LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

dimanche 20 septembre 2020

OSCAR (E) Chronique de Claude MEILLET

 

OSCAR(E)

chronique d'humeur de Claude MEILLET



        «Allez donc expliquer au pékin moyen pourquoi la nouvelle année débute le 19 septembre. Pas de doute. Il faut être juif pour comprendre ça». 
Son copain goy pur jus arborait un large sourire, légèrement sarcastique, en fixant l’écran de son ordinateur, lui donnant accès à l’assemblée virtuelle Jonathanistique. Confinement oblige. Jonathan, justement, l’avait invité à participer, via Zoom, à leur traditionnelle cérémonie d’attribution de l’Oscar à «l’homme de l’année». «Trêve de plaisanterie douteuse, à toi l’honneur de présenter le premier candidat» le reprit Jonathan, ouvrant ainsi la séance inaugurale de cette année nouvelle.


«Pas photo, incontestablement, le blond orangé président des Etats-Unis. Il incarne à la perfection l’absolue absurdité du monde actuel». Le ton était donné. Surfant sur l’actualité la plus chaude, la très sévère graphologue s’efforça de redonner tout le sérieux nécessaire à l’énoncé des choix. En proclamant Bibi Netanyahou, évident oscarisable, triomphant ouvreur d’une paix si longtemps attendue au Moyen Orient.

Le brouhaha de voix qui suivit cette proclamation fut surmontée par l’intervention d’un contestataire, jeune musicien échevelé, tenant visiblement à prendre le contrepied. L’évidence inverse posait sur le podium le seul vrai héros de la vie politico-juridique israélienne, le procureur général Avichaï Mandelblit. Lui qui, contre vents et marées nauséabonds, maintenait le pays fermement, obstinément, sous le règne de la loi, rien que la loi. Il fut suivi par la toute brune avocate qui, sur l’argument qu’aucun acteur politique dans le monde actuel «ne valait tripette», proposa Nelson Mandela, pour elle le seul éternel candidat de la stature nécessaire.



La rupture fit irruption dans le tour de table, avec l’explosion de la vitupérante jeune étudiante qui tança vertement ces premiers déclarants, goys ou pas goys dans le même sac dit-elle. Tous machos. Alors que ce siècle est celui de la femme. «Ne vous en déplaise, messieurs». Expliquant que si l’aéropage d’hommes politiques était effectivement d’une pauvreté abyssale, il existait une femme politique, Jacinda Arden, présidente de la lointaine Nouvelle-Zélande, qui à elle seule rendait la fonction oscarisable. Terminant par un définitif «l’homme de l’année, c’est elle».

La protestation féministe rebondit dans les écrans, avec les yeux verts sous couvert de la casaque rousse de la coiffeuse telavivienne. Dans un registre différent. Foin de la politique. Beaucoup trop envahissante. Elle revendiqua le droit d’attribuer la couronne, à un collectif. Celui des infirmières. Qui, dans le monde entier, au péril de leur vie, au détriment de leur vie de famille, ont soigné, soignent encore et toujours, les malades des covid-19 et suivants.

Rétrograder les acteurs politiques au rang de derniers couteaux fit florès. Un florilège de candidatures diverses et multiples effaça du tableau d’honneur les présidents, premiers ministres et autres officiels publiques. Le chevrotant retraité anglais, réjouit l’assemblée en avançant les noms d’un couple de sportifs célèbres, Lionel Fédérer et Roger Messi. Intervertissant de la sorte à sa sauce, l’ordre des grandeurs. L’importateur indien de nourritures exotiques, surprit son monde en se déclarant pour l’écrivain Salman Rushdie. Qui outre sa qualité littéraire, assumait avec un courage indéfectible sa position d’adversaire de toutes les idéologies mortifères. Suscitant immédiatement la proposition, par l’intraitable professeure de Yoga, de la philosophe Elisabeth Badinter. Car, féministe de la première heure, elle avait la lucidité et le courage de dénoncer la caricature extrémiste qu’en représentaient les tenantes du mouvement Me Too.


         Jonathan fut contraint par le temps écoulé de sonner la fin de partie. Et de risquer une nouvelle avalanche de déclarations contradictoires en demandant si un consensus se dégageait de toute cette énumération. L’heureuse surprise fut de constater presque immédiatement l’unanimité des suffrages se porter vers la candidature collective des infirmières du monde. Ce qui fit dire à l’invité goy que l’avènement de ce nouvel an du 19 septembre se plaçait en définitive sous les plus heureux auspices.

Aucun commentaire: