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jeudi 8 octobre 2020

Le mouvement "drapeau noir" marginalise Gantz

 


LE MOUVEMENT «DRAPEAU NOIR» MARGINALISE GANTZ

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps    



A l’instar des Gilets jaunes en France, le mouvement «drapeau noir»  a été déclenché par quelques individus non encartés, quelques membres d’une même famille, et au fil des jours, il a été rejoint par des citoyens de tous bords et même de hautes figures civiles et militaires. La famille Schwartzman vivant au nord d'Israël, quatre frères et sœurs de 30 à 40 ans, ont exprimé leur frustration et leur colère à propos des récentes élections. Ils ne sont ni marginaux, et encore moins anarchistes comme le pouvoir le prétend, puisqu’ils travaillent dans la haute technologie, l'ingénierie et les sciences. Mais leur vision est pragmatique et leur diagnostic politique sévère s’exprime en quelques mots : "Netanyahou a détruit l’État et a violé les valeurs démocratiques fondamentales". Alors, ils ont confectionné quelques drapeaux noirs de bric et de broc pour manifester sur la place Rabin de Tel Aviv, symbole du libéralisme et de la laïcité. Comme en mai 1968 à Paris, un quarteron d’individus a été à l’origine de la plus grande révolution nationale française de l’époque moderne. Le pouvoir de l’époque a eu le tort de les sous-estimés.




          Cette petite manifestation familiale en Israël a bousculé toutes les normes politiques au point d’être assimilée à la véritable opposition au gouvernement de Netanyahou. Kahol-Lavan et Yesh Atid ont été marginalisés en raison de la tiédeur de leurs réactions politiques et de la prudence de leurs prises de position. On ne se comporte pas en gentlemen quand la liberté est en jeu. Les contestataires se sont multipliés à l’image de la citation de Corneille dans le Cid : «Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port».

Il faut dire que les manifestations de rues sont presque inédites en Israël à l’exception de la révolte des Black Panthers de 1971 contre le statut inférieur des Juifs orientaux, vite réprimée de manière implacable par une police aux ordres. A noter aussi la révolution des tentes qui a été stérile en 2011 à Tel-Aviv. Mais aujourd’hui la révolte concerne toutes les communautés, toutes les générations, certes situées à gauche et au centre  de l’échiquier politique car l’idolâtrie à l’égard de Netanyahou est encore tenace. Les organisateurs eux-mêmes ont été surpris par l’ampleur du désaveu national.



            Au départ il s’agissait de protester contre la corruption au gouvernement, puis contre la mauvaise gestion du coronavirus et enfin contre les mesures «anti-démocratiques» imposées par Netanyahou pour  briser l’élan populaire. Les premiers manifestants s’étaient opposés à l’entrée de Benny Gantz dans une coalition de droite car ils estimaient que leur vote avait été détourné et que l’objectif restait de déloger Netanyahou de son poste. Mais pour éviter un quatrième tour d’élections, Gantz a préféré «se sacrifier». La rupture était consommée et le chef de Kahol-Lavan perdait son auréole d’opposant irréductible.



Asaf Zamir et Miki Haimovich, jeunes députés de Kahol-Lavan, ont aussi été tancés par ceux qui croyaient en eux «Venez montrer votre visage et écoutez ce que le public a à dire - que vous avez volé nos votes». Le ministère du tourisme, qu’il a depuis quitté, était une aubaine pour Zamir et la présidence de la commission de l'environnement une opportunité pour Haimovich.

            Le 2 octobre, jour de la démission de Zamir, a été le jour de la prise de conscience de certains membres de Kahol-Lavan qui avaient compris qu’ils avaient tout faux et qu’ils devaient songer à quitter la coalition. Ils se sont retrouvés en première ligne dans les manifestations avec la protection de la police. On ne peut plus parler d’unité nationale au gouvernement mais d’inertie nationale. Les deux camps sont désintégrés et travaillent séparément, sans se consulter. Kahol-Lavan est devenu le paillasson du Likoud au point que les amis de Gantz sont écartés des grandes décisions et des réunions internationales, même lorsque leur présence est indispensable selon la loi israélienne.

Signature de la normalisation


            A l’instar des députés macronistes en France, les députés Bleu-Blanc ont pêché par inexpérience car ils étaient politiquement inexpérimentés. Il devenait normal qu’ils se retrouvent au banc des accusés. Les fondateurs des drapeaux noirs avaient initié leur mouvement avec quelques exigences : «Nous sommes venus nous battre pour la démocratie et nous continuerons de le faire. Nous attendons des députés de Kahol-Lavan qu'ils tiennent leurs promesses, qu’ils gardent Yuli Edelstein hors de la présidence de la Knesset  et qu’ils légifèrent contre la corruption».

            Alors que le gouvernement pensait étouffer la contestation en interdisant les déplacements à plus de un km de son domicile, il a au contraire donné corps à une extension des manifestations le 3 octobre puisque les drapeaux noirs se sont développés dans différents quartiers de toutes les villes, leur permettant de mieux se faire connaitre et même de gagner quelques  nouveaux adeptes parmi des familles non politisées. Les règles du confinement ont été respectées mais la protestation familiale s’est répandue et la contestation s’est organisée. Le gouvernement s’est trompé dans sa démarche car les «anarchistes», selon la sémantique du pouvoir, ne se rendaient pas seulement devant le domicile du premier ministre ni devant les marches de la Knesset, ils ont occupé toutes les villes. Les drapeaux noirs ont flotté dans chaque coin de rue. Il est vrai que la couleur du drapeau est un symbole qui ramène aux pires événements, Daesh par exemple, mais il frappe les esprits, plus que le drapeau national.

