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mercredi 23 décembre 2020

Coma israélien par Claude MEILLET

  

COMA ISRAÉLIEN


Chronique d'humeur de Claude MEILLET


          Le soleil, le sable chaud, le calme d’une mer bleue et plane, prédisposaient sans doute au laisser-aller. Il profita sournoisement de la ballade pour pousser son neveu à émettre son diagnostic. «Alors toubib, le malade est condamné ou va s’en remettre ?» Expert reconnu des maladies respiratoires, le professeur venait de passer les trois derniers jours dans un congrès médical international à Herzliya. Long et maigre comme un jour sans pain, calme et souriant, il profitait de cette balade matinale régénératrice. Le pari de Jonathan était de le faire sortir de son champ de compétence, et de recueillir un avis extérieur, objectif et, comme toujours, mesuré.





«Mon avis, certainement trop superficiel et spontané, est que vous êtes en coma partiel mais prolongé». Jonathan se senti rassuré. Ça commençait bien. La suite s’enclencha naturellement. Et comme toujours, structurée. C’est un de ses collègues israélien qui lui avait déclaré qu’en politique comme ailleurs, une quinzaine d’années de coma, ça risquait d’être irréversible. La virtuosité du chef anesthésiste et de son équipe a maintenu dans cet état non seulement la classe politique mais la conscience politique de toute la société. Sans se rendre compte qu’eux-mêmes en étaient victimes.

À gauche, idées et personnalités sont dissoutes dans un vide sans fond. À droite, tout programme, toute émergence de talents ont été éliminés. Dans ce désert, seulement traversé par des courants mafieux, il semble qu’une résurgence de vie se manifeste. C’est maintenant que le chant national de l’espoir prend sa signification. Un coma en provoque un autre. Qui empêche, celui-là d’apercevoir la dimension du désastre social. Ce fut là, un des sujets évoqués en marge des travaux spécifiques du congrès.



L’état sanitaire conséquence de l’état social. Avec 20% de familles dites pauvres, 30%, il répéta le chiffre «30%», d’enfants sous-alimentés, il existe une situation de malnutrition qui ajoute au manque de moyens essentiels, logement, éducation, le non-recours aux soins de santé. L’absence de financements gouvernementaux rendent les services sociaux impuissants. La pandémie par-dessus tout ça, ajoute, elle, un manque de politique de soutien. La situation particulière d’une partie des communautés arabes ou juives religieuses, n’explique et ne justifie surtout rien de cet état général. Qu’un phénomène d’anesthésie laisse se perpétuer, sinon s’amplifier.

Tout aussi grave, lui avait-on dit, est le coma moral. Coma moral ? Celui qui consiste à accepter, comme de plus en plus naturel, le niveau de corruption de plus en plus généralisé aux différentes strates du pouvoir, local, régional, national. Celui qui accepte sans sourciller la remise en cause de la place, du rôle de la justice du pays et de ses représentants. Par ceux-là mêmes qui devraient la protéger. Celui qui, au mieux veut ignorer, au pire approuve, les exactions multiples, répétées, parfaitement documentées, ayant lieu dans les territoires. Tenantes, quasi obligatoirement, qu’on le veuille ou pas, au statut d’occupant.

Jonathan n’eut pas besoin d’apporter soit la contradiction, soit une compensation, à un avis dont la rigueur le prit par surprise. Le neveu toubib lui démontra une nouvelle fois son sens de l’équilibre. «J’ai dit coma, mais coma partiel». Et il expliqua. Partiel, parce qu’à côté de cet endormissement provoqué et prolongé, une vitalité spectaculaire, permanente, exemplaire, irrigue, stimule la société israélienne. Les faits parlent d’eux-mêmes. Ce colloque, dont il venait juste de sortir, par exemple. La qualité de l’assistance, des intervenants, sa dimension internationale, témoignent de l’excellence israélienne reconnue en matière de système de santé. Comme de son expertise scientifique, en biologie. Comme de son haut niveau de recherche médicale.



Un exemple qui illustre de fait toutes les capacités actives du pays dans l’éventail complet des secteurs d’activité. Hightech, notoirement, mais aussi agriculture, tourisme, culture ... Marquées par des innovations mondialisées, des Prix Nobel…Inutile d’insister ! Partiel, parce qu’il tient essentiellement à la société civile. Cette vie qui parcoure les veines de la société relève des Israéliens eux-mêmes. En dehors de leurs institutions. Presque malgré elles.

Poussant l’avantage, Jonathan, vieil oncle provocateur, relança «Alors, jeune-homme, le diagnostic, c’est bien, mais le bilan, c’est mieux. Sans parler du remède, bien entendu». Le toubib eut beau jeu de faire valoir la limitation et la rapidité de l’examen, mais joua aussi le jeu du bilan en survol. Le coma de longue durée, on en meurt ou en sort difficilement. Donc, espérons-le, ce sera dur. La condition est la remise en phase du civil et du public. Que le social et la morale réinvestissent les champs du pouvoir. Dans une bonne intégration majorité/minorités.

Ceci dit, tous les pays, dans la période actuelle, doivent, peu ou prou, se réinventer. Votre défi à vous, c’est que votre vitalité fasse sauter les verrous du coma. Avant qu’il ne soit trop tard. «Parles-en autour de toi» termina le neveu, avec un clin d’œil à son oncle.

 

3 commentaires:

Jean Corcos a dit…

Merci Claude Meillet !
Un article qui fait mal,justement parce qu'il rappelle certaines vérités totalement évacuées par la manière de reporter l'actualité israélienne dans notre Diaspora. L'antisémitisme - toujours vivant et menaçant - interdit de rappeler que l'homme peut être un loup pour l'homme, y compris chez les juifs ; la bonne conscience de la Tsedaka accomplie interdit de s'interroger sur les causes politiques et sociales de la pauvreté en Israël ; enfin, l'antisionisme radical - lui aussi toujours vivant et menaçant - interdit de rappeler cette situation d'occupant dans les Territoires. Suggestion d'une suite,peut-être pour parler aussi du "coma" ici en France.

bliahphilippe a dit…

Parcourrant l'article avec une certaine rapidité j'ai eu l'impression que l'auteur visait d'abord la situation française,les prix Nobel en moins!
Comme répété à diverses reprises il sera toujours opposé à l'auteur que "la paille qu'il dénonce chez les autres est obscurcie par la poutre dans son propre oeil ".
Pour répondre à un commentaire il se trouvera toujours des personnes obstinément critiques envers Israel melant le vrai et le faux pour satisfaire de facon détournée leurs penchants trés à gauche qui les autorisent à discourrir en (im) posture morale sur "la situation d'occupant dans les Territoires"reprenant ainsi les termes et la position du Quai d'Orsay dont on se demande dans quelle mesure il n'y est pas fait allégeance oubliant que trés majoritairement le peuple d'Israel considére cette étiquette d'occupant (sic) de façon différente.

andre a dit…

Article excessif qui ne mérite ni louange ni critique !La situation économique et sociale d'Israël ne pourra jamais satisfaire ceux qui ne pensent qu’à renvoyer le Premier ministre élu . La politique étrangère ou sanitaire ne prêtant pas le flanc à la critique , on ressort les périphrases classiques sur les écoliers qui ont le ventre vide , ce qui attendrirait le capitaliste le plus féroce . Avant la pandémie il y avait un taux de chômage de moins de 4% et la seule injustice inadmissible c’est le chômage . Le libéralisme crée les conditions du plein emploi et la social démocratie peut adoucir la rigueur du système. Tout le reste a échoué toujours , partout !
André Simon Mamou