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vendredi 25 décembre 2020

Benny Gantz : un gâchis prévisible

 


BENNY GANTZ : UN GÂCHIS PRÉVISIBLE

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

Le président de la Knesset annonce la dissolution

          La Knesset a été dissoute le 22 décembre 2020 à minuit entraînant la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes en deux ans. Benny Gantz sort perdant de cette péripétie prévisible car Benjamin Netanyahou est connu pour ses manœuvres politiciennes. L’inexpérience politique du général n’a pas anticipé l'impossible union des deux personnages dans un même gouvernement. Netanyahou n’avait en tête que ses problèmes judiciaires et son immunité parlementaire tandis que Benny Gantz voulait éviter au pays de nouvelles élections stériles.  Mais la politique, qui n’est pas une affaire de bons sentiments, évolue au sein d’un monde impitoyable ou pour certains l’intérêt de la nation ne compte pas. Gantz aurait dû l’apprendre à ses dépens après trois élections où le premier ministre a usé de tous les expédients pour rester au pouvoir. Il le restera encore jusqu’aux prochaines élections prévues pour le 23 mars 2021.


Gantz et Ashkenazi à la Knesset

Alors que les accords de coalition le prévoyaient, Netanyahou a refusé d’adopter le budget de l’État, unique pour les années 2020/2021, sous aucun prétexte, sauf celui de ne pas partager le pouvoir et de refuser la rotation avec son rival. Benny Gantz est un homme pur, croyant en la parole des politiques comme s’il se trouvait encore au sein de Tsahal. Il a décidé, contre la moitié de son parti, d’enterrer la hache de guerre afin de mettre fin à la plus longue crise politique de l'histoire d'Israël, en s'alliant avec le Likoud, dans un même gouvernement. L'idée de Gantz de rassembler les forces vives du pays pour affronter la pandémie de Covid-19, partait d’un bon sentiment sans compter l’économie de milliards de shekels nécessaires à un nouveau scrutin.

Gantz a proposé plusieurs compromis pour éviter la dissolution mais il n’a pas été suivi. Ainsi se termine sa courte expérience politique durant laquelle il a été neutralisé par un premier ministre omnipuissant. Il a échoué sur tous les plans ; il n’a pas réussi à faire adopter sa réforme de la justice, à devenir premier ministre mais surtout à empêcher l’implosion de son parti. On ne refait pas l’Histoire mais le refus de la moitié de Kahol-Lavan de rejoindre un gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu aurait dû l’alerter. Il aurait dû s’appuyer sur des experts politiques pour refuser de cohabiter avec un dirigeant inculpé de malversations, d’abus de confiance et de corruption dans plusieurs affaires. S’il avait suivi ses amis en votant la motion de censure au mois de mai 2020, alors qu’il avait une majorité pour le faire, il aurait affronté des élections avec un parti soudé, conforté dans les sondages. Il en serait sorti grandi et aurait acquis l’auréole d’un leader politique incontestable.

Annonce de la dissolution à la Knesset



Aujourd’hui la carrière politique de Benny Gantz est terminée ; son parti est devenu un micro parti qui risque de ne pas dépasser le seuil d’éligibilité. Il est rejeté par ses amis et par une grande partie de son électorat qui n’aime pas les perdants. Un véritable gâchis quand on se souvient de l’élan optimiste qui a accompagné son arrivée en politique. Beaucoup ont cru en lui. Comme nous l’avions écrit, il aurait pu créer en mai 2020 un gouvernement minoritaire qui aurait été très vite rejoint par les frondeurs du Likoud, n’attendant que cela pour quitter leur parti et par un parti arabe acceptant de jouer un rôle sioniste. D’ailleurs les contestataires du Likoud l’ont fait aujourd’hui en créant une nouvelle structure, Tikva Hadasha (Nouvel espoir) avec à sa tête Gideon Saar. Gantz aurait pu débaucher quelques voix arabes comme le fait aujourd’hui Netanyahou sans aucun complexe et publiquement. Pour cela il fallait avoir la fibre politique en se démarquant de l’attitude normale d’obéissance d’un chef d’État-Major à l’égard des politiques.

Gideon Saar avec deux recrues du Likoud

Aujourd’hui, les rats quittent le navire Bleu-Banc. Le député travailliste Itzik Shmuli a déclaré que son parti envisageait de s'associer avec d'autres factions de centre-gauche dans la perspective des élections alors qu’il était prévu que les Travaillistes se présentent aux élections dans une liste commune. Il en est de même au Likoud où les députés Sharren Haskel, Michal Shir et Yifat Shasha-Biton ont décidé de rejoindre Gideon Saar. D’autres sont sur le départ et attendaient la dissolution de la Knesset.

Si Gantz a perdu son pari, il peut avoir la satisfaction d’avoir affaibli Netanyahou qui fait face à une opposition interne et à des départs de grosses pointures militantes. Il a imposé une recomposition totale des partis, de droite comme de gauche. De nouveaux dirigeants devraient faire leur apparition à l’occasion du vide créé. De nouvelles alliances politiques sont déjà planifiées mais aucun visage nouveau n’émerge pour l’instant. L’ancien général Gadi Eizenkot et le maire de Tel-Aviv sont de la vieille générale qui aura beaucoup de mal face au "jeunot" de 53 ans, Gideon Saar. 

Stav Shaffir la passionaria travailliste 

A gauche, les jeunes ont fui le parti travailliste historique parce qu’on n’a pas voulu leur faire la place qu’ils méritaient. On a préféré maintenir un parti sclérosé plutôt que de l’ouvrir à la nouvelle génération. Mais si la gauche a été éliminée de la Knesset, ses idées persistent comme le montrent les manifestations de rues depuis plus de deux mois. Meretz n’a pas su évoluer avec ses rêves inachevés et ses cinq députés, allant jusqu’à compter sur le vote arabe pour se refaire une santé.

Le Likoud est censé rester en tête des intentions de vote mais c’était avant le départ de quelques éléments et avant la dissolution. Il risque de ne pas trouver de partenaires pour se maintenir au pouvoir. Naftali Bennett vient de se déconsidérer car il lui manque le courage d’un vrai leader politique. Il a peur d’être seul et est perçu comme un dirigeant volatil. Il vient d’annoncer son intention de remplacer Netanyahu au poste de Premier ministre, mais il ne «refusera pas de siéger à un gouvernement dirigé par Netanyahou». Certains interpréteront sa position comme le slogan : «voter pour moi, c'est voter Bibi!».



En se fourvoyant dans la «collaboration» sans résultat tangible, Gantz a ainsi signé la fin de sa vie politique. Il prouve qu'un bon militaire n'est pas forcément un bon politique. N'est pas Rabin ou Barak ou Sharon qui veut ! Triste fin pour un général qui a porté haut les espoirs d’une partie importante de la population et qui s’est accroché à son fromage avec le désespoir d’un vaincu. Il n’a pas compris qu’il ne devait pas prolonger l'agonie d'un régime politique déconsidéré.

Adieu l'ami.  

1 commentaire:

Ibrahim a dit…

Sa carrière d'homme politique est finie ... mais pas celle d'Homme d'Etat, il a préféré se sacrifier pour que son pays évite des nouvelles élections stériles, les 4èmes en 2 ans et pour que son pays puisse avoir un gouvernement en pleine pandémie ...

Si après, votre peuple préfère un roublard politicien plutôt qu'un général intègre, c'est bien dommage ...