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mardi 9 février 2021

Une battante à la tête des Travaillistes

 


UNE BATTANTE À LA TÊTE DES TRAVAILLISTES


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps 

 



Le Parti travailliste israélien, comme tous les partis socialistes européens, était à l’agonie, abandonné par tous les militants historiques dont aucun ne voulait prendre la direction. En Israël, on se demandait s’il existait suffisamment de militants pour participer aux primaires après tous ceux qui lui avaient tourné le dos. On n’aime pas les perdants et encore moins les zigzag politiques d’un parti qui a oscillé entre Orly Levy-Abecassis qui avait fait ses classes chez Avigdor Lieberman et le Meretz avec qui ils avaient fait liste commune.  Un grand écart qui a sonné le glas du parti de Ben Gourion.




Et pourtant les Travaillistes pouvaient s’appuyer sur des militants fidèles qui n’attendaient que le guide qui pouvait les mener vers le soleil. Contre vents et marées, malgré un scepticisme général, une femme, une battante, Merav Michaeli, s’est lancée dans la bataille et a réveillé de leur torpeur des gens qui ne croyaient plus à la résurrection. Il est vrai que cette femme ne fait pas l’unanimité car elle s’en prend à la mainmise masculine qui efface les femmes de la gouvernance. Elle affirme vouloir parler au «féminin pluriel».

Ce n’est pas une débutante qui arrive au pouvoir. Née le 24 novembre 1966, elle fut journaliste et chroniqueuse d'opinion pour le journal Haaretz, présentatrice de télévision, animatrice de radio et militante féministe. Elle fut une star des médias pendant des décennies et aimait souvent la provocation. Un jour, elle avait décidé de présenter son émission télévisée en soutien-gorge pour protester contre des journalistes qu’elle accusait de mener des interviews de manière insultante pour les femmes. Elle était restée droit dans ses bottes face aux ultra-orthodoxes qui voulaient sa peau et qui n’ont eu droit à aucune excuse.

J'ai été élue pour m'assurer que le patient tient debout sur ses pieds


Elle était entrée en politique au parti travailliste en 2012 pour être ensuite élue à la Knesset aux élections de 2013. Son partenaire est le producteur, animateur et comédien de télévision Lior Schleien. Son combat était axé sur la défense des femmes dans l’organisation Ezrat Nashim, et surtout la défense des survivantes d’agressions sexuelles. Cela pourrait expliquer son aversion contre l’institution du mariage. D’ailleurs par un choix volontaire, elle n’a pas souhaité se marier ni avoir d’enfants. 

À son arrivée à la tête du parti, nombreux furent ceux qui avaient alors décidé de reprendre leur carte pour aider à imposer le parti aux élections du 23 mars 2021. Une majorité de femmes, souvent délaissées par les autres partis, ont accompagné Merav Michaeli, celle qui avait bravé le danger et les quolibets. Elle a constitué une liste dont la parité est une claque à tous les partis encore rétrogrades.

Les sondages, si l’on croit à eux, semblent annoncer que le combat n’est pas perdu et que le parti, qui n’avait jamais atteint le seuil électoral jusqu’aux primaires, redresse la tête au point d’éliminer Ron Huldaï, ancien travailliste, qui n’avait pas jugé utile de réintégrer son parti pour en prendre les rênes. Le maire de Tel-Aviv s’est effondré face à celle qui, contrairement à lui, avait misé sur son vieux parti car il existait beaucoup de bonnes volontés dans sa structure.

Sous le seuil électoral


De même Avi Nissenkorn, ancien dirigeant de la Histadrout, avait refusé de se frotter aux élections législatives sous la bannière travailliste, alors qu’elle fut de son combat pendant des décennies en tant qu’homme de gauche convaincu. Il a préféré tâter de nouveaux horizons pour finir par disparaitre, pendant au moins une législature, de la scène politique. Michaeli n’a pas estimé faire du neuf parce qu’il est difficile d’effacer des dizaines d’années de militantisme dans un parti dont les structures locales résistent encore.

