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dimanche 8 novembre 2020

Après l'échec de Trump, la Droite en Israël est en deuil

 

APRÈS L’ÉCHEC DE TRUMP, LA DROITE EN ISRAËL EST EN DEUIL

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps



   Israël est en deuil aujourd’hui. Donald Trump n’a pas été réélu et c’est un démocrate qui occupera la Maison Blanche pendant 4 ans sous réserve des décisions de justice. S’ils pouvaient voter, les Israéliens lui auraient pourtant donné leurs suffrages à plus de 75%. Un coup dur pour Benjamin Netanyahou qui perd un allié qui ne lui refusait rien. Les sondeurs devront cependant modifier leurs techniques de travail et le choix de leur échantillon humain car il n’y a eu ni «tsunami» et ni «vague bleue» comme annoncé. Pire, ils n’ont pas anticipé la résistance de Donald Trump qui s’est cependant montré mauvais perdant, en contestant les résultats sans preuves tangibles. Cependant, Joe Biden devra se contenter d’une victoire modeste.




Mais Israël, quel que soit le président, restera toujours un allié privilégié pour les États-Unis. D’ailleurs on se souvient que le démocrate Barack Obama, tant décrié à droite, avait octroyé une aide militaire de 38 milliards de dollars à Israël sur dix ans, malgré les fortes tensions entre les deux pays au sujet de l'Iran et du processus de paix avec les Palestiniens. Ce protocole d'accord pour la période 2019-2028 constituait, selon Barack Obama : «le plus important engagement d'assistance militaire bilatérale dans l'histoire des Etats-Unis. Comme je l'ai répété, l'engagement de l'Amérique pour la sécurité d'Israël est inébranlable». 

Malgré des relations personnelles exécrables entre Benjamin Netanyahu et Barack Obama, l’aide n’a pas été remise en cause comme du temps de George Bush père face à Itzhak Shamir en 1991. Israël ne craint donc aucune décision imprévisible de la part de la nouvelle administration américaine démocrate. Si des changements peuvent intervenir, ils ne seront pas attendus dans le domaine sécuritaire mais en revanche sur les questions relatives aux implantations et au sujet du processus de paix avec les Palestiniens. 

Ambassade américaine Tel-Aviv

La politique américaine a été d’une grande continuité et quelques décisions américaines exceptionnelles n’ont jamais été au-delà du symbole. Le transfert de l’Ambassade américaine à Jérusalem a été une décision forte qui ne pourra pas être remise en cause bien que l’immense bâtiment de la rue Hayarkon abrite toujours les principaux services diplomatiques américains. Il semble en fait que Donald Trump ait été demandeur lorsqu’il avait compris que sa réélection était compromise sans le vote juif. Il est un fait constant que les Juifs ont toujours voté à 75% pour les Démocrates.

Le système américain de l’élection des Grands électeurs, sur le principe du tout ou rien, offre une grande importance aux quelques voix de différence, parfois quelques centaines qui donnent la totalité des délégués au candidat arrivé en tête. Ce système est un peu frustrant car il ignore le vote de près de la moitié des électeurs dans chaque État. Même si les Juifs représentent à peine trois millions d’habitants, dans certains États où ils sont concentrés, ils sont les faiseurs de président. Pourtant, pendant son mandat de quatre ans, Trump n’a pas su caresser dans le sens du poil cet électorat juif américain qui attendait d’être convaincu. Il a traité par le mépris le puissant lobby juif pro-israélien, l’Aipac, qui fait et défait les présidents et les sénateurs car il pensait qu’il suffisait de conquérir les Israéliens par des mesures fortes. Mais seuls quelques Israéliens votent pour ces élections.

