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jeudi 25 mars 2021

Electionatude par Claude MEILLET

 


ÉLECTIONATUDE


Chronique d'humeur de Claude MEILLET


Knesset 2020

Il fallait bien inventer le genre. Le «double man show». Un débat préliminaire porta sur man ou men. Les partisans du singulier appuyant leur victoire sur la charge du pluriel attribuée à double. Toute nouvelle réunion avant la prochaine élection risquant de tourner à l’avalanche de déclarations contradictoires plus ou moins amènes, Jonathan avait fait une proposition honnête dit-il. Provocant immédiatement une suspicion attentive. Il s’agissait de nommer deux champions. Chacun, champion du pouvoir actuel, ou de l’opposition. Tous deux, champions incontestés de l’esprit de mesure et de clarté de l’expression. Chacun chargé d’exposer les avantages du camp défendu et les critiques du camp opposé. Et pour justifier de l’honnêteté revendiquée, il cita derechef les noms du prof d’université, héraut du pouvoir en place, et de l’avocate, figure de l’opposition. Noms qui firent retomber les sourcils interrogateurs et levèrent la suspicion.


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La prééminence universitaire l’emporta sur la galanterie. Le prof, en cravate mais desserrée, fit donc le premier le spectacle. Déclarant préliminairement, refuser l’invective, s’en tenir aux faits. L’usure normale d’un pouvoir en place depuis plus de dix ans ne pouvait faire oublier la continuité de ses succès. Au premier rang desquels, dans le domaine aussi déterminant pour un pays sous menace constante comme Israël, la sécurité, la réduction de l’état de guerre au secteur circonscrit de la proximité de Gaza. Tenant à un premier ministre défenseur de paix en même temps que consolidateur de force. Succès économique, qui s’impose de lui-même, reconnu internationalement. Qui tient aux acteurs économiques bien entendu, mais supporté, nourri, développé par un train continu de mesures, d’investissements, d’initiatives gouvernementales. Succès appuyé sur une maîtrise elle aussi reconnue, de la composante financière.

La réussite, difficile, fragile mais indéniable, de la réponse au défi inattendu, extraordinaire, de la pandémie par une combinaison de précaution, anticipation, intuition, mobilisation, vient aussi au crédit de l’action gouvernementale. En y ajoutant, évidemment, la réussite d’une stratégie d’accords de rupture avec des pays arabes voisins, instituant une nouvelle donne géopolitique régionale. Tout ceci sous l’égide d’un dirigeant historique, disposant d’un savoir-faire, d’une expérience et d’une aura inégalée.



Quant à la critique du camp opposé, le prof se voulut charitable. Il suffit de lister les évidences : pire qu’hétéroclite, divisé, chèvre et chou, inexpérimenté internationalement, incompétent économiquement et financièrement, uni dans la négation, désuni dans l’évocation d’action, cohérent dans l’ambition, incohérent dans les moyens.  L’avocate, col roulé blanc, promit à son tour, d’éviter les effets de manche. Non sans revendiquer pour elle-même, tout sourire, l’appellation woman show. Inversant les termes de la démonstration, elle se dit appelée par l’énumération fabuleuse, pour ne pas dire affabuleuse, des succès du pouvoir actuel, à revenir à la réalité.

Le développement impressionnant et indiscutable de l’économie israélienne ? Il relève du phénomène pâté d’alouette. 99% de créativité du terrain de la start up nation, 1% de l’intervention gouvernementale. Épisode Gaza ? Qu’en pensent les populations du sud, sous menace sécuritaire permanente depuis dix ans ? Compétence financière ? Signée par l’incapacité, unique au monde, d’établissement d’un budget national pour l’entièreté de l’exercice 2021. Rendant inopérationnels, un an durant, les organismes et administrations d’État. L’avocate consentit à accorder le satisfécit d’une réactivité réelle face à un phénomène aussi neuf et agressif que la crise du Corona. Mais en le relativisant par le vide abyssal de stratégie d’accompagnement et l’abandon dramatique du sort des indépendants, commerçants, artistes, contraints à la faillite, la misère sociale.

Elle dit ensuite mettre l’accent circonflexe sur le plus fondamental. Le détournement du pays du mode démocratique. Par l’installation et la poursuite d’un climat de profonde corruption. Par la remise en cause de l’équilibre démocratique en attaquant incessamment le pouvoir judiciaire. Par l’entretien d’un pouvoir personnel, contre vents et marées. Consolidé par une troupe d’affidés inconditionnels, maintenue sous contrôle. Par l’injustice faite à la minorité arabe israélienne, via en particulier une loi inique. Par l’encouragement des expressions ultra de la religion juive, jusqu’au champ de la politique.

Elle dit reconnaitre sportivement les manques de l’opposition. Hétérogénéité. Doublée d’une incertitude sur la conciliation d’avis différents. L’absence de parti-pris clair sur la question fondamentale palestinienne. La non-dénonciation des exactions israéliennes dans les territoires. Elle dit ne pas vouloir asséner à son audience, un relevé à la Prévert des propositions diverses et multiples des partis d’opposition. Mais au contraire centrer les feux sur l’essentiel. L’indispensable. Le rétablissement de la démocratie et de ses règles. Le respect de la séparation des pouvoirs. L’assainissement du monde et des pratiques de la politique. Le remplacement du pouvoir personnel par le partage de compétences. La réhabilitation de la place des minorités. La prise en considération des voix du terrain. Le privilège d’action sur la formation. La recherche active de paix.

Mission remplie. Le silence qui suivit les deux exposés, puis les discussions apaisées qui démarrèrent par petits groupes ne trompèrent pas. La foire d’empoigne classique était évitée. Le débat souriant qui réunit les deux acteurs du one woman/man show confirma l’honnêteté de la proposition initiale.

En toute modestie, Jonathan se sentit obligé de reconnaître que l’apaisement de la passion politique ordinaire, devait probablement autant tenir à la fatigue mentale d’électeurs épuisés par la répétition des consultations qu’à son initiative. On peut peut-être appeler ça de «l’électionatude».

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Rendons hommage à l'excellent travail de simplification résumée des partis et hommes de l'opposition israélienne sous la formulation qui dit tout : " pire qu’hétéroclite, divisé, chèvre et chou, inexpérimenté internationalement, incompétent économiquement et financièrement, uni dans la négation, désuni dans l’évocation d’action, cohérent dans l’ambition, incohérent dans les moyens."
Qu'en conclure une fois ce tableau dressé ?
Sans doute que Natanyahou, figure emblématique du Likoud, finira par trouver dans une partie de cette opposition hétéroclite quelques députés de l'autre bord "non insensibles à l'attrait du pouvoir" qui le rejoindront pour former un gouvernement.
Bien sur il s'agira d'agiter l'épouvantail de nouvelles élections dont plus personne ne voudra pour justifier le passage à l'acte salué au nom de la raison par les uns et honni sous le vocable de "trahison" par les perdants de la diversité si bien décrite.
Certes l'équilibre sera difficile à maintenir face à ceux un peu plus à droite-suivvez mon regard- que Natanyahou s'ingéniera à écarter au mieux par l'octroi dun strapontin pour tenter de satisfaire le maximum représentatif, mais en sera t'il autrement?

Jonathan a dit…

Belle démonstration de la modification d'une chose observée par l'intervention de l'observateur. En l'occurrence, disparaît du billet son autre moitié, contre balançant la première. Ce qui peut faire penser que Jonathan a raté un exercice d'équilibre, difficile il est vrai en matière politique.