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dimanche 1 novembre 2020

La relève de Netanyahou est assurée

 

LA RELÈVE DE NETANYAHOU EST ASSURÉE


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps 


          Les pessimistes disent que Netanyahou est irremplaçable et les optimistes pensent au contraire que la relève est assurée pour peu que le premier ministre accepte de laisser sa place ou qu’on l'y oblige. Le temps est venu de son remplacement après plus de deux décennies de règne sans partage sachant qu’il a eu une vie politique dense et diversifiée. Mais les hommes politiques ont du mal à quitter, de leur plein gré, la politique et les exemples sont nombreux de dirigeants qui ont été remerciés sans ménagement alors qu’ils s’étaient accrochés au pouvoir après avoir marqué le pays de leur empreinte. Il en a été ainsi du général de Gaulle, de Ben Gourion, d’Ehud Barak, et de Sarkozy qui ont fait le combat de trop.  Les prétendants à la place de premier ministre sont plus nombreux qu’on ne le croit. La liste des candidats est longue mais nous avons sélectionné quelques figures de proue.


Bennett avec Tsahal
            Naftali Bennett (Yamina) 48 ans, semble avoir terminé sa longue traversée du désert. Il émerge des sondages et menace sérieusement le leadership de Netanyahou. Mais il ne capte pas d’électeurs au-delà des sionistes religieux. Yamina et le Likoud se disputent les voix des électeurs de droite selon le principe classique des vases communicants. Bennett a compris qu’il devait bouger, aller au-devant des citoyens qui ont souvent une opinion déformée sur la réalité de ses attaches religieuses. En effet, après avoir pris au départ les lambeaux du Parti National Religieux, ses thèses ont été assez fluctuantes entre modernisme et intégrisme afin de ratisser plus large. Mais Bennett est un homme fragile, qui a oscillé entre différents courants selon ses intérêts, depuis le Likoud jusqu’à son alliance avec les Kahanistes qui ne lui ont pas pardonné d’avoir été laissés sur le bord du chemin, par opportunisme. Il est fragile parce qu’il est prêt à tout pour un portefeuille ministériel. D’ailleurs, Netanyahou l’avait compris et il s'est servi de lui pour l’empêcher de rejoindre Gantz, pour ensuite le jeter comme un kleenex. La seule solution pour Bennett serait de tuer le père pour enfin prendre seul son envol car la rancune est tenace. Netanyahou n’a pas dit son dernier mot. Il a encore de la ressource et il sait se battre contre les siens. Il a tout verrouillé au Likoud et il a les moyens de bloquer toute velléité au sein de la droite entière parce qu’il n’autorise aucune alternative.



Gideon Saar (Likoud) 54 ans a eu un retentissant échec lorsqu’il a imposé des primaires contre la volonté des amis de Netanyahou. En affrontant le grand patron du Likoud, il avait commis un crime de lèse-majesté qui aurait dû le pousser à la démission. Les élections primaires qu’il a exigées se sont avérées être une aubaine pour Netanyahou car elles ont dynamisé sa position au sein du Likoud et consolidé sa légitimité. Les résultats ont révélé l'étendue de l'emprise de Netanyahou sur les bastions traditionnels du Likoud, paradoxalement les villes du sud d'Israël et la périphérie sociale urbaine : 77,8% à Ashkelon, 90% à Netivot et 88% à Sdérot, les villes à majorité séfarade les plus menacées par les roquettes du Hamas.

L’échec de Saar a servi de leçon pour les autres ministres pour peu qu’ils aient eu quelques velléités de rébellion. Son avenir est à présent bouché parce qu’au sommet de sa gloire, il n’a pas eu le courage de créer un groupe dissident capable de rejoindre la coalition de Gantz. Malgré cela, Saar a toujours de nombreux amis au sein du Likoud puisqu’aux primaires il émarge toujours à la deuxième place mais aucun d’eux n’est prêt à sauter le pas et à s’exposer comme félon.

Pourtant, Saar a un passé politique qui lui permet de prétendre aux hautes fonctions. Secrétaire du gouvernement de 1999 à 2002, il a été élu député aux élections de 2003 puis président du groupe parlementaire du Likoud et réélu en 2006, en 2009. Il avait été nommé ministre de l'Éducation le 31 mars 2009, puis après l’entrée de Yaïr Lapid au gouvernement il devint ministre de l’intérieur. Depuis sa dissidence au sein du parti, il a été tenu à l’écart par Netanyahou.

