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mercredi 24 février 2021

Fiction sur l'israélienne entrée en Syrie par erreur

 

FICTION SUR L’ISRAÉLIENNE ENTRÉE EN SYRIE PAR ERREUR

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

La fin de ce récit est une œuvre de pure fiction extrapolée à partir de faits réels. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.



Les femmes représentent jusqu'à 40% des effectifs du Mossad, dont 24% occupent des postes de haut rang. L'une des plus célèbres d'entre elles est Tsipi Livni, qui a servi dans les années 80 au sein de «l'Institut». Un certain nombre d'agents féminines du Mossad ont opéré sur le territoire libanais, ou dans le cadre d'opérations liées au pays du cèdre. L’histoire de Colette Vianvi est un modèle du genre. Cette femme agent du Mossad, dont la réelle identité est volontairement entourée de mystère, était entrée en contact avec Ziad Itani en 2016 en se présentant comme une Suédoise.


Les patrons du Mossad


Colette Vianvi s’était servie d’Itani pour obtenir des informations sensibles sur le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, l'ancien ministre Abdel Rahim Mrad, et l'entourage d'autres personnalités politiques. Elle avait réussi à tisser des liens avec les conseillers des ministres, ainsi qu'avec les journalistes gravitant dans leur orbite. En échange d’une somme d’argent conséquence de la part de Colette, Itani lui avait fourni des informations sur les résidences non connues de ces ministres et les chalets qu'ils occupaient. Ziad Itani était tombé dans le piège classique «honey trap», piège à miel français, dans le cadre d’une technique utilisée souvent par le Mossad consistant à séduire une cible que les services veulent instrumentaliser.

Shlomit Kishik-Cohen, à la fin de sa vie (à g) et dans sa jeunesse (à d).


Elle ne fut pas la seule à opérer au Liban. En poste dans ce pays de 1947 à 1961 et mariée à Joseph Cohen, un riche commerçant libanais juif, Shlomit Kishik-Cohen, surnommée la «perle du Mossad», avait réussi à tisser des liens avec de hauts responsables politiques et sécuritaires libanais. A la veille de la proclamation de la création de l’État d'Israël en 1948, elle avait obtenu des informations sur des préparatifs militaires au Liban et dans certains pays arabes en vue de la guerre contre l’État hébreu. Arrêtée en 1961 au Liban, elle a été libérée lors d'un échange de prisonniers après la guerre des Six-Jours de juin 1967. Elle a vécu à Jérusalem jusqu'à sa mort, le 21 mai 2017.  

Sylvia Rafael


Sylvia Rafael avait reçu le titre de «combattante», rang le plus élevé au sein du Mossad, en tant que héros ayant effectué plusieurs missions dans les années 1960. Elle avait traqué le numéro deux de l'OLP, Ali Hassan Salamé, allias le «Prince rouge», marié à Miss Univers 1971, la Libanaise Georgina Rizk. Il avait été accusé d’être l’organisateur de la prise de la prise d'otages et de la mort de onze membres de l'équipe olympique israélienne lors des Jeux de Munich de 1972. Elle avait fait partie le 21 juillet 1972, à Oslo, du commando qui s’est trompé de cible en abattant un marocain Ahmed Bouchiri pris pour Salamé. Arrêtée puis condamnée, elle avait bénéficié d’une libération anticipée après cinq années d’incarcération grâce aux efforts de son avocat qu'elle finira par épouser. Elle est morte en 2005 victime d’une leucémie.

Mais malgré cet échec, le Mossad n'avait pas désarmé puisqu’il envoya au Liban une autre femme agent, Erika Chambers, entrée avec un passeport britannique en se faisant passer pour une travailleuse humanitaire au service d'une ONG aidant les réfugiés palestiniens. Elle avait réussi à se rapprocher de sa cible puisque Ali Hassan Salamé fut tué dans l'explosion de sa Chevrolet, le 22 janvier 1979, rue Verdun, à Beyrouth.

Un autre agent, connue sous le pseudonyme de Yaël, avait servi à Beyrouth sous les ordres d’Ehud Barak dans le cadre de l'opération «Printemps de la Jeunesse», visant à éliminer trois cadres de l'OLP responsables du massacre de Munich. Elle avait utilisé la couverture d’une scénariste américaine venue faire des repérages pour un film sur l'aventurière britannique Hester Stanhope qui a longtemps vécu au Liban. Dans la nuit du 10 avril 1973, elle a fait partie d’un commando de trois membres qui a éliminé à Beyrouth Mohammed Youssef al-Najjar, numéro deux du Fatah, Kamal Adwane responsable de l'OLP au Liban et responsable des opérations en Israël ainsi que Kamal Nasser, porte-parole du Fatah.