Ivanka Trump inaugure l'ambassade de Jérusalem


Certes, Donald Trump a su gagner l’estime des Israéliens. Il a déplacé l'ambassade américaine à Jérusalem. Il a reconnu la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan. Il a fermé les yeux sur l'expansion des implantations israéliennes en Cisjordanie et est allé jusqu'à désigner un avocat bien connu du mouvement de Yesha comme son ambassadeur en Israël. Il a coupé l'aide américaine aux Palestiniens et a rompu les liens avec leurs dirigeants. Et comme pour frotter encore plus de sel dans leurs blessures, il a négocié plusieurs accords de paix entre Israël et d'autres pays de la région. Mais pour certains, il a mis en danger la suprématie militaire israélienne en acceptant la livraison de F-35 et de drones aux Émirats.

Biden à l'Aipac

Mais ces décisions n’ont pas enthousiasmé les Juifs américains et les absences du président républicain aux réunions du lobby ont été mal comprises. Trump a snobé l'AIPAC depuis 2016, lorsque ses dirigeants l’avaient réprimandé parce qu'ils n’avaient pas accepté, dans ses discours, les attaques directes contre le président Barack Obama. Attaquer un président en exercice est un non-sens majeur pour un lobby qui fait sa marque du bipartisme et de la volonté de travailler avec toutes les administrations. Trump, pro-israélien, avait choisi d’avoir une relation plus étroite avec le gouvernement israélien en négligeant l'AIPAC.  Mais il a ainsi perdu le vote juif qui est allé à Joe Biden qui, lui, s'est déplacé pour prendre la parole devant le lobby.



Il s’agit à présent d’évaluer les conséquences de l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Sa politique au Moyen-Orient se distinguera peu de celle de Trump sauf sur l'Iran et la Turquie. Il rétablira certainement l’aide aux Palestiniens et rouvrira le bureau de l'OLP à Washington. Il renouera le dialogue pour convaincre Mahmoud Abbas de s’installer à la table des négociations. Même si Joe Biden a promis de corriger la politique étrangère de Trump, ce sera essentiellement contre l'Iran et la Turquie. Rarement les présidents américains, malgré leur pouvoir, s'écartent des lignes directrices dictées par les intérêts nationaux et recommandées par les agences spécialisées. Biden suivra probablement à la fois Obama et Trump en maintenant une politique bipartite sur le Golfe, l'Irak, la Syrie, le Liban, Israël et l'Égypte. Les pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe) resteront des alliés indéfectibles de l'Amérique et les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite ne subiront aucun changement.

Biden en Arabie

Joe Biden n’est pas le naïf pacifiste ni le «gauchiste» que l’on croit et il l’a montré quand il dirigeait le pays aux côtés d’Obama.  Il a soutenu les actions militaires. Les Américains ont trop investi en Irak pour abandonner le pays à l’Iran. Tout comme Obama, Biden maintiendra des troupes en Irak jusqu'au moment où Bagdad sera assez fort pour garantir la sauvegarde des intérêts américains. Il ne rapatriera pas les troupes américaines basées dans l'est de la Syrie pour empêcher Daesh de s’approprier les ressources pétrolières. Ce pétrole n’a plus autant de valeur sur le marché international sachant que la Syrie produit à peine 400.000 barils par jour de brut lourd qui ne peut pas être raffiné sur place. Mais il permet à Daesh de se financer.

Joe Biden a peu d’intérêt pour le Liban mais il continuera la lutte contre le Hezbollah et maintiendra les sanctions contre la milice pro-iranienne. Il soutiendra Israël pour garantir le calme à ses frontières et n’hésitera pas à fermer les yeux sur une éventuelle intervention militaire israélienne, si elle devenait nécessaire. Il n’est pas responsable des mauvaises relations entre Netanyahou et Obama qui l’ont été uniquement pour des raisons intérieures israéliennes. En effet, Obama a toujours appuyé Israël à l’ONU sauf à la veille de son départ, pour marquer sa désapprobation face au comportement de Netanyahou devant le Congrès. Comme «cadeau de départ» et pour la seule fois, il a refusé d’opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur les colonies israéliennes, mais il savait qu’elle n’avait aucune portée réelle.



