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mardi 15 décembre 2020

Mystérieuses explosions au Sud-Liban

 

MYSTÉRIEUSES EXPLOSIONS AU SUD-LIBAN


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps


               

Des soldats libanais déployés, mardi 22 septembre 2020, dans la localité de Aïn Qana
          

             Des évènements suspects ont eu lieu au Sud-Liban, plus particulièrement à Jbaa, une ville située à environ 22 km de Sidon et 64 km de Beyrouth, habitée par 10.000 personnes, pour la plupart des musulmans chiites. Selon certaines sources, une explosion est survenue dans une base militaire du Hezbollah. Cette explosion rappelle celle de Ain Qana qui a eu lieu en septembre et dont les causes n’ont pas été établies, sinon gardées secrètes. Elle avait provoqué un grand incendie et d'épaisses volutes de fumée noire. Les agences de presse avaient expliqué que la déflagration a eu lieu dans un bâtiment appartenant au Hezbollah, fort probablement un entrepôt d'armes ou la maison d'un cadre du parti. Ni le Hezbollah et ni Israël n’avaient accepté de commenter l'incident.




Des habitants d’Aïn Qana ont révélé que la maison qui a explosé faisait office de «centre du Hezbollah», car des miliciens armés avaient bouclé tout le secteur après avoir constaté des dommages matériels autour de l’explosion. Selon l’armée libanaise, il s'agit d'un «site du Hezbollah où se trouvaient des munitions». Il est étonnant que le gouvernement ne soit pas mieux au courant de ce qui se passe chez lui. L’armée a d’ailleurs décidé de dépêcher des forces sur les lieux de la déflagration pour lancer une enquête sur les causes de l'explosion. Des doutes existaient sur la réalité de l’existence d’entrepôts d’armes du Hezbollah mais ils ont été vite levés quand il s'est empressé de préciser qu’une cache d'armes lui appartenant a été détruite par l'explosion à la suite d'une «erreur de manipulation». Cet aveu avait pour but de stopper toute investigation de ses lieux. Selon lui, la déflagration a fait plusieurs blessés, sans autre bilan détaillé.

Il semble que les «erreurs de manipulations» se renouvellent souvent puisque déjà le 7 décembre 2020, à16h04, une autre explosion a eu lieu à Jbaa, dans la région d'Al Tuffah au sud du Liban. Les autorités locales ne sont pas en mesure d’expliquer l’incident mais, une seule certitude, la zone est contrôlée par le Hezbollah et reste inaccessible au public.

Jbaa au sud Liban

Des explications fumeuses ont été données par le chef du Conseil municipal expliquant qu’il s’agit «tout au plus de l’explosion de munitions remontant à la guerre de juillet 2006.  J’ai posé la question aux habitants et personne n’a vu de fumée ou entendu quoi que ce soit. D’ailleurs, le Hezbollah ne possède pas de centre de sécurité dans cette zone-là, il s’agit d’une région agricole. Il pourrait sans doute s’agir d’une bombe échouée là-bas lors de la guerre et qui aurait explosé au passage d’un animal. Nous avons appelé la police lundi et elle n’a rien constaté sur place». Avec des explications de ce genre le doute s’est installé.

Des informations sécuritaires attestent que l’explosion a eu lieu dans un tunnel souterrain, creusé par le Hezbollah. Il est pratiquement exclu qu’elle soit due à l’explosion d’une bombe à sous-munitions datant de la guerre de 2006 car l’armée libanaise a depuis longtemps déminé la zone. L’absence d’informations épaissit le mystère d’autant plus que la déflagration a eu lieu dans un quartier résidentiel et a endommagé une vingtaine d'habitations.



Comme on ne prête qu’aux riches, selon le dicton, l'Agence nationale d'information a trouvé la bonne raison en arguant que l’explosion, entendue jusqu’à la ville de Saïda à plusieurs kilomètres, «aux causes inconnues, a coïncidé avec le survol de l'aviation ennemie, qui depuis ce matin n'a pas quitté le ciel de la région». Plusieurs images publiées sur Twitter montrent une épaisse fumée noire et des débris jonchant le lieu où la déflagration s'est produite.

Après l’explosion du port de Beyrouth le 4 août provoquée par 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium appartenant aux milices chiites, une certaine panique s’est emparée d’une population encore traumatisée. Un responsable du Hezbollah libanais a confirmé l’explosion au Sud-Liban mais a refusé de donner plus de détails.

Israël analyse ces informations avec sérieux car des explosions dans des tunnels peuvent avoir plusieurs explications. Le Hezbollah peut accumuler des armes en grand nombre dans ses souterrains proche de la frontière à moins de 400 km, voire des missiles qui sont très sensibles à la chaleur des tunnels et qui explosent de temps en temps. Plus grave, il peut s’agir d’armes de destruction, stockées et testées en sous-sol, qui explosent lorsque les opérateurs, mal formés, font des erreurs de manipulation. Le matériel militaire de la milice, qui se rapproche de plus en plus de la frontière israélienne, est un casus belli. 

Un paradoxe cependant, les zones en question sont censées être sous la supervision de la FINUL qui semble ne rien entendre, ne rien voir et ne rien dire. Les camions transportant le matériel militaire peuvent difficilement circuler sans être vus. Le gouvernement libanais, qui ne peut pas ignorer ces faits, prend des risques incalculables car il permet au Hezbollah de menacer sérieusement Israël. 

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Otez-moi d'un doute, le Liban fait-il partie des amis ou des ennemis d'Israël ?

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

La seule précision que je peux apporter est que ces deux pays n'ont pas de relations diplomatiques!

Amiotiés