LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

lundi 24 août 2020

Paille et poutre par Claude MEILLET



PAILLE ET POUTRE

La chronique d'humeur de Claude MEILLET



Chaque fois, le spectacle valait le déplacement. Invité une nouvelle fois par ce couple infernal, mais néanmoins ami, à passer le weekend dans leur mochav, en Galilée, Jonathan, fasciné, assistait à l’affrontement. Pas de doute, la femme et le mari s’adoraient. Et, extraordinairement, la confrontation d’avis systématiquement contraire, constituait le carburant de cette relation. Du type «je t’aime, moi non plus». Grace à leur complicité, un type original de «destruction créatrice».


Les mollahs iraniens

Cette fois-ci, sur la table, la comparaison Israël / Iran. Du lourd. Débat ouvert avec brio, par la femme, Shiraz, brune, farouche et souriante à la fois. «La paille te cache la poutre. Tu fais très fort !». A quoi répondit un «Tu es victime d’un phénomène d’inversion. Rassure-toi, ça n’est pas grave», ironique, un tantinet défensif.
Comme d’habitude, leur opposition n’était pas totale. Elle s’appuyait en l’occurrence, sur un socle d’accord commun évident. La réalité de la menace existentielle iranienne pesant sur Israël. Jonathan comprit qu’ils s’accordaient même sur l’exploitation politicienne de cette menace par le pouvoir israélien actuel. Mais il fallait bien un débat. La femme porta le fer sur la plaie des régimes politiques. Cette menace tient à la dictature des mollahs iraniens. Si un régime de nature démocratique avait succédé à la dictature du Shah d’Iran, la cohabitation des deux pays serait pacifique, collaborative même. Le peuple iranien est un grand peuple, éduqué, naturellement ouvert.
Ithamar, le mari, grand costaud, tenace, sourit dans son épaisse moustache. Magnanime, il voulut bien reconnaître la qualité de ce peuple. Il poussa une apparente bonne volonté jusqu’à admettre la responsabilité du régime politique dans la manifestation de la menace. Mais, «nom de dieu !», il prit plaisir à utiliser l’expression en français, l’obstination à construire «en douce» l’arme nucléaire, les milliers de milliards investis, le savoir-faire mobilisé, le financement de tous les terrorismes antisionistes, la constitution d’une armée et d’un armement sophistiqué, «j’en passe et des meilleurs»! Tout ça ne pouvait pas exister, tenir, se développer, sans au minimum, un acquiescement de ce bon peuple.
Missile iranien

Jonathan attendait, curieux, la suite de la bataille. Et ne fut pas déçu. Shiraz, reprit, ce fut le cas de le dire, la balle au bond. Puisque son obstiné de mari, s’aventurait à parler du bon peuple iranien, on pouvait peut-être aussi parler du bon peuple israélien. Sabra pur jus, elle s’estimait autorisée à révéler à celui qui voudrait bien l’entendre, qu’une poutre fondamentalement plus dangereuse s’était subrepticement introduite dans la société israélienne. La guerre de cent ans israélo-palestinienne avait bien entendu des conséquences désastreuses sur la société palestinienne. 
Mais ces 100 ans, même ramenés à 50 ou 70, avaient induit une évolution inexorablement dégradée de la société israélienne, qui était passée d’une volonté de paix, de recherche active de terme à un conflit s’éternisant, à une espérance de solution, puis à la résignation à un statu quo, puis à l’acceptation passive du fait acquit. Sans prendre conscience de la gangrène morale qu’introduisait chez elle la persistance d’un comportement inévitable d’occupant.
Manifestation anti-Netanyahou

Sans compter, cerise sur le gâteau, la transformation graduelle mais de plus en plus marquée, d’une vraie démocratie, à un régime ouvertement populiste. A une espèce de dictature molle, qui ne dit pas son nom. La joute continua ainsi. En attaques, contre-attaques successives, féroces et enjouées en même temps.
Pour finalement se conclure dans un consensus volontaire. Fondé sur des concessions réciproques. Dès qu’on les considère hors du champ politique, les deux peuples, iraniens comme israéliens, sont tous deux riches d’histoire, d’humanité, capables du meilleur beaucoup plus que du pire. Tous deux tombèrent d’accord sur la différence entre les deux dictatures, dure ou molle. Alors que le pouvoir iranien soumet la population à l’obéissance, la population israélienne peut s’opposer. Faire la preuve que le réveil moral, citoyen, peut faire revenir le pays aux sources de la vraie démocratie.
La Fontaine aida le jeu de la réconciliation. «On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain».