L’alliance avec Israël ne souffrira pas de l’arrivée de Biden. Contrairement à Trump qui a imposé son «deal du siècle», il ne jouera pas un rôle actif dans la relance des pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens. Il s’en tiendra au mantra d'Obama : «L'Amérique ne peut pas vouloir la paix plus que les parties impliquées». D’ailleurs, Biden a déjà fait l'éloge de la paix unilatérale entre Israël, d'une part, et les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan, d'autre part. Il encouragera certainement les autres pays arabes à signer la paix avec Israël.

Cependant, Biden s'écartera de la politique de Trump au Moyen-Orient en ce qui concerne l'Iran et la Turquie. Il est peu probable que Biden poursuive la politique de «pression maximale» sur les Mollahs et si l’Iran cessait ses violations flagrantes, il est fort probable que Biden rejoindra l'accord nucléaire. Les sanctions n’ont pas été très efficaces sur la poursuite du programme nucléaire de Téhéran ; elles ont plutôt aggravé «l'activité déstabilisatrice» de l'Iran dans son parrainage du terrorisme. Biden cherchera d’autres moyens pour obliger l'Iran à des négociations face à une situation économique dramatique, tout en se rapprochant de la politique de l’Union européenne.

Il sera difficile à Joe Biden de restaurer la lune de miel avec la Turquie. Déjà vers la fin de son mandat, Obama avait abandonné Erdogan après l'abattage par la Turquie d'un avion de combat russe car il refusait une escalade américaine indésirable avec la Russie. Par ailleurs, l’installation d’un système de défense aérienne russe S400 a éloigné la Turquie de l’Otan. Mais si Trump s’était personnellement connecté à Erdogan malgré ses manigances populistes, il est fort probable que les relations entre les États-Unis et la Turquie se détérioreront davantage.

Zvi Hauser

Israël n’a rien à craindre de l’arrivée de Joe Biden au pouvoir. Seuls les nationalistes de l’extrême-droite risquent d’être freinés dans leurs ambitions. C’est eux qui sont en deuil aujourd’hui. Le député Zvi Hauser, président de la commission de la défense et des affaires étrangères de la Knesset, est persuadé que «les choses ne changeraient pas autant sous une présidence Biden que certains le craignent». Selon lui, «Israël aura un bon ami, un véritable ami et allié, à la Maison Blanche» sans compter que Joe Biden risque de ne pas contrôler le Congrès majoritairement républicain et pro-israélien qui jouera cependant  le rôle de protecteur des intérêts israéliens. 



Le ministre de l'Énergie Yuval Steinitz (Likoud) a cherché à calmer les craintes sur ce à quoi pourrait ressembler une présidence Biden pour Israël : «Dans le passé, nous avons toujours réussi à travailler avec qui était président, quel que soit le parti dont il était issu. Notre partenariat stratégique avec les États-Unis ne dépend pas de qui occupe la Maison Blanche - il va au-delà des considérations partisanes». 

Le centriste Yaïr Lapid a été le premier officiel israélien à féliciter Joe Biden, samedi 7 novembre dès l'annonce de son élection. 

 

4 commentaires:

2 nids a dit…

Bon article dans l'ensemble..maintenant faut souhaiter que Jo Biden fera la même chose que feu Mitterrand avec les communistes, après Mitterrand ayant reçu la francisque de Pétain j'espère que Biden n'aura pas d'aussi lourdes "casseroles"( pour être correct)

Les points noirs sont toujours sur le "tapis" Turquie,Iran, Corée du Nord, Hezbollah et immigration envahissante en Europe..agriculture industrielle, il est grand temps de faire "le ménage"..

