LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

samedi 7 novembre 2020

Balagan par Claude MEILLET

 

BALAGAN

chronique d'humeur de Claude MEILLET


Bazar

          Les Israéliens, orfèvres parmi les orfèvres, ont récupéré ce mot, d’origine perse, passé par la Russie. Les mieux éduqués diraient «bazar». Les autres, moins précautionneux, disent «bordel». De toute façon, tous se rejoignent sur le constat. La période est celle du grand balagan. Roulé, comme tout le monde, par les vagues incessantes de cet océan balaganesque, comme aurait pu le désigner le président de l’acabrantesque Jacques Chirac, Jonathan proposa à tous d’y verser leur grain de sel. Déconfinementés, masqués exhibant leur créativité à coup de masques plus surprenants les uns que les autres, distancisés selon les règles, ils se retrouvèrent dans un cercle à la circonférence agrandie par rapport celle des temps normaux.

À tout seigneur, tout honneur, le tir se centra immédiatement sur le phénomène le plus proche, le balagan israélien. Facile, il n’y avait que l’embarras du choix. La crise du coronavirus emporta le leadership de très peu, devant le sujet traditionnellement favori, la politique. La liste fut longue. L’économique sacrifié sur l’autel de la réussite du contrôle de la première vague. Déconfinement imbécilement heureux, irresponsable. Absence tragique de stratégie de gestion de la crise sanitaire et de l’énorme dégât social et économique. Panique devant l’irruption de corona-2, amplifiée par une guerre au sommet paralysante, la focalisation de Netanyahou sur son seul cas politico-judiciaire, et la capitulation en rase campagne devant l’insoumission des orthodoxistes radicaux. Nouvelle démonstration d’incurie stratégique dramatique dans le double secteur social et économique, laissant sur le carreau le million de sans emploi, la myriade de commerçants, indépendants, et de secteurs économiques, sans aucun revenu.

En y ajoutant, pour la poire, l’évolution erdoganesque du pouvoir, tentant de dénigrer et d’agresser un courant insubmersible et croissant de contestation populaire. Pilotant le feu roulant d’affidés obéissants contre tout ce qui n’est pas pour, opposition, justice, police. Un pouvoir par ailleurs empêtré dans ses arbitrages contradictoires, hésitants, entre finance, social, économie, dans les secteurs clés de l’éducation, du commerce, des services. Ne profitant pas de ses victoires diplomatiques, en les entachant de l’abandon du principe de supériorité militaire et de l’absence de prise d’initiative dans le conflit étal israélo-palestinien. Célébrant Ubu, en établissant, peut-être, un budget 2020 en décembre…2020, dont le manque a paralysé les services publiques l’année entière.



Jonathan vit la litanie balaganesque se déplacer vers le reste du monde. Un reste qui, visiblement, n’était pas en reste. Là encore, à un autre seigneur, tout honneur. Donald Trump eut droit à toutes les attentions de l’assemblée. Ignorance et incompétence furent les remarques les plus aimables. Vinrent ensuite, en avalanche, démagogie, malhonnêteté, rustrerie, incohérence, racisme. Accompagnés de gâchis, débâcle, dégradation. Quelques voix en défense, courageuses, eurent peu de chance d’équilibrer le bilan d’un président, mais aussi d’une bonne partie du peuple américain.

La vedette en catastrophisme fut ardemment disputée par une dévoyance mondialisée. Celle de l’islamisme radical. L’ébahissement et l’effroi se partageaient devant la déflagration généralisée que provoquaient ensembles, la volonté de destruction et de domination des différentes écoles de terrorismes islamique, la recherche démiurgique d’Erdogan, devenant obstinément dictateur islamofasciste. Avec, pour effet, la diffusion en forme de trainée de poudre d’attaques, attentas, d’égorgements. Prenant prétexte de l’application de la liberté de caricatures Mahometesques pour s’en prendre aux autres religions. Un des participants insista sur l’émergence du nouvel hitlérisme que représentait démarche d’Erdogan et sur la cacophonie des réactions des puissances libres, laissant le président Macron, seul dans son affrontement, justement frontal.

