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lundi 16 novembre 2020

Décès du négociateur en chef des Palestiniens


 DÉCÈS DU NÉGOCIATEUR EN CHEF DES PALESTINIENS

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps


                

          Bien sûr le terme de modéré ne va pas plaire à tous les lecteurs parce que pour certains, un Palestinien reste, à vie, un ennemi quels que soient ses actes et sa pensée. Saëb Erekat est mort dans un hôpital israélien à Jérusalem, jeune à l’âge de 65 ans. On peut en douter mais c’était un véritable modéré, qui n’a jamais tenu une arme, parce qu’il ne prônait pas la guerre ni le terrorisme comme moyen de parvenir à ses fins, mais la discussion, sans pour autant se plier aux injonctions israéliennes. Une certitude, il n’a pas de sang israélien dans les mains. Comme disait l’autre, ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier, visant ainsi Mahmoud Abbas qui s’accroche à son fauteuil.


            

          Erekat était secrétaire général de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), la structure créée par Yasser Arafat. Il est resté ancré dans ses convictions au point de considérer l’intransigeance comme ultime arme politique. C’est ainsi qu’il a condamné la normalisation de certains pays arabes avec Israël car pour lui, la résolution du conflit palestinien était un impératif non négociable. Ayant acquis en 1990 la responsabilité des négociations, il a été à l’origine des accords d’Oslo qui devaient, selon lui, créer un État palestinien en paix avec Israël. Il était en conflit permanent avec des membres de l’OLP qui ne le suivaient pas dans sa volonté de régler le conflit uniquement avec des négociations politiques et de ce point de vue, sa démarche a été stérile car elle n’a pas abouti. Ayant un don d’éloquence, il était le plus capable à critiquer Israël dans des termes forts.

Saëb Muhammad Saleh Erekat, né à Abou Dis le 28 avril 1955, avait suivi son père, homme d’affaires, aux États-Unis alors qu’il avait 17 ans. Cela lui permit d’être parfaitement bilingue après des études de sciences politiques à San Francisco. En plus de sa maitrise, il a obtenu la nationalité américaine. Il a aussi obtenu un doctorat en études de la paix à l'Université de Bradford en Grande-Bretagne A son retour, il s’était installé à Jéricho pour enseigner de 1982 à 1986 à l'Université nationale An-Najah de Naplouse, la plus grande université palestinienne. Il a toujours vécu dans cette ville, jusqu’à sa mort. Il a également travaillé comme journaliste pour le journal palestinien Al-Quds pendant 12 ans, et il a été le premier ministre du gouvernement local dans le premier gouvernement formé par l'Autorité nationale palestinienne dirigée par le président Yasser Arafat en 1994. C’est au cours de ses études qu’il est devenu convaincu qu'il n'y avait pas de solution militaire au conflit israélo-palestinien mais une solution issue de négociations.



Sa carrière politique commença lorsqu’il fut nommé chef adjoint de la délégation palestinienne à la conférence de Madrid en 1991. C’est tout naturellement qu’il dirigea les pourparlers ultérieurs à Washington en 1992 et 1993, puis la délégation palestinienne aux négociations en 1994. En 1995, il était devenu le principal négociateur palestinien ce qui lui permit d’être élu au Conseil législatif palestinien en tant que représentant de Jéricho en 1996. Durant toute sa vie, il resta fidèle à Yasser Arafat qui l’invita aux réunions de Camp David en 2000 et aux négociations qui ont suivi à Taba en 2001.

Il a conservé son siège au Conseil législatif lors des élections parlementaires de 2006 balayées par le Hamas, et le mouvement n'a pas pu rivaliser avec lui à Jéricho, auquel il donne une partie de son temps et tend toujours la main à son peuple. Il a poursuivi son travail de négociateur sous la présidence d'Ahmed Quorei - membre du Comité exécutif de l'OLP - avant qu'Abbas ne le nomme à la tête de la délégation palestinienne en 2009. La même année, il a été élu membre du Comité central du Mouvement de libération nationale palestinien (Fatah), la plus haute instance dirigeante du mouvement, puis il a été choisi à la fin de 2009 en tant que membre du Comité exécutif de l'OLP.



Il a abandonné la diplomatie et sa passion constante pour les négociations lors de la confrontation entre le Hamas et le Fatah au point d’être considéré comme l’un des «faucons» du Fatah dans ce conflit. En février 2011, Saëb Erekat avait démissionné de son poste à la tête de l’unité de soutien aux négociations de l’OLP après la publication par Al Jazeera de documents internes relatifs aux négociations israélo-palestiniennes. Connus sous le nom de «Palestine Papers», les 1.600 documents publiés par la chaîne qatarie (mémos, emails, procès-verbaux de réunions privées, comptes-rendus d’échanges de haut niveau, cartes et présentations Powerpoint) couvrent une période allant de 1999 à 2010.