Nir Barkat

Nir Barkat (Likoud) 61 ans, est un homme d'affaires qui a bien réussi. Il a participé au Likoud et à Kadima. Maire de Jérusalem de 2008 à 2018 il s’est fait ensuite élire à la Knesset depuis 2019. C’est le député qui a eu le plus de déception depuis son retour au Likoud, pourtant sur insistance de Netanyahou. Il devait être ministre des finances et il n’a rien obtenu. C’est un député qui dispose de beaucoup d’expérience. Diplômé en informatique, ancien capitaine parachutiste pendant 6 ans, il a fait fortune en 1988 en participant à la création du groupe BRM, spécialisé dans les logiciels de protection informatique. Il a revendu sa société ce qui le met à l’abri financier pour plusieurs générations. D’ailleurs, il a toujours refusé d’être rémunéré pour ses fonctions administratives. 

Haïm Bibas

      
Haïm Bibas (Likoud), 51 ans, est titulaire d’un baccalauréat de science politique et d'une maîtrise en administration publique de l'Université Bar Ilan. Il est peu connu du grand public mais il est très actif actuellement. Maire de Modiin depuis douze ans et président de l’union nationale des maires, il donne l’impression d’être un électron libre puisqu’il s’exprime dans les médias avec des thèses de centre-droit, axées sur la question sociale. C’est un likoudnik pur et dur qui en 2007 a dirigé la campagne électorale de Netanyahou puis a été reconduit en 2012. Il exige depuis longtemps une délégation de pouvoir décisionnaire aux autorités locales. Il est très critique vis-à-vis de la politique sanitaire du gouvernement : «Le modèle doit être différentié,  avec des niveaux de confinement différents dans les différents secteurs en fonction des taux d’infection locaux». Très proche de Netanyahou, il le critique parce qu’une «grande partie du confinement n’était pas nécessaire, et qu’il s’agissait d’un acte de mauvaise gestion, éloigné de la réalité du terrain». Il n’a pas nié avoir la volonté de se présenter à un scrutin national mais certainement sous l’étiquette d’un nouveau parti qui rejoindrait le Likoud après les élections. En fait il joue le rôle de «satellite» du gouvernement pour ratisser large. C’est la stratégie de Netanyahou consistant à favoriser des petits partis alliés, sous réserve qu’ils ne montrent pas trop d’autonomie. Ce fut le cas d’Avigdor Lieberman, de Naftali Bennett et de Moshé Kahlon. Des rumeurs font état aujourd’hui d’une alliance possible entre Bibas, Shasha-Biton (Koulanou) et Orly Levy-Abecassis (Gesher) pour redonner un espoir aux électeurs de centre-droit déçus par la politique de plus en plus droitière du Likoud.

Lapid avec Macron

Yaïr Lapid (Yesh Atid) 57 ans, est le chef actuel de l’opposition. Il a fait partie du quarteron incluant trois anciens chefs d’État-major qui n’ont pas percé car un attelage à plusieurs têtes ne fonctionne jamais. Depuis que Benny Gantz s’est déconsidéré, selon lui, en quittant l’alliance, il ne cache plus son objectif de faire tomber le gouvernement d’union nationale à tout prix. Officiellement, il est censé représenter l'alternative au Premier ministre lors des prochaines élections. Mais il n’est pas perçu comme premier ministre putatif. La greffe avec l’opinion publique ne semble pas prendre mais cela ne l'empêche pas d'être convaincu que rien ne se fera sans lui. L’absence d’un soutien extérieur à son parti est le principal obstacle car il ne peut pas gouverner seul alors que le parti travailliste, ancienne ossature de l’opposition, a été décimé. Alors de nombreuses rumeurs circulent sur certaines alliances contre nature avec Avigdor Lieberman ou même Naftali Bennett.



Ron Huldaï (ex-travailliste), 76 ans, est ancien pilote de combat et général de brigade à la retraite. Il est maire de Tel Aviv depuis 22 ans après avoir évolué dans les rangs du Parti travailliste. Bien qu’éloigné du parti, il représente le dernier vestige de la vieille garde travailliste en mesure de remporter des victoires électorales. Il a annoncé son intention de quitter la politique municipale et de se porter candidat au prochain scrutin national car «ce qui arrive en Israël me terrifie. Je ne peux pas rester à ne rien faire». Se sachant âgé, il a confirmé qu’il est même prêt à jouer les seconds rôles derrière un nouveau responsable de gauche si cela signifiait écarter Netanyahu du pouvoir : «Si je dois être le numéro deux de quelqu’un qui contribuera à renverser ce gouvernement, je serai là». Il est crédité de six sièges à la Knesset en cas de scrutin. Il récupère en fait les voix de la gauche historique mais met en danger l’existence de Meretz.