On ignore le score final, mais le parti continuera à exister même si certains militants contestent déjà la ligne radicale qui sera adoptée par la nouvelle direction. Mais la loi de la majorité prime. Il était inconcevable que les Travaillistes ne figurent pas dans l’échiquier politique. La première victoire de Michaeli prouve que ceux qui avaient misé sur la disparition du parti s’étaient trompés. Par ailleurs, elle est sur le point d’éliminer ceux du centre-gauche qui l’avaient boudée, Benny Gantz d’abord, Moshé Yaalon ensuite. Michaeli souhaite être la Mitterrand israélienne qui rassemble la gauche ravivée pour en faire une force d’alternance dans une nouvelle législature.

Les candidats 2021, parité totale


Elle a eu un certain flair de ne pas tomber dans le piège de Netanyahou puisqu’elle avait critiqué la décision de Gantz d’entrer au gouvernement. Elle savait que les orphelins de Kahol-Lavan, qui ont cru à l’avènement d’un monde nouveau et qui ont perdu espoir le jour où Gantz s’est allié avec Netanyahou, n’étaient pas désespérés. Elle souhaite récupérer quelques-uns dans son parti.

Aussitôt élue elle a tenu à marquer son opposition à une collaboration avec Netanyahou ; elle a exigé des deux ministres travaillistes Amir Peretz et Itzik Shmuli qu’ils quittent le parti s’ils voulaient rester ministres.

La décision de Ron Huldaï et d’Ofer Shelah de quitter la compétition est une bonne nouvelle pour les Travaillistes qui ne vont pas voir les voix de gauche se disperser et qui pourraient récupérer les 3% des voix (deux sièges) qui se sont portées sur les deux malheureux candidats. La division ne paie pas. On ignore ce que seront les résultats des élections mais Michaeli aura réussi au moins à sauver un parti dans le coma, voué à une mort certaine. Le nombre final de députés reste secondaire. En ravivant en 1971 le parti socialiste français moribond, François Mitterrand avait mis en place les structures d’un parti qui devait le conduire en 1981 à la présidence de la République. Le désespoir est un défaut politique qui n’a jamais atteint Merav Michaeli. Elle espère rendre ses lettres de noblesse au parti historique de Golda Meir, de Rabin et de Pérès. Mais elle ne pourra réussir que si les guerres intestines cessent et si les dirigeants du parti restent soudés dans leur combat difficile face à une droite dominatrice.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Il va sans dire que je n'ai rien contre votre "battante", et je vous demande de me pardonner cette intrusion dans la politique israélienne qu'en règle générale je me refuse à faire.
Mais c'est votre référence à François Mitterrand pour le donner en exemple d'une politique de gauche, qui m'y a poussée.
Je parcours en ce moment l'ouvrage de Michel Onfray intitulé : "Vies parallèles - De Gaulle - Mitterrand" - Robert Laffont éditeur -
Dans un chapitre intitulé : "Les Juifs", Onfray rappelle "que le passé de François Mitterrand a été clairement d'extrême droite". Il se base (entre autres) sur l'ouvrage de Pierre Péan intitulé : "Une jeunesse française - François Mitterrand" qu'il cite longuement et qui tend à prouver que Mitterrand, qui venait de l'extrême droite, a toujours eu des complaisances avec elle "pendant toute sa carrière politique dite de gauche".
Je note aussi, que dans le chapitre intitulé : "L'extrême droite", se référant à un ouvrage d'Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, intitulé : "La main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Onfray écrit : "Ce formidable ouvrage dit tout ce qu'il y a à savoir sur le personnage. S'il était lu par les ayatollahs du politiquement correct, il paraît évident que les écoles, les lycées, les collèges, les rues, les boulevards, les médiathèques, les misons de la culture, les hôpitaux, les auditoriums, les ponts, les places, les parcs, les squares, les gares, les stations qui portent le nom de François Mitterrand seraient débaptisés."