bliahphilippe a dit…

"Si des changements peuvent intervenir, ils ne seront pas attendus dans le domaine sécuritaire mais en revanche sur les questions relatives aux implantations et au sujet du processus de paix avec les Palestiniens."
Voilà une affirmation sujette à discussion : 1) comme vous l'indiquez à juste titre un rapprochement avec l'Iran dans le cadre d'un probable retour à la politique d'Obama présente bien un risque sécuritaire pour Israel sachant la volonté sans faille des mollah d'obtenir par tous moyens -incluant la duperie- l'arme nucléaire. Or sous Obama Israel a été écarté de ces négociations.En irait-il autrement cette fois?
Israel peut-il laisser faire sans se lancer dans une aventure militaire ressemblant à celle d'Osirak, mais avec des conséquences plus dangereuses pour la région également?
2) Le rapprochement des USA avec les palestiniens ne présenterait t'il aucune gene sécuritaire envers Israel sachant que les Palestiniens restent des ennemis irrédentistes islamistes d'Israel considérant leur volonté intacte de mettre fin à l'état juif misant entre autres sur le facteur temps; ce qui les améne à refuser tout accord de fond, ce que Trump avait bien compris.
Peut-on voir dans ce contexte d'un bon oeil le retour probable des USA au secours et au maintien de l'UNRWA qui reste une épine empoisonnée dans le pied d'Israel empechant tout accord au delà du bavardage propagandiste palestinien.
3) L'article par contre fait état d'un probable changement concernant les implantations. Le diable se cache dans les détails!! Comment ne pas y voir un risque de danger sécuritaire pour Israel? Pour rappel l'envoyé d'Obama Kerry -trés peu pro israelien- faisant la navette quasiment toutes les deux semaines en Israel en vue d'imposer un tracé à la carte de la Judée -Samarie par des militaires fonctionnaires démocrates refusé par Natanyahou qui lui -et pas le seul y voyait un danger innqceptable pour le pays. Sans doute ce plan américain aurait été également refusé par les fameux 75% d'israéliens regrettant Donald Trump dont on peut affirmer qu'il ne s'y serait pas risqué.
Voici quelques réflexions de nature à temperer l'optimisme surtout au regard des tendances montantes d'extreme gauche violemment anti-israéliennes d'éléments du nouveau parti démocrate qui n'existaient pas du temps de papa Biden.
Faut il etre naif au point de ne pas prendre un peu de hauteur face à cette nouvelle donne dont ne peut minimiser l'influence vu la faible victoire du parti démocrate, considérant le risque de composer avec cette frange pour apaiser des tensions propbables dans le parti. En général on sait qui risque de devenir le bouc émissaire...

Erick LEBAHR a dit…

N'oublions pas que l'histoire est faite de cycles.. d'alternances... d'effets de balancier... l'avènement de trump était la résultante du mauvais bilan d'obama. Vu le bon bilan d'ensemble de trump avant le covid, je pense que sans le covid, il aurait été élu assez largement. Mais il y a eu le covid, et l'on ne peut refaire l'histoire. Je pense qu'il y aura un autre effet de balancier, suite à l'action des démocrates, dont l'aile gauche extréme est trés virulente, sans parler des mouvements indigénistes agressifs. Le " fatigué" et agé joe biden, plutôt modéré, lui, saura t il leur résister? Et par réaction , le parti républicain reviendra aux affaires. Dans 4 ans? C'est fort possible. 4 ans, au fond, c'est assez peu. Cela est beaucoup aussi. Le temps est surtout une vue de l'esprit.e

Jacqueline KAHANA a dit…

Merci Monsieur Benillouche d’être notre porte parole , vos articles vos synthèses depuis des années nous aident, je dis bien nous aident à vivre surtout en ces moments où des dires fusent de tous bords et ce sont dans ces moments là que vos arguments si réels si bien analysés ressortent de nos bouches sans crise d’hystérie avec le calme et l’intelligence de vos analyses politiques , une synthèse vitale !!!
Merci Mr le professionnel