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dimanche 9 août 2020

Vers la libanisation du Liban


VERS LA LIBANISATION DU LIBAN

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps


Peu importe la cause et le responsable de l’explosion au port de Beyrouth ; il est un fait que la capitale du Liban est à moitié détruite avec pour conséquence, l’aggravation de la crise sanitaire et économique due au coronavirus. Là où ils s’installent, les islamistes apportent toujours la mort, la destruction, la ruine et le chaos. Se profilent déjà les ingrédients de la guerre civile qui avait duré de 1975 à 1990 avec son cortège de morts, de souffrances et de destructions. 


Centre ville moderne

Le Liban s’en était bien sorti grâce à sa volonté de surmonter le sort que lui réservaient les événements. Le centre-ville, selon mon ami libanais Nabil, avait déjà pris l’allure d’un petit Manhattan, avec ses buildings luxueux, ses quartiers de vie et de plaisir et surtout avec la certitude que le douloureux passé était mort. Les investissements des Libanais de l’étranger étaient repartis de plus belle.
 
Armée libanaise
    Mais c’était sans compter sur la capacité de nuisance d’un Hezbollah qui a totalement phagocyté l’armée régulière mal équipée et qui s’est inséré dans les rouages de l’État grâce à la complicité du général chrétien Michel Aoun. Le président a vendu son âme au diable au point de perdre le contrôle de son pays livré au Hezbollah, à la Syrie et à présent à l’Iran. Les familles endeuillées remercieront certainement les miliciens qui se sont acharnés à tenir tête à Israël au point de détruire tout sur leur passage, sous le prétexte de leur religion. 
Beaucoup d’efforts avaient été engagés par les autorités pour faire oublier les conséquences de la guerre civile mais le malheureux Liban est tombé entre les mains de criminels chiites qui l’ont dépecé. Il est cependant coupable d’avoir refusé de jouer la carte du soutien occidental et ne pas avoir voulu s’aligner sur certains pays arabes dits «modérés» et sur les États du Golfe qui ont misé sur Israël pour se prémunir contre un Iran encombrant et dévastateur. D'ailleurs des avions russes et turcs, chargés de matériel médical, ont été les premiers à atterrir à Beyrouth. L'Europe a toujours été absente dans la région.

Les morts à Beyrouth se comptent par dizaines, dépassant déjà la centaine, comme si le pays avait été touché par une bombe atomique. Jamais, même dans les moments tragiques de la guerre avec Israël en 2006, le pays n’avait connu un sort pareil. La population a cru tout d’abord à un tremblement de terre qui l’a poussée à s’installer dans la rue pour éviter les débris des immeubles détruits. 300.000 habitants sont sans abri. Les hôpitaux sont débordés et ont du mal à suivre face à la brutalité de l’explosion. Les autorités comptent les blessés, les disparus et les morts dans un bilan encore provisoire. 
Les accusés du TSL

On accuse le Hezbollah d’avoir volontairement provoqué l’explosion pour se venger du TSL, les preuves manquent. Mais il est certainement responsable d’avoir stocké 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium dans un de ses entrepôts du port. Rien n’est dit sur la main qui a porté le feu dans le hangar. Israël est convaincu que ce produit hautement inflammable lui était destiné au moyen de roquettes chargées. En effet, le Hezbollah avait menacé de raser une ville du nord pour prouver sa capacité militaire. Il est probable que la milice n'avait pas prévu de tels dégâts. Elle voulait se contenter de la seule première explosion pour faire quelques morts et toucher le domicile de Hariri et le quartier général des Phalanges. Mais le feu s'est étendu.
Hangar de stockage avent sa mise à feu

Les autorités libanaises ont révélé que des produits avaient été confisqués en 2014 et entreposés au hangar 12. Plusieurs années ont passé sans que des mesures sécuritaires n'aient été prises pour ces produits de mort. Des inconnus ont été filmés en train de souder la porte du hangar tandis que l’on apercevait, en arrière-plan, quelques sacs avec l’inscription «nitroprill hd», un équivalent du TNT. Il est clair que le Hezbollah avait décidé d’utiliser ces produits pour  diffuser la mort contre Israël et non pas à des fins agricoles. 
Beyrouth est dévasté, le port n’existe plus. Plusieurs années seront nécessaires pour arriver à la situation d’avant l’explosion. Mais le Liban ne pourra pas réaliser seul la reconstruction de la ville car il est ruiné par la crise politique interne, par la corruption et par le coronavirus. Israël, comme d’autres pays, a proposé son aide médicale et technique. Netanyahou a fait l'annonce officiellement à la tribune de la Knesset. Mais on ne dialogue pas avec l’ennemi même s’il a de bonnes intentions, certes intéressées. Les Israéliens espéraient  profiter de ce geste pour reconsidérer leurs relations avec un pays en guerre depuis 1948. Mais la haine est tenace et il n’est pas envisageable pour les Libanais de traiter avec «l’entité sioniste». De toute façon,  ils ne sont pas maîtres de leurs décisions. Ils doivent d’abord  recevoir l’imprimatur de la Syrie et de l’Iran, les parrains et destructeurs d’un Liban jadis prospère. 

