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lundi 14 décembre 2020

Gideon Saar, seul opposant à Netanyahou, quitte le Likoud

 


GIDEON SAAR, SEUL OPPOSANT A NETANYAHOU, QUITTE LE LIKOUD


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps



Gideon Saar est né en 1966 à Boukhara, ville d'Ouzbékistan, sous le nom de Serchanski. Il visait la place de premier ministre. Il ne s’en cachait plus puisqu'il avait annoncé à Benjamin Netanyahou qu’il briguait non seulement la direction du Likoud mais aussi le poste de premier ministre. Il ne comptait pas être plus longtemps une potiche au Likoud et c’est pourquoi il s’est comporté en vrai opposant au sein même de son parti. Ses critiques violentes et publiques le rendaient suspect de déviationnisme. Il n’hésitait pas à viser directement Netanyahou en fustigeant le Cabinet de sécurité qu’il estimait totalement à ses ordres.


Gideon Saar et sa femme journaliste Geoula

Gideon Saar a longtemps patienté car en fait c’est un légitimiste pur et dur, attaché à son parti, mais quand il a compris qu’il n’obtiendrait aucun portefeuille ministériel dans un gouvernement Netanyahou, alors, le 8 décembre 2020, il a décidé de quitter officiellement le Likoud pour former un nouveau parti, «Tikva Hadasha» ou «Nouvel espoir». Il se présentera aux prochaines élections à la tête de ce nouveau parti politique. «Je ne peux pas être au Likoud sous la direction de Netanyahu».

Il est étonnant que Netanyahou ait pu faire une telle erreur stratégique en l’écartant du gouvernement plutôt que de le museler en lui offrant un ministère difficile où il pouvait se casser les dents. Il avait été pourtant adroit à l’époque en plaçant Yaïr Lapid au ministère des finances où il n’avait aucune compétence ce qui l’avait totalement marginalisé, voire neutralisé.

Zvi Hauser et Yoaz Hendel

Gideon Saar a cherché à organiser la dissidence de l’intérieur depuis son retour au Likoud après quelques années sabbatiques. Mais il n’a pas réussi tant il avait des difficultés à convaincre les inconditionnels de Bibi. Il n’a jamais donné de crédit au premier ministre et s’était d’ailleurs joint aux attaques lancées par Benny Gantz et Tzivka Hauser qui avait eu plus de courage que lui. D’ailleurs Netanyahou avait mal accepté que Hauser, son ancien secrétaire du gouvernement de 2009 à 2013, ait rejoint l’opposition et le parti Bleu-Blanc. Netanyahou avait alors qualifié cette prise de «complot du siècle» mais en fait il s’agissait d’une première faille dans l’unanimité au sein du parti.

Gideon Saar avait attendu car il était persuadé que Netanyahou ne pouvait pas échapper à la justice. Les gesticulations du premier ministre pour essayer de changer la loi afin d’éviter l’inculpation ne parviendront pas à attirer une majorité à la Knesset. Donc Saar voulait être le premier sur les rangs dans l’ordre de la succession. Il n’est pas seul mais ses amis qui le suivront gardent volontairement le silence dans le cadre d’une stratégie bien élaborée. Il s’agit de ne pas abattre ses cartes trop tôt.

Le conflit entre Saar et Netanyahou date de plusieurs années et des rumeurs prétendaient que le premier ministre disposait d’un dossier sulfureux sur son adversaire. La volonté de Saar d’agir au grand jour semble à présent démentir ces faits. Le président du Likoud avait tout fait pour l’empêcher de se présenter aux primaires, en vain. Non seulement il a figuré sur la liste des candidats, mais il a été désigné à la quatrième place de la liste par les militants, démontrant ainsi sa côte de popularité qui n’a jamais été écornée.




Sa «réconciliation historique» avec Netanyahou au lendemain de l’élection fut de courte durée, pour la galerie, et pour calmer l’inquiétude de certains militants craignant une scission éventuelle du parti. Saar a sauté le pas et veut à présent s’affirmer comme le leader de toute la droite, écartant de ce fait Naftali Bennett. Certains de ses amis frondeurs s’étaient affichés ouvertement à l’instar de Michal Shir, Keren Barak et Sharren Haskel. D’autres députés n’attendaient que le feu vert pour affirmer leur opposition au Lider Maximo.

Saar Haskel

Gideon Saar n’a pas eu de mal à surfer sur le mécontentement au sein du Likoud à la suite de la création d’un gouvernement d’union qui a vu les principaux portefeuilles, la défense, les finances et l’éducation attribués à d’autre partis minoritaires. Netanyahou a eu le tort de reléguer de grosses pointures du parti à des strapontins ministériels. Contrairement à l’idée admise, le Likoud n’est pas monolithique, bien que la majorité soit totalement inféodée au premier ministre. Les héritiers de Begin, dont son fils Benny, et d’autres comme Dan Meridor, ont toujours exprimé des réserves sur la méthode autocratique avec laquelle est conduit le parti. Le Likoud n’est plus consulté sur les décisions importantes de politique étrangère et de sécurité qui restent l’exclusivité du premier ministre et de lui seul. Saar sera à la tête de ceux qui s’opposeront à la tentative de sauver Netanyahu de poursuites pénales et compte sur la Cour Suprême pour dire le droit.