S’ajouta à ce catalogue déjà bien riche, un florilège complémentaire. Le bégayage mondial des experts de la santé et des scientifiques sur le moins mauvais traitement du virus Covid. L’envahissement planétaire du phénomène Zoom, superbe et très utile trouvaille, trainant derrière lui le risque de désincarnation des relations humaines. La double épée de Damoclès planant inexorablement au-dessus des têtes des générations jeunes et à venir, que sont le dérèglement climatique et la débâcle écologique.

La vertu cathartique de ce passage en revue de toutes les formes du balagan universel actuel, fit rapidement ses preuves. La magie de l’apéritif, additionné du plaisir de dire du mal ensemble, libéra le besoin irrésistible de positivisme. La doyenne de l’assemblée se mit à fredonner «Tout va très bien Madame la marquise…». L’incitation fut trop forte. Le chant s’éleva.



Tout va très bien, Madame la Marquise/ Tout va très bien, Tout va très bien./ Pourtant, il faut que l’on vous dise,/On déplore un tout petit rien/Un incident, une bêtise,/ la mort de votre jument grise./ Mais à part ça, Madame la Marquise/Tout va très bien, Tout va très bien.

4 commentaires:

bliahphilippe a dit…

La poutre solidement installée dans l'oeil français s'acharne donc à lorgner sur la paille dans la israélienne. Voilà qui preterait à sourire si cela n'était tragique pour celui bien plus mal en point qui fait profession de donner des leçons de "balagan" à l'ex protégé trahi par lui, lequel ne se reconnait plus dans ce statut mis en place à force de mauvaises habitudes prises au cours des siécles.

Marianne ARNAUD a dit…


Mais Chateaubriand qui visiblement s'y connaissait en balagan turc, ne nous avait-il pas déjà avertis, lorsqu'il écrivait dans ses "Mémoires d'outre-tombe" :

"Prétendre civiliser la Turquie en lui donnant des bateaux à vapeur et des chemins de fer, en disciplinant ses armées, en lui apprenant à manoeuvrer ses flottes, ce n'est pas étendre la civilisation en Orient, c'est introduire la barbarie en Occident : des Ibrahim futurs pourront ramener l'avenir au temps de Charles Martel."

Eh bien, nous y sommes ! L'Ibrahim nouveau c'est Erdogan, ne reste plus qu'à trouver un Charles Martel ! C'est urgent !

Jonathan a dit…

Merci à qui pourrait traduire la langue allusive de Bliahphilippe en énoncé concret qui lui donnerait sans aucun doute toute sa valeur et sa portée.

Yaakov NEEMAN a dit…

Merci à Marianne Arnaud pour cette belle citation de Chateaubriand. Visionnaire, le romancier des Mémoires d'Outre-Tombe ! Vous écrivez ensuite : "...reste plus qu'à trouver un Charles Martel". Ce sera difficile, parce que les Sarrasins d'aujourd'hui ont déjà pris position dans les territoires qu'ils veulent soumettre. A l'époque de Charles Martel, l'affrontement entre ses soldats et ceux des envahisseurs était frontal. Aujourd'hui, c'est plutôt une guerre d'escarmouche, donc imprévisible : l'ennemi a l'avantage de la surprise. Le terrorisme est une guerre dont la véritable cible est l'opinion. Il vise à provoquer la lassitude, puis la soumission. Ensuite, il y a une autre dimension -- religieuse cette fois, et non plus militaire -- à ce conflit. L'Islam ne progresse que là où aucune autre religion s'oppose à lui. Or la religion d'aujourd'hui, en France en tout cas, c'est la laïcité et les valeurs républicaines. Et ça ne suffit pas pour générer l'effet galvanisateur d'une religion. Si l'Europe était chrétienne comme elle le fut à l'époque de Charles Martel, les Erdogan d'aujourd'hui seraient vite remis à la raison. La divinité a horreur du vide.