            La démocratie n’est pas en danger car les électeurs ont tranché mais elle risque de l’être si le pouvoir met de plus en plus de barrière à son expression. Netanyahou et le Likoud sont solidement implantés dans le pays mais la prise de conscience d’une partie de la population démobilisée peut modifier le paysage politique si la crise sanitaire, politique et économique persiste. Le ras-le-bol populaire peut s’étendre et réveiller les consciences des députés de droite soumis au bon vouloir du Lider Maximo.

Amir Haskel (à gauche) au tribunal


            Des personnalités civiles et militaires ont pris le train en marche pour consolider son parcours. Mais il s’agit de symboles qui donnent corps à la contestation. L’ex-général Amir Haskel a été arrêté à une manifestation mais sa libération a été  ordonnée par le tribunal. Cela a quand même fait désordre. L’ancien premier ministre Ehud Barak est en première ligne et des rumeurs prétendent qu’il finance le mouvement. L’ancien directeur de la police intérieure, le Shin Beth, Carmi Gillon anime le moteur de la contestation.



            Aux hommes politiques se sont joints les travailleurs indépendants qui souffrent de la fermeture inconsciente de leurs commerces : «Tout le pays est paralysé, nous sommes enfermés et ne touchons pas le moindre shekel !». Le réservoir habituel de soutien au premier ministre se délite et bien que les sondages se soient toujours trompés en Israël, la chute du Likoud est un élément majeur de la nouvelle donne politique. Combien de temps encore Netanyahou restera le leader superstar ? Il risque de tomber politiquement sous les coups d’un Brutus, issu du Likoud, l’homme vertueux qui préféra toujours le salut de la République au sien.


2 commentaires:

LEIA MAX a dit…

Monsieur Benillouche, je pense que votre analyse est un peu rapide, pour une fois et qu'elle cède à l'émotion. "Kahol-Lavan et Yesh Atid ont été marginalisés en raison de la tiédeur de leurs réactions politiques et de la prudence de leurs prises de position. On ne se comporte pas en gentlemen quand la liberté est en jeu. "... Benny Gantz ne cède en rien et continue de soutenir la démocratie et lutter contre les violences policières. Il se tient au contrat qu'il a signé "pour éviter un quatrième tour d’élections"." La prise de conscience de certains membres de Kahol-Lavan qui avaient compris qu’ils avaient tout faux et qu’ils devaient songer à quitter la coalition"...Mais non, ils n'ont pas tout faux ! Preuve en est que si des élections avaient lieu, il n'y aurait pas plus de majorité pour gouverner. Par contre, ce que vous ne semblez pas voir, c'est que le pouvoir de B.Natanyahou s'érode et que son parti dégringole de jours en jours. Et Gantz tient bon dans ce gouvernement pour contrôler malgré tout le 1°Ministre. Et ce dernier n'a pas intérêt à de nouvelles élections, donc il sera contraint de faire voter un budget d'ici décembre. Les manifestants ne font pas peur à Gantz et il les a même reçu. Gantz est dans un bras de force mais tout montre que la force est avec lui : son adversaire est affaibli de plus en plus et dans la rue, les gens réclament ce à quoi il aspire in fine. Il va gagner en douceur, sans guerre civile. En gentleman ? Surtout en guerrier et fin stratège !

ingrid Israël-Anderhuber a dit…

Le pouvoir n’a peut-être pas tort car les marginaux et les anarchistes se trouvent aussi, pour ne pas dire surtout, justement dans les milieux intellectuels. Ce qui a été le cas de la France, en mai 68, où les meneurs de l’époque se sont retrouvés ensuite, pour beaucoup d’entre eux, soit à la tête des médias français, soit à faire de la politique, ou au pouvoir, et quasiment tous dans le parti SOCIAListe pour faire le SOCIAL à leur sauce… Ce sont eux, ces intellectuels marginaux et anarchistes de la morale et de l’ordre politique, qui ont largement manipulé les générations suivantes de Français au moyen de leur arme intellectuelle journalistique pour imposer au pays leurs propres idées de la morale et de la politique. Mai 68, entre autres slogans : « interdit d’interdire », « l’amour (le sexe), pas la guerre », avec rejet des valeurs judéo-chrétiennes bibliques, rejet de Dieu au nom de la laïcité, qui est en fait une forme déguisée d’athéisme, changement des valeurs morales : le bien devient mal et le mal bien, libération des instincts pervers notamment contre les normes naturelles biologiques humaines etc.
Mai 68 a vraiment été une révolution ultra violente à tous les niveaux qui a largement contribué à transformer fondamentalement la société française, à modeler, façonner de nouveaux genres d’individus qu’elle a réussi à mettre au pouvoir, pour finalement installer, sous couvert d’humanité, le chaos et l’insécurité dans lesquels on se trouve aujourd’hui, quasiment en bout de ligne. Tout ça pour préparer et justifier le futur...