Yifat Shasha-Biton

Saar aura beaucoup à faire, face à un parti de godillots qui veulent prouver leur fidélité et obéissance à Netanyahou, et qui ne discutent ni la ligne du parti et ni celle du gouvernement. Certains députés du Likoud comme Yifat Shasha-Biton ont fait part de leur intention de rejoindre le nouveau parti tout comme les anciens du Likoud, Yoaz Haendel et Zvi Hauser, transfuges de Telem. Ils s’étaient déjà retrouvés sur les bancs du même gouvernement Netanyahou.

Gideon Saar a l’étoffe d’un chef de parti. Le jeune Gidéon Saar avait occupé le ministère de l'Éducation de 2009 à 2013 puis le ministère de l'Intérieur. Il s’était retrouvé deuxième, derrière Benjamin Netanyahou, sur la liste du Likoud pour les élections législatives de 2009. Crime de lèse-majesté. Mais il avait eu le tort de vouloir concourir pour le leadership du Likoud, après être arrivé à la première place aux primaires de 2012, ce qui le mit en disgrâce. Ainsi, comme par hasard en février 2013, il fut accusé par une lettre anonyme d'abus sexuels à l'encontre d'un membre de son cabinet. En mars, le procureur de l'État annonça que la lettre était un faux et innocenta le ministre mais il était trop tard pour lui rendre sa respectabilité.

Geula Saar face à Sarah Netanyahou

Il réalisa tardivement que tant que Netanyahou serait premier ministre, personne n'avait aucune chance de gravir les échelons du Likoud et il utilisa l’image d’un proverbe russe disant : «seuls les champignons poussent sous les grands arbres. Rien ne pousse sous les petits arbres». Sa démission du parti en 2014 sonna comme un coup de tonnerre pour ses partisans qui firent tout pour l’empêcher de partir. Il existait certes un profond désaccord qui lui fit dire que «les rats ne sont pas seuls à quitter le navire en perdition mais les politiciens réalistes fatigués de se battre contre le capitaine». Mais Saar n’avait pas sauté le pas en se projetant ailleurs, il s’était mis en réserve du pouvoir pour revenir au Likoud en sauveur, voire en héros.

Mais des rumeurs persistantes d’élection anticipées redonnent aujourd'hui de l’espoir à ceux du Likoud qui ont osé s’opposer au premier ministre mais qui sont vite rentrés dans le rang ou qui l’ont quitté. Gideon Saar s’est donc mis sur les rangs pour affronter politiquement Netanyahou qui a eu le tort de vouloir garder un pouvoir personnel, malgré ses affaires judiciaires, sans chercher à préparer sa relève après plus de vingt ans au gouvernement.

Vous devez prendre un numéro !


Toutes les prévisions électorales sont à présent faussées et les sondages à revisiter. On dit que Saar pesait entre 5 à 6 députés qui seront déduits du quota du Likoud. Mais de nombreux experts pensent que son poids est bien supérieur dès lors que la situation est éclaircie. C’est une mauvaise nouvelle pour Netanyahou qui voit s’effilocher sa majorité.  Au sein de son parti, il ne pourra compter que sur les Séfarades car aucun autre parti ne s’intéresse à eux alors qu’ils représentent 50% de la population. On attendait une recomposition du Centre mais la surprise est venue de la Droite. Naftali Bennett devra revoir sa stratégie car il a affaire à un candidat d’une grande pointure électorale qui a une réputation de nationaliste, opposé à la création d'un Etat palestinien et ouvertement annexionniste. Cependant on pourra noter que Saar a pris grand soin de ne pas évoquer les ennuis juridiques et le procès de Netanyahou et n'a pas parlé de corruption. Les ponts ne sont donc pas rompus pour une collaboration après les élections. 

Mais cela pourrait ressembler à la situation du 21 novembre 2005 lorsqu'Ariel Sharon avait quitté le Likoud et que Netanyahou avait à peine obtenu 12 sièges à la Knesset aux élections suivantes.. 

3 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Votre article décrit de façon juste et factuelle les raisons du départ de Guidon Saar.Je pense - cela n'engage que moi- que le déclin historique du Likoud est amorcé au profit d'une redistribution des cartes ou des piéces sur l'échiquier politique israélien. La gauche n'en profitera pas sauf peut-etre sur un point qui la tient obsessivement à coeur : rendre difficile par le jeu des alliances le maintien de Natanyahou au poste prolongé de Premier Ministre.
La création du nouveau parti politique de Guidon Saar va susciter de facto un début de scission et des nouvelles alliances politiques. Cela aura pour effet d'affaiblir le Likoud au bénéfice d'une autre droite recomposée, le coeur des israliens restant accroché a droite . Certains à droite sérejouissent de la nouvelle donne et d'autres le déplorent. C'est la fin d'une époque pour les grands partis victimes d'une usure de pouvoir surtout lorsqu'ils ont tenu sur une seule personnalité charismatique à l'exclusion de tout autre. Moralité ; les partis politiques comme les civilisations sont mortels.

Daniel BESSIS a dit…

On comprend bien l'ambition personnelle de Gideon Saar qui a besoin de couper les ponts pour exister. Mais, sur le fond, qu'elle est sa vision politique pour le pays ? A t-il des propositions pour sortir de la crise économique ? Est-il capable d'incarner un renouveau (un espoir) pour la Politique israélienne ? (questions non malicieuses)

Yaakov NEEMAN a dit…

En tout cas, on a l'impression que Guideon Saar ne représente que lui-même, qu'il ne pense qu'à lui-même et que l'intérêt du pays et le bien-être du peuple ne sont pas ses priorités. Cette scission vient creuser encore davantage le fossé qui sépare les gouvernants des gouvernés. En plus, je l'imagine mal naviguant à l'international avec la même pugnacité et la même efficaité que Netanyahou.