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vendredi 25 décembre 2020

Coma israélien-2 par Claude MEILLET

 


COMA ISRAÉLIEN-2

Chronique d'humeur de Claude MEILLET



Bingo, lança Jonathan à son professeur de médecine de neveu, prêt à s’envoler l’après-midi, rejoindre la France. En lui expliquant que le compte-rendu de leur discussion de la veille sur le «coma israélien» avait fait plaisir à quelques-uns et avait donné de l’urticaire à d’autres. Un des axes du débat soulevé, portait sur la relativité des situations entre la France et Israël. Ce qui entraîna la réaction immédiate du neveu, comme les scouts, toujours prêt. «Sababa. Tu veux qu’on essaie d’éclairer leur lanterne ?». 


Ce qui était une invitation, plus qu’une interrogation. «Alors, si tu veux bien, je vais tirer le premier» dit Jonathan. Indiquant qu’il se trouvait armé sur une comparaison sur le fond. Par la superposition de deux études identitaires menées respectivement sur chacun des deux pays. Qui fait apparaître une beaucoup plus grande similarité que ne le fait supposer le climat actuel de haine/amour entre eux. Des échanges de préjugés, de rancunes anciennes ou toutes chaudes, des batailles obsolètes à partir de concepts de gauche ou droite, devenus caduques, nourrissent les mises en opposition présentes. Sans compter les différences objectives existantes. Ancienneté, dimensions, population, position géographique, laïcité et religiosité.

Mais la mise à plat, hors des turbulences de l’actualité, des composantes constantes constitutives des deux identités, font des Israéliens le peuple des valeurs, de la pensée et de l’action, autour du concept de «volonté de vie», et des Français, le peuple de l’humanisme, fédérant valeurs, pensée, et idéal. C’est-à-dire deux peuples, deux nations appartenant globalement à un même univers. La différence majeure tenant à l’efficacité et au dynamisme de l’action, par rapport à la position plus statique et plus réflexive de l’idéalisation.

Pour enfoncer un peu plus le clou, le tableau des équivalences et des différences parle de lui-même. Les équivalences, pensée, créativité, culture, universalisme, ambition, le livre, et égalité, fraternité, liberté. Les différences, action/réflexion, audace/prudence, pragmatisme/théorie, optimisme/pessimisme, aideur/souplesse, risque/précaution, engagement/équilibre.

«Ce qui nous donne une bonne base pour évaluer un tant soit peu scientifiquement, dans le temps présent, la situation comateuse de l’un et de l’autre» fit mine de se réjouir le long professeur, sourire aux lèvres. En précisant que, sans parler de comparer Israël aux aborigènes, aux peuples esquimaux, ni à un pays arabe ou un pays d’Asie, la France lui apparaissait un bon étalon, et même le plus naturel relativement aux autres pays occidentaux.

Au plan politique, «pour moi, il n’y a pas photo» dit-il pour commencer. Israël me semble anesthésié. Et la France, tout le contraire. D’une part, un premier ministre en place depuis une quinzaine d’années, ça fait république bananière. Rongée par, pour le moins, un climat de corruption. Protégée par une citadelle d’assujettis soigneusement entretenue. Une personnalisation absolue et hyper médiatisée du pouvoir. Une paralysie d’ordre électoraliste, allant jusqu’à l’absence d’établissement d’un budget national. Une vie parlementaire aussi bruyante qu’elle est transparente. L’adhésion d’une base de fidèles indécrottables.

De l’autre, des affrontements politiques permanents, parfois violents. Une vraie vie parlementaire. Un pouvoir présidentiel prédominant, il est vrai. Mais limité dans le temps. Accompagné par un gouvernement actif, avec de fortes personnalités. Une opinion contestataire, divisée. Et puis, une perspective, contestée mais en marche, comme on dit., l’Europe. Donc, tout, le balagan compris, mais pas de coma.

Le professeur se dit tenté de porter le même diagnostic dans le domaine social. D’abord parce que, de notoriété internationale, l’État français est probablement le plus distributif du monde. Ca «lui coûte la peau des fesses» dit-il dans un reste de vocabulaire potache. Mais les poches de pauvreté y sont moins nombreuses et larges qu’en Israël, l’inégalité y existe indéniablement, mais mieux identifiée et encadrée. Le syndicalisme, institutionnellement protégé et écouté, participe aux arbitrages, influe, défend, s’oppose. Rien n’est parfait et les combats nombreux, encore plus évidemment en ces temps de pandémie, mais rien à voir avec l’acceptation rampante d’une dégradation continue à l’israélienne. Israël, où il a fallu l’absence de soutien stratégique et concret de l’activité économique face à la crise du Corona, pour provoquer une mobilisation massive et continue de protestation.

Quant au coma moral, la tentation est très forte de pronostiquer le match nul. «Que chacun nettoie devant sa porte». Israël, nul besoin d’y revenir. On n’obligera pas les aveugles à voir clair. Corruption, tentatives de mise au pas de la justice, comportement d’occupant, la barque est chargée. À sa manière, la France n’est certainement pas en reste. Absence de politique et de stratégie d’intégration, désarroi et accumulation d’erreurs de prise en compte et de traitement de la radicalisation islamiste, incapacité à traiter la montée de l’antisémitisme, errement sur la mise en œuvre d’une politique de sécurité. Avec, en miroir de la fragmentation économico-sociale, celle des croyances et opinions, fragilisant l’unité nationale.

Son neveu tapa gentiment sur l’épaule de Jonathan. En lui disant, riant franchement, qu’il préférait ne pas être à sa place, si par hasard, ce deuxième survol d’un coma non médical mais résolument publique, allait à être publié. Pour ne pas être en reste, du haut de sa sagesse de vieil oncle compatissant, il lui recommanda à son tour de réfléchir à repousser son retour en France. «Sait-on jamais ?». S’il venait à de bons Français, bien patriotes, l’idée de lui faire payer un discours par trop iconoclaste sur la moralité française. Une bière bien fraiche conclut entre eux, une paix des braves.

2 commentaires:

Véronique Allouche a dit…

Toujours un plaisir de lire Claude MEILLET. Les français sont des rebelles, de perpétuels révoltés, les israéliens des fatalistes, peut-être que l’armée les a formé à obéir ou du moins à se plier aux directives, même les plus contraignantes. Il est possible qu’ils aient déchargé leur combativité dans les guerres successives....
Un exemple du moment, le « passeport vert » après vaccination. En Israël personne ne trouve à redire. Un projet de loi devait voir le jour en ce sens en France. Devant la levée de bouclier de l’opposition par l’atteinte à la liberté individuelle induite, elle a été renvoyée aux calendes grecques.
Bien cordialement

V. Jabeau a dit…

@Mme Allouche :
On peut voir dans cette histoire de passeport vert autre chose : une volonté plus collective de sortir de la crise sanitaire, et dans son refus (« je refuse de me faire vacciner, et je refuse que ça se sache ») une posture individualiste plus méprisante de l’intérêt collectif. Bien sûr, il y a le souci de garder privés ses choix et de ne pas être fiché, de ne pas être dépendant d’un « score social » à la chinoise. Mais comment induire un comportement plus altruiste ?