Gantz-Yaalon

Moshe (Bogie) Yaalon, 70 ans, est considéré comme le sage de l’opposition. Il n’est pas rancunier car il n’exclut pas une nouvelle coopération avec Benny Gantz et Gaby Ashkenazi, s’il faut battre Netanyahou : «Je suis certes très déçu par eux, ils le savent. Mais je suis en contact avec Benny Gantz, nous nous sommes rencontrés dernièrement. Il se peut qu’il y ait une collaboration dans le futur car l’objectif est noble mais Bleu-Blanc ne se reconstituera plus comme alliance entre nos partis. Ils doivent conclure une nouvelle alliance sous la bannière d’un autre dirigeant». En fait des rumeurs persistantes font état de rencontres entre Bennett, Lieberman, Lapid et Yaalon. Ils seraient parvenus à un accord, d’abord pour éliminer Netanyahou du gouvernement sans recours à de nouvelles élections, puis ensuite pour le remplacer temporairement par Yaalon, qui assurerait un intérim de premier ministre le temps de la réorganisation du clan anti-Likoud. Cela implique que Bennett mêle sa voix à celle de la liste arabe ce qui implique son imprimatur, au moins tacite.

Gadi Eizenkot, 60 ans, ancien chef d’État-major, a précisé «Je veux faire ce qui est le mieux pour le pays. Je veux encore avoir un rôle à jouer» en annonçant sa décision d’entrer en politique. Certains électeurs de centre-gauche semblent tourner leurs espoirs vers Gadi Eizenkot qui avait décidé, en son temps, de s’effacer devant Gantz, l’estimant mieux placé que lui. Il pense avoir une bonne approche de la politique après avoir servi comme bras droit militaire d’Ariel Sharon et d’Ehud Barak. Il est bien sûr prêt à une alliance avec les partis du Centre mais il souffre de la mauvaise réputation des chefs d’État-major en politique. Le seul avantage de sa candidature est son origine marocaine. Il pourrait convaincre les séfarades du Likoud, déçus de la politique peu sociale du gouvernement, de le rejoindre parce qu’il saura leur donner la place qu’ils méritent en leur proposant une politique sociale plus adaptée aux classes sociales défavorisées.

2 commentaires:

Nicole RIAHI a dit…

Nul n’est irremplaçable. Cependant seule une élection qui doit trancher sur les candidats dont quelques uns de votre liste seront des catastrophes pour Israël. De Gaulle ne s’est pas accroché au pouvoir le référendum a décidé. Quant à Sarkozy il a perdu l’élection pour un second mandat. C’est ça une démocratie. La rue ne doit pas régner

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Je ne me permettrai pas d'avoir la moindre opinion sur les hommes politiques israéliens, mais je ne peux accepter que vous mettiez le général De Gaulle au rang des politiciens qui se seraient "accrochés au pouvoir". Je remercie d'ailleurs Nicole RIAHI de vous l'avoir fait remarquer aussi.
Peut-être l'ignorez-vous, mais 2020 a été déclarée : "Année De Gaulle", c'est le 130ème anniversaire de sa naissance, le 80ème anniversaire de l'Appel du 18 juin 1940, et le 50ème anniversaire de sa mort.
Aussi souffrez que je vous rafraîchisse un peu la mémoire, pour vous prouver à quel point vous avez fait erreur, le concernant :

1 - le général De Gaulle a été condamné à "la peine de mort, dégradation militaire et confiscation de se biens meubles et immeubles" par le gouvernement de Vichy.

2 - après le débarquement du 6 juin 1944, le général De Gaulle rétablit le gouvernement national et évite à la France un gouvernement militaire d'occupation (AMGOT) prévu par les Américains.

3 - en avril 1946 le général De Gaulle refuse d'être élevé à la dignité de maréchal, et en juin 1946 il commence une "traversée du désert"

4 - en 1947 il fonde le RPF pour s'opposer au régime des partis de la IVème République

5 - après l'échec du RPF en 1953, le général De Gaulle se retire à Colombey-les-Deux-Églises.

6 - en pleine "crise algérienne", le 29 mai 1958, le président Coty fait appel au général De Gaulle pour former le gouvernement.

7 - le 28 septembre 1958, le général De Gaulle - dernier Président du Conseil de la IVème République - fait adopter une nouvelle Constitution par référendum (79,2% de OUI)

8 - Charles De Gaulle est élu président de la République le 2décembre 1958, au suffrage indirect.

9 - en juillet 1962 le général De Gaulle proclame l'indépendance de l'Algérie adoptée par référendum

10 - le 19 décembre 1965, le général De Gaulle est réélu Président de la République au suffrage universel avec 55,20% des suffrages exprimés

11 - après les événements de Mai 1968, le général De Gaulle organise un référendum portant sur le transfert de certains pouvoirs aux Régions. Il avertit à l'avance qu'en cas d'échec ilquitterait le pouvoir. Le 27 avril 1969 le NON l'emporte par 52,41% des suffrages exprimés. Le 28 avril un communiqué de Colombey tombe : "Je cesse d'exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi."

12 - Le 9 novembre 1970 le général De Gaulle meurt à Colombey-les Deux-Églises. Les chefs d'État du monde entier lui rendront hommage.

En m'excusant d'avoir été un peu longue, mais le général De Gaulle méritait bien cette mise au point !

Très cordialement.