A bon entendeur,
Très cordialement,

bliahphilippe a dit…

Effectivement la comparaison entre Mitterrand et la nouvelle représentante du parti travailliste apparait audacieuse. Il eut fallu pour oser cette comparaison démontrer l'équivalence :"la force tranquille" dans la rondeur, la finesse et la ruse pateline afin de rassurrer l'ensemble du peuple israélien dans des domaines aussi sensibles que celui de la sécurité face aux Iraniens et palestiniens-lesquels d'ailleurs? Ceux de Gaza, ceux de Judée-Smarie?-par rapport aux menaces qui pésent sur ce pays. Ceci dit rendons à l'auteur de cet aticle témoignant de son enthousiasme pour l'impétrante salvatrice d'un parti en état de mort clinique. Le fond de sa pensée -que je crois traduire en matiére de comparaison- est la réussite électorale de Mitterrand. Il a su redorer le blason du parti socialiste moribond dont il s'est servi pour le restructurer un temps dans le cadre d'une large union incluant les communistes.
La comparaison s'arrete là :une fois au pouvoir Mitterrand trahit tout le monde... pour faire une politique plutot libérale de droite saupoudrée de quelques mesures de gauche.
Laissons de coté cet aspect fantaisiste. Cette dame est dans la droite ligne-si l'on peut dire- d'un discours franchement bien ancré à gauche loin de rassurrer l'électorat majoritaire de droite. Quelques lignes d'une interview de cette dame donnent une idée du genre de discours qui ne "passe pas" sous les mots lisses de la Palisse:
"Ne pas arriver à un accord avec les Palestiniens est quelque chose qui nuit à Israël dans tous les aspects de sa sécurité nationale. Quand je dis tous les aspects, cela inclut la capacité à traiter l’Iran de manière plus efficace. Si nous avions au moins négocié avec les Palestiniens avec une réelle volonté de parvenir à un accord, nous aurions pu renforcer les alliances avec d’autres pays arabes, améliorer nos relations avec nos partenaires de paix, la Jordanie et l’Égypte, et cela nous aurait permis de traiter plus efficacement avec l’Iran."(sic) On rigole avec les accords Abraham!
Bref quel diable se cache sous les détails de ce baratin surranné? D'abord toujours cette mauvaise habitude d'imputer aux dirigeants de son peuple la responsabilité éternelle de ne pas parvenir un accord exaustif avec les palestiniens sans jamais préciser ce que veulent vraiment les palestiniens qui empechent de leur fait tout agrément de fond.
Mais cela ne fait rien ! Que faut-il faire de concret pour cet accord hypothétique : foutre à la porte 500.000 juifs de judée-Samarie? Donner plus au Hamas pour favoriser son empathie envers un Etat juif dont il cherche l'annihilation?
Second fantasme relevant de la stupidité chez "Fantasy Land": une fois ces négociations abouties, Israel ayant gagné la "paix" au prix unilatéral de "sacrifices pour la paix",-le refrain est connu-vive Oslo II dont les Israéliens ne veulent pas- pourrait de facto mieux traiter le dossier Iranien? Il vaut mieux en rire. Autant imaginer que la France en 40 d'emblée ait abandonné l'Alsace et la Lorraine avec l'espoir d'apaiser Hitler!
Un dernier aspect parmi d'autres séductifs de la "passionnaria " : le fémimisme à la mode embrassant l'air du temps à l'européenne, en prémisse à la gloire démocratique des minorités actives qui font la joie des Occidentaux.Mais dont Israel doit se passer por eviter de sombrer comme eux.
Gageons que cette dernière pourra sauver le parti travailliste en absorbant quelques voix au parti d'extreme gauche Meretz. Quant à gouverner il faudra attendre. Nul doute que cette dame ayant sévi au journal d'extreme gauche "Haaretz" est un espoir... qui le restera!. Dans l'opposition.