Parce qu’une tension militaire existait entre le Hezbollah et Tsahal à la frontière nord, la première réaction suite à l’explosion avait été d’incriminer Israël qui, dès la première minute, a formellement démenti son implication. En écho, le Hezbollah lui a donné acte comme s’il ne voulait pas qu’on lui enlève la paternité d’un geste volontaire destiné à intimider les juges du TSL, les amis de Hariri et ceux des Phalanges chrétiennes. D’ailleurs le modus operandi n’est pas le même. L’État juif vise des missiles ou de l’armement de haute technologie, rarement des miliciens sauf dans le cadre de victimes collatérales mais jamais les populations civiles. Même en tant que guerre, Tsahal a fait preuve de retenue vis-à-vis des civils ce qui lui a coûté beaucoup de morts, durant la guerre de 2006 en particulier.
Ce drame s’ajoute au drame économique car près d’un demi million de Libanais vivent déjà sous le seuil de pauvreté après la crise du coronavirus. Ils seront rejoints par les 300.000 habitants du port. L’explosion va aggraver l’impasse politique et les appétits étrangers quand le pays est faible. L’égoïsme international risque de n’apporter aucune solution tangible. On ignore si le président Macron, en déplacement à Beyrouth jeudi 6 août, est en visite de courtoisie en cette période de deuil ou pour changer les choses.
Macron et Aoun

Sa présence ne pourra se justifier que s’il parvient à favoriser un vrai changement dans l’arène politique libanaise. Il conseille des reformes alors que le pays a faim. Il ne peut pas se déplacer en observateur. Il doit soutenir et renforcer une armée régulière pratiquement désarmée, incapable d’affronter le Hezbollah. Il doit organiser le démantèlement des milices toxiques, renvoyer en exil vers l’Iran le leader Hassan Nasrallah dont la capacité de nuisance est à son paroxysme à Beyrouth. Il doit remodeler la Finul d’opérette qui n’a aucune fonction utile puisque les islamistes règnent en maîtres au Sud-Liban. Sans démanteler l'arsenal du Hezbollah et sans neutraliser l’État dans l’État que représente la milice, le Liban sera toujours en danger.
Défilé du Hezbollah

L'aide financière internationale ne sera pas seule suffisante. Le Liban ne pourra s’en sortir qu’avec l’aide d’une force européenne armée de véhicules lourds et d’armes de haute technologie pour neutraliser les milices. Il faut des acteurs, des commandos de choc,  et non pas des observateurs. Le pays doit être vidé de ses scories qui l’empêchent de vivre et de se développer normalement. Il ne doit pas y avoir de demi-mesure ; il faut frapper fort pour montrer qui est le nouveau maître des lieux. Bien sûr les démocraties libérales ont haussé le ton, sous le regard passif des Américains, mais elles n'ont pas voulu mettre en cause la marche des affaires pour quelques principes.
Avec l’explosion, le Hezbollah vient d’avoir au moins gain de cause puisque le TSL (Tribunal spécial pour le Liban) vient d’annoncer le report de sa décision dans le procès des quatre assassins de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005. Cela confirme, s’il en était besoin, que son implication, sous une forme ou sous une autre dans l’explosion, avait des raisons précises. Si rien n’est tenté par les Occidentaux, alors la libanisation du Liban, avec pour conséquence la guerre civile, s’installera pour de longs mois pour détruire définitivement un pays qui a été jadis le pays des rêves. 


1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

Macron a fait preuve de courage au moins en paroles lors de sa conférence de presse :"C'est le temps des responsabilités aujourd'hui pour le Liban et pour ses dirigeants", Il a appelé à une "refondation d'un ordre politique nouveau" et à de "profonds changements". Cela signifie qu’il ne donnera pas un chèque en blanc et que la France s’impliquera dans ce Liban dévasté à tous points de vue.
Quant à la proposition d’aide israélienne, sachant qu’elle sera refusée c’est pour moi un coup de com’ qui fera son petit effet dans la cours des grands.
Il n’y a pas de générosité en politique, il n’y a que des intérêts.
Bien cordialement