2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Pauvre Jonathan! victime (pas selon Levy -Strauss) d'un "Triste tropisme"convergeant en direction du politiquement correct, bien endormi par la morphine de la bien pensance, engoncé dans les réflexes humanistes superficiels de l'air du temps il en a oublié que "la morphine -comme s'en amusait Sacha Guitry- a été inventée pour que les médecins puissent dormir tranquilles."
Et voici qu'il n'est pas prét de se réveiller, coincé, coté gauche de son oreiller à imaginer des accusations et des comparaisons absurdes mais qui font tellement plaisir aux détracteurs de son pays.
Particuliérement ceux qui ne voient pas la poutre dans leur oeil en dénonçant la paille dans celui de l'autre.
Ainsi "une poutre fondamentalement plus dangereuse s’est subrepticement introduite dans la société israélienne." (sic)
Diable! "la gangréne  morale" a introduit dans la société israélienne une mentalité d'occupant". (sic)
Et puis l'inévitable comparaison des deux "bons peuples" iraniens subissant l'un une dictature dure et l'autre, l'israélien une dictature molle due au "populisme",capables tous deux du meilleur mais aussi du pire. Score :Un partout !
Bravo pour l'analogie du pire ! Guidon Levy le militant d'extréme gauche du journal Haaretz s'en frotterait les mains. Combien de centaines de milliers de morts provoqués par des guerres multiples commençant par l'Irak en continuant par la Syrie, puis le Yémen, puis le Liban. Mais le populisme en Israel, quelle saleté, cette oppression auquel il conduit ! Combien de d'opposants politiques, de femmes pendues en public dont on rendra responsable le "populisme" des juifs qui ont encore l'audace de laisser les homosexuels et démocrates en tous genres arpenter gaiement leurs rues sacréesdument proteges par une Cour Supreme.
 Ah mais non répond Jonathan de son oeil empoutré  il s'agit "de la persistance du "comportement d'occupant".Bon sang mais c'est bien sur! Jonathan paralysé du coté droit de son cerveau brouillé à la morphine ne se souvient pas de tous les efforts à sens unique,voire à sens inique opérés par les représentants  du bon peuple "gangrené moralement" pour parvenir à se libérer du "statut d'occupant" d'une terre historiquement considérée sans raison  comme la sienne également!.
Commençons par les négociations aboutissant aux accords d'Oslo, en passant par tous les refus palestiniens jamais fautifs meme d'avoir refusé 95% des territoires et ce depuis combien de temps déjà? Jonathan aide moi, la mémoire se perd :"100 ans, même ramenés à 50 ou 70" certainement... Autant pour dégouter le bon peuple israélien-capable du pire puisque moralement gangrené- échaudé ou refroidi comme on voudra par  des discussions inutiles contraignant à un retrait unilatéral  suivi de plusieurs guerres interminables couronnées de merveilleux lachers de ballons colorés si flamboyants destinés par erreur certainement à bruler les terres du Sud d'Israel entre deux tirs de missiles.Juste punition à élargir -inch allah- à ce peuple récalcitrant si populiste, si frileux, si stupide au point de ne pas évacuer 500000 des siens de leur terre avec ou sans bout de papier destiné à plaire à ses faux amis français et européens tout attachés à garantir sa sécurité, comme au Liban...J onathan,gentillement  formaté au gauchisme ambiant restera insensible à toute réplique . Ayant placé en préambule les bons mots de Sacha Guitry laissons lui en hommage final  le mot de la fin -populaire et non populiste- qu'il me retournera malignement : "Ce qui probablement fausse tout dans la vie c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense".


Jonathan a dit…

Bravo Philippe pour ce brillant commentaire libelle et bien vu quant à un renvoi malin sur la vérité selon Sacha Guitry. Chacun la sienne, ça semble légitime.
C'est sur ce point cependant que Jonathan me charge de vous faire part d'une double réaction.
La première tient au sentiment que vous en faites peut-être un peu trop.Un peu trop dans la démolition d'une vérité qui n'est pas la votre. Un peu trop dans l'humour qui passe de force à forcé, qui entraîne dans l'accumulation des clichés normalisés:''bien pensance, réflexes humanistes, détracteur du pays, côté gauche du cerveau et gauchisme''. Un peu trop dans les contre-preuves, les guerres, les femmes pendues, les homosexuels,les inévitables désaccords d'Oslo, les ballons...
La seconde, probablement plus de fond