orsay concernant ce projet à l'étude chez eux. Leurs meilleurs juristes et diplomates sont depuis longtemps mobilisés pour régler au mieux ce conflit».



L'interview s'achève.

En récompense de sa franchise, Mahmoud B. se verra gratifié d'une tribune aux Césars 2022. Il promet -non pas de mettre à nu... son ambitieux projet- mais d'évoquer, larmes aux yeux devant un public français enthousiaste «l'intolérable injustice qui lui est faite ainsi qu'à son peuple, laquelle injustice devra être réparée hors l'État sioniste dans le cadre d'une paix juste et durable».

Encore une fois l'essentiel a été oublié. Les Francophones en Israël, ça existe hors des élections ?

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…


Je ne sais pourquoi votre "fiction" me remet en mémoire une anecdote qui, elle, n'est pas une fiction.
Il s'agit d'une élégante Parisienne (amie d'amis) juive, parfaitement francophone, d'origine roumaine - ayant fait partie des réseaux d'amitié du fils Ceausescou et être passée par Israël après la chute du régime communiste - à qui je demandais pourquoi elle n'était pas restée en Israël, qui m'expliquait : "Tu te rends compte : vivre dans un pays où tous les soirs, les gens sortent leur chaise sur le trottoir pour prendre l'air ?!!!"

Cordialement.

Yaakov NEEMAN a dit…

Cette amusante fiction ne va pas assez loin. Elle pose une vraie question : au bout de combien de temps la francité (le fait d'être attaché à son identité française) finit-elle par se dissoudre dans la réalité israélienne ? Si je m'en réfère à mon expérience, au bout de deux générations. Les grands-parents, arrivés à la retraite, continuent à se sentir français et à utiliser la langue de Molière dans la sphère privée. Par contre leurs enfants, qui ont grandi ici, sont parfaitement bilingues. Le basculement dans l'identité israélienne est le fait des petits-enfants. Pour eux, avoir des grands-parents français, ou francophones, ne signifie plus grand chose. Mais un regard plus exigeant apercevrait ici ou là des enclaves francophones qui font de la résistance : à Beith VéGan, Raanana, Ashdod ou Netanya on se sent quand même moins loin de chez soi. Et ce sentiment fugace d'extraterritorialité est un vrai moment de bonheur...