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dimanche 1 novembre 2020

Les manifestations israéliennes consolident la droite extrême Yamina

 

LES MANIFESTATIONS ISRAÉLIENNES CONSOLIDENT LA DROITE EXTRÊME YAMINA

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

               


          Cela est devenu une constante. Tous les samedis, dans plusieurs quartiers des villes et villages israéliens, ont lieu des manifestations bon enfant contre le gouvernement. Cela avait commencé il y a quelques mois avec une contestation face au domicile du premier ministre à Jérusalem mais le gouvernement a cru trouver la parade en interdisant les réunions de grande foule en raison du coronavirus et des risques de contamination. Il avait fait un mauvais calcul car la colère s’est alors étendue partout en Israël, tout en respectant les distances de confinement. Des citoyens qui n’avaient jamais manifesté ont été entrainés dans une sorte de kermesse, organisée au son des klaxons de voiture, avec chants politiques et souvent discours improvisés par des citoyens soudain politisés.




Un peu à l’image des Gilets jaunes en France, les actions n’étaient pas structurées parce qu’il n’y a pas de chef. C’est l’auberge espagnole de tous les opposants au pouvoir en place. Les «Démocrates mobilisés»,  tels qu’ils se dénomment,  ont réussi à exister, à prospérer et à marquer les esprits. Leur succès a étonné parce que jusqu’alors, la prise de conscience de la population n’était pas effective. Cependant l’avenir du mouvement n’est pas assuré car il ne s’appuie sur aucun parti politique. En 2011, lors de la révolution des tentes, le parti travailliste avait pris le train en marche et plusieurs de ses meneurs l’avaient rejoint pour donner corps à une opposition concrète à la Knesset.

Or aujourd’hui, les manifestations sont axées sur le seul départ de Netanyahou. Ce n’est pas très mobilisateur car la population veut qu’on lui trace le chemin de l’avenir du pays. Le premier ministre a été élu démocratiquement et il ne voit aucune raison de quitter le pouvoir tant que la justice ne l’empêche pas et même s'il a été fragilisé. Il ne suffit pas de brandir des drapeaux, souvent noirs symbole de l’anarchie. Il faut des hommes et des femmes, un programme politique, un calendrier, une équipe pour gouverner et surtout un chef incontestable et charismatique. Tout cela manque aux Démocrates mobilisés. Ils persistent à affirmer que c’est volontaire mais cela ne fait pas avancer les choses. Leur rôle n'a pas été négligeable puisqu'il a réveillé les consciences mais le peuple veut du concret.



            Le drame est que les Travaillistes n’existent plus ou qu’ils ont été absorbés. Ce n’est pas faute de l'avoir écrit plusieurs fois dans ces colonnes. Mais par idéologie, les militants n’ont pas bougé et ont persisté dans leurs certitudes. À gauche, seul le Meretz perdure mais il joue le rôle de parti historique dont l’objectif est de traverser toutes les campagnes électorales en continuant à exister. Dès lors que les militants n’ont aucun socle sur lequel s’appuyer, il ne leur reste que l’objectif de mettre en évidence la corruption, l’impasse politique, la mauvaise gestion du covid et la crise économique sévère sans offrir de programme ni de perspective d’avenir. Éliminer Netanyahou n’est pas une fin en soi car il n’existe pas de relais politiques.

Ces manifestations sans violence ont cependant donné une image d’anarchie véhiculée par le gouvernement et le Likoud. Elles ont redonné vie à un parti totalement en déconfiture puisqu’il n’avait pas passé le seuil électoral. Naftali Bennett a revécu et son parti a gagné en popularité puisque les sondages, si l’on y croit, le mettent en concurrence directe avec le Likoud. Exit Bleu-Blanc et Yesh Atid ! Il est ainsi difficile d’expliquer le paradoxe qui a vu les combats contre la corruption et les inégalités sociales, bénéficier en premier à une extrême-droite messianique.  

    Mais les lignes ont bougé. La Droite est convaincue que Netanyahou a fait son temps et que pour garder le pouvoir, il faut le remplacer même par un dirigeant pris hors du Likoud. Les regards se sont tournés vers Naftali Bennett alors que tout le monde estime qu’il n’a pas la carrure d’un chef d’État malgré son passé dans une unité d’élite de Tsahal, sa réussite sur le plan professionnel et son anglais parfait appris auprès de sa famille immigrée des États-Unis. Alors ceux qui jouaient au sein du Likoud le rôle de militants disciplinés commencent à envisager des options plus convaincantes. De nouveaux dirigeants émergent en osant afficher leur volonté de concourir pour le poste de premier ministre.

            Mais plus rien ne se passe à gauche. Depuis la débâcle des Travaillistes en 1977, elle n’a pas peaufiné une nouvelle idéologie plus adaptée à la situation du moment. Ils ont choisi des leaders, souvent des erreurs de casting, au lieu de donner un espoir concret aux Israéliens. Shelly Yachimovich (2011-2013) a dû se battre contre l’idéologie ancrée dans son parti et n’a pas su exploiter les dividendes de la révolution des tentes. Isaac Herzog (2013-2017) a cru qu’il pouvait surfer sur la réputation de sa famille. Avi Gabbay (2017-2019), qui avait bien réussi professionnellement, pensait pouvoir gérer le parti à la manière d’une entreprise en se rendant compte tardivement des blocages. Enfin depuis 2019, Amir Peretz ne symbolisait pas le renouveau d’un parti mais uniquement l’alibi d’un séfarade à la tête d’un parti entièrement dédicacé aux ashkénazes. Les lacunes des travaillistes ont facilité l’expansion du Likoud et à présent celle de Yamina. Les dirigeants de gauche, normalement dévoués aux classes moyennes et défavorisées, n’ont rien fait pour laisser entrevoir une amélioration de leurs conditions. Erreur suprême, ils ont négligé les Orientaux et les Séfarades, représentant 50% de la population, au point de les pousser vers un vote majoritaire dans les villes défavorisées du sud pour le Likoud.



Le parti travailliste n’a rien fait pour éloigner les populations arabes israéliennes des extrémistes et des islamistes qui régnaient en maitres à la Knesset. Il n'a pas suscité l’émergence d’un parti politique arabe pro-israélien soutenu par une communauté très intégrée, mais qui ne se reconnait pas dans les partis juifs, à fortiori dans les paris orthodoxes. Alors que les Arabes participent activement à la vie économique et médicale du pays, ils n’ont aucune structure pour défendre leurs intérêts matériels sans remettre en cause leur attachement au pays.  

Diplômés arabes

            Au moment où se profile l’éventualité d’élections anticipées, l’opposition est décomposée en plusieurs clans irréductibles qui se battent pour une miette de pouvoir et qui refusent de se trouver un chef incontesté, un Sage de préférence, doté d’un programme innovant, dépassant les frontières politiques et capable de rassembler au-delà de son camp tous les démocrates afin d’offrir une alternance crédible à une droite de plus en plus radicale et otage des religieux orthodoxes. La population n’a trouvé qu’un jumeau de Netanyahou pour le remplacer, peut-être, bien que le premier ministre n’ait pas dit son dernier mot. La situation économique et sanitaire est grave pour faire perdurer les événements.


1 commentaire:

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Je pense qu'il faut préciser qu'en Israël, le drapeau noir signifie "le drapeau indiquant un ordre absolument contraire au droit et à la justice, donc un ordre a priori illégal, en réalité, tout le contraire de l'anarchisme !