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dimanche 20 septembre 2020

Absence de stratégie au sein de l'opposition israélienne

 


ABSENCE DE STRATÉGIE AU SEIN DE L’OPPOSITION ISRAÉLIENNE


Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

           


         Alors qu’elle n’est toujours pas sortie de l’ombre et de ses contradictions, l’opposition à Netanyahou se déchire déjà pour un pouvoir hypothétique, ce qui fait désordre. Cela avait commencé avec la rupture de Kahol-Lavan dont une partie dirigée par Benny Gantz avait rejoint Netanyahou. Mais au lieu de ménager l’avenir car ils sont condamnés à s’entendre s’ils veulent remplacer le gouvernement actuel, ils s’échangent des noms d’oiseaux en épargnant le dirigeant actuel.




            A présent c’est Ofer Shelah qui conteste en public la direction du parti centriste Yesh Atid et son fondateur Yair Lapid. Il aspire ouvertement à être calife à la place du calife. L’énergie nécessaire pour préparer la relève de la droite est gaspillée dans une lutte intestine. C’est classique dans les partis d’opposition. Ofer Shelah est convaincu que son parti ne peut pas présenter une alternative au gouvernement du Likoud sans actualiser sa direction. Et là est le contresens.

Le changement de dirigeants est stérile sans une remise à plat d’un programme de gouvernement attractif pour tenter de capter un nouvel électorat. Shelah estime que «Le parti dirigé par Yair Lapid est dans une impasse. Nous courons ensemble depuis 8 ans, les primaires étaient censées avoir lieu avant la 21e Knesset. Sans démocratie, il est impossible de mettre en évidence l'équipe de Yesh Atid et il est impossible de mettre les bonnes questions sur la table. Pour que Yesh Atid soit une alternative au gouvernement, nous avons besoin d'un changement fondamental. Maintenant, il y a du temps, il y a de la place, et nous devons le faire. Je veillerai à ce que notre parti soit le plus grand».

            En Israël, l’ambition personnelle prime toujours sur l’intérêt national. Alors qu’au Likoud les militants sont vent debout devant leur leader, quelque soit sa situation politique ou judiciaire, en face, les partis politiques instaurent une guerre de chefs, dans une sorte de maladie chronique. Par expérience politique, Yair Lapid veut cependant éviter le clash : «Je ne dirai jamais de mauvaises choses à propos d'Ofer Shelah, je ne dirai pas un mauvais mot à son sujet parce que je connais et aime ses enfants. S'il veut dire des choses sur moi, laissez-le. La valeur de l'amitié est la chose la plus importante et j'agis selon mes valeurs. Oui, c'est décevant, mais j'ai annoncé qu'en 2021 il y aurait des élections internes pour le poste de président de Yesh Atid. Si quelqu'un veut se présenter contre moi de l'intérieur et de l'extérieur du parti, laissons-le. Je les vaincrai tous».

            Les dirigeants de Yesh Atid ne se parlent plus. Selon Lapid : «il y a une déconnexion complète. Nous finirons par nous réunir et parler, mais nous devons laisser les choses se calmer». Il adopte une attitude altière car, selon les sondages, il n’a rien à craindre alors que Shelah persiste à vouloir  secouer le cocotier.

Les démocrates mobilisés

Les Travaillistes ayant été décimés politiquement, l’opposition est devenue quantité négligeable à l’exception de Meretz qui maintient ses acquis mais qui représente une force purement symbolique. Bien sûr les Démocrates Mobilisés se montrent dynamiques en manifestant toutes les semaines devant le domicile du premier ministre mais, exiger uniquement le départ du premier ministre, ne fait pas un programme politique attractif. Une grande partie de la population souffre et elle attend des solutions concrètes de la part d’un leader qui n’a pas  émergé de cette masse de bonne volonté. Quelques centaines de personnes, axant leur combat sur le changement de premier ministre, ne peuvent pas mobiliser une population résignée et assommée par la crise du coronavirus qui a plongé le pays dans une crise économique et sanitaire dramatique.

Boutiques fermées

Pour certains, salariés, commerçants ou indépendants, la ruine est au bout du chemin, même si l’illusion d’un shekel fort fait rêver. L’égoïsme est à son paroxysme tandis que les Démocrates Mobilisés, dont le combat est noble et leurs convictions fortes, constituent encore un petit noyau qui ne parvient à éclore. Pour exister politiquement, ils doivent se transformer en un véritable parti structuré avec une tête au sommet, un dirigeant neuf charismatique. La bonne volonté des manifestants ne suffit pas à réveiller une population en sommeil, passive, et souvent même, contente de son sort. Le côté joyeux de la revendication et les déguisements altèrent parfois le sérieux de la démarche et donnent l’impression d’une kermesse de fin d’année scolaire.

Il faut des députés d'opposition actifs à la Knesset, sinon, avec des opposants pareils et des querelles de chefs, le Likoud a encore de bons jours devant lui.

 

2 commentaires:

Nicolas Merlet a dit…

Vous ecrivez "En Israël, l’ambition personnelle prime toujours sur l’intérêt national". C est souvent vrai mais pas toujours. Par exemple:

- le Rabbin https://en.wikipedia.org/wiki/Yitzhak_Levy s est efface en Avril 2002 de la direction du Mafdal pour laisser la place a Effi Eitam qui semblait etre l etoile montante.

- peut etre aussi le Rabbin https://en.wikipedia.org/wiki/Yitzhak_Peretz_(politician_born_1938) qui fut le dirigeant initial de Shas en 1984, mais la je ne sais pas s il s est efface ou a ete politiquement elimine par Arie Deri.

Je cite ces deux personnalites parce qu elles semblaient avoir une ethique nettement plus elevee que les dirigeants qui leur ont succede. Et au moins pour le Rabbin Yitzhak Levi, c est clairement l interet national qui a prime, pas l ambition personnelle...

motamo a dit…

Le tableau est outré, outrancier. Nous n'en sommes assurément pas là. Si le pas de clerc de Shelah a mis fin à l'état de grâce de Yesh Atid, il n'a pas pour autant galvaudé, les capacités d'alternance du parti qui reste sur une dynamique portante. Il est le seul parti crédible sur la scène politique. L'escarmouche initiée par Ofer Shelah a fait long feu et l'homme a compris yde lui-même qu'il n'avait aucune chance, lui,dont le positionnement est marqué à gauche, d'incarner un parti centriste. Il n'a fait que poser une bonne question au mauvais moment...Et à son détriment. Oui, l'opposition a une colonne vertébrale a la Knesset. Elle s'appelle Yesh Atid.