Ces documents ont révélé les concessions significatives faites par l’Autorité lors des négociations sur des questions essentielles, notamment le sort des réfugiés et le fait que l’AP était d’accord pour que seul un petit nombre de réfugiés déplacés pendant la Nakba reviennent en Palestine. Les documents contenaient également des informations sur la manière dont les unités de la sécurité de l’Autorité avaient coordonné avec les forces israéliennes le meurtre et l’arrestation de Palestiniens engagés dans la résistance armée contre l’occupation. Ces révélations avaient provoqué l’indignation de l’opinion publique palestinienne. Il se défendit en déclarant : «Ce qu’il faut retenir de ces documents, c’est que les négociateurs palestiniens sont toujours venus à la table avec le plus grand sérieux et de bonne foi, alors que de l’autre côté, nous n’avons été accueillis que par le rejet».



Mais il a été rappelé par Mahmoud Abbas, fin octobre 2013, pour les négociations de paix avec les Israéliens sous les auspices américains. Il était persuadé de parvenir à un accord avec les Israéliens d’autant plus que Tsipi Livni était chef de l’équipe israélienne dans les négociations.  

Saëb Erekat a été, à plusieurs reprises dans sa jeunesse, fait prisonnier par les forces israéliennes : la première fois à 13 ans, à la suite d’un affrontement avec des soldats israéliens. Il a ensuite été arrêté en 1983 pour activisme auprès des étudiants de An-Najah et placé en résidence surveillée à plusieurs reprises au cours des premières années de la première Intifada.



Il resta fidèle à Yasser Arafat malgré de nombreuses divergences sur les sujets politiques. Mais à l’arrêt des négociations avec Israël depuis 2014, Saëb Erekat est resté sur sa position en répétant que «les négociations sont la meilleure voie à suivre pour parvenir à une solution et il n’y aura pas d’option militaire». Il n’a jamais été tendre avec Israël, qu'il accusait d’être à l’origine de l’échec des négociations en raison des constructions dans les implantations dont le gel était une condition de l’Autorité.



Il était parfois un rêveur car dans son livre The Palestinians and Confronting the Deal of the Century, il estimait pouvoir contrecarrer l’accord Trump en développant l’autosuffisance sans solliciter les parties arabes ou internationales. Par ailleurs, son programme reposait sur la réconciliation palestinienne tout en reconnaissant l’OLP comme le seul représentant légitime du peuple palestinien, sur l’élection d’un Conseil national palestinien représentant l’ensemble du peuple palestinien, sur la nécessité d’élections et sur le droit international. Autant de chimères ne lui faisaient pas perdre l’espoir.

  Sa seule déclaration avant de mourir fut de dire que «la Palestine était victime des ambitions électorales du président Trump dont l’équipe entreprendrait n’importe quelle action, qu’importe à quel point elle puisse être destructrice pour la paix et un ordre mondial reposant sur le droit, pour parvenir à sa réélection».

On ne sait pas s’il était conscient jusqu’à la fin de sa vie mais, s’il en était ainsi, il a quitté le monde en ayant eu la satisfaction d’avoir assisté au départ de Trump. Même si les discussions n’ont jamais abouti, il sera une perte pour Israël qui pouvait avoir avec lui un dialogue franc. Beaucoup d’inconscients se réjouissent de sa mort et ont promis de sabrer le champagne car la haine les a toujours animés. Saëb Erekat mérite le respect même s’il a toujours été un adversaire d’Israël sans être un ennemi. Il faut souhaiter que les Palestiniens trouveront un remplaçant de sa trempe, ouvert au dialogue.

3 commentaires:

Josée GUEDJ a dit…

c'est un tres beau portrait, j'ajoute qu'il est noble de respecter son adversaire surtout quand il est de qualité.

Michel LEVY a dit…

La base des accords d'Oslo c'est l'échange de territoires contre la paix.
Les israélien ont dit "On accepte la paix, pour les territoires, cela peut attendre.
Les palestiniens ont dit "On accepte les territoires, pour la paix, on verra"
Tout à foiré quand Bibi est arrivé aux affaires, et les deux partenaires ont été de très mauvaise foi. Ce ne sont pas les accords qui sont mauvais mais les hommes qui auraient du les mettre en oeuvre.

andre a dit…

Hommage à un négociateur palestinien qui voulait convaincre les négociateurs israéliens de faire de la place pour un État palestinien , en attendant de prendre toute la place !
André Simon Mamou
Tribune juive