Passage de Kuneitra


Dvora est une jeune fille discrète mais pleine d’assurance. Elle a été sélectionnée pour faire son service militaire dans l’unité d'élite des renseignements 8200. Mais l’armée a vite décelé en elle un fort potentiel qui ne la destinait pas à être derrière un écran d’ordinateur. Elle parlait l’arabe et l’anglais parfaitement ce qui représente un atout dans les services spéciaux. Elle n’a rien d’une baroudeuse car son physique la classe parmi les femmes qui n’attirent pas spécialement le regard. Elle est cependant déterminée, sait mesurer l’intensité d’une action et est capable de prendre une décision en quelques fractions de seconde. 

Auparavant elle avait été formée pendant plusieurs mois en s’intégrant à la vie arabe dans un village druze d’Israël. Elle poursuivit sa transformation en s’installant à Majdal Shams, le village annexé par Israël qui a toujours refusé d'être intégré à Israël. Nés syriens, les villageois exigeaient de le rester, même sous juridiction israélienne, par idéologie.

Au terme d’une formation réussie et sous couverture d’une druze, Dvora a été chargée de s’infiltrer en Syrie pour y voir de plus près les installations militaires iraniennes, les bases du Hezbollah, pour y placer parfois des pastilles électroniques permettant à l’aviation israélienne de viser juste. Une femme voilée n'attire jamais la suspicion. Elle devait se débrouiller seule dans cette jungle syrienne sans aucune aide extérieure que le contact téléphonique avec le quartier général de Tel Aviv. On ignore comment elle a été repérée alors qu'elle cherchait à se faufiler incognito à Damas mais selon les instructions fermes russes, tout espion israélien devait impérativement être remis entre leurs mains pour débriefing. C’est ce qui l’a sauvée des geôles syriennes où elle aurait mal fini.

Mais Israël n’abandonne jamais ses soldats envoyés au feu. Grâce aux bonnes relations entre Poutine et Netanyahou, Dvora a eu la vie sauve et dans un échange mystérieux elle s’est vite retrouvée chez elle après avoir connu des aventures rocambolesques. Son visage ne sera jamais diffusé comme il est de coutume dans le service, sans compter qu’elle pourrait retrouver du service dans un autre pays arabe. Un élément de cette valeur ne peut être sacrifié. D’ailleurs tous les services sécuritaires ont été mobilisés pour sa libération : le président de l’État, le premier ministre, le chef du Conseil national de sécurité, le Coordonnateur des prisonniers et des personnes disparues, Tsahal, les FDI, le Shabak, le Mossad, le ministère de la Défense et même le ministère des Affaires étrangères.

L'importance des organismes qui sont intervenus démontrent que nous sommes loin de la version officielle d’une malheureuse juive religieuse orthodoxe qui a traversé «par erreur» la frontière de Quneitra. Seuls les gogols y croient. Tant qu'elle était en Syrie, cette version était indispensable pour la protéger. Israël a besoin de héros de ce genre prêts à sacrifier jusque leur vie, certains diront par goût de l’aventure, d’autres diront par attachement irréductible au pays. Seule ombre au tableau, nombreux sont ceux qui agissent et vivent dans l’ombre et qui sont condamnés à le rester contre les canons de la nature humaine qui aime les honneurs et les médailles. 

Tombe d'Emmanuel Moreno


Ainsi Emmanuel Moreno, d’origine mixte tunisienne et marocaine, ayant fait partie des unités d’élite et des services de renseignements, est tombé lors de la guerre du Liban en 2006. Il est le seul soldat israélien tombé au combat dont la photographie est interdite à la publication. Il restera encore longtemps le héros sans visage, certainement comme Dvora.

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Intéressant et rocambolesque.
Donc en plein hiver,une dame seule se proméne dans une zone militaire non pittoresque de surplus bourrées de panneaux d'interdiction : il s'agirait d'une espionne d'un pays chaud qui aboutit malgré elle à dégeler les relations avec la Syrie sous l'oeil (bienveillant) de Moscou.
Vraiment-pour ridiculiser la formule gaullienne- on ne peut aller vers l'Orient compliqué avec des idées simples.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Je ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que vous tenez là de quoi alimenter plusieurs saisons d'une série télévisée digne d'être produite par Netflix, pour peu - qu'en sus de vos belles espionnes Israéliennes - vous pimentiez votre œuvre de cette présence chinoise où on verrait les services Israéliens et Chinois collaborer au nez et à la barbe des services américains !

On s'en lèche déjà les babines !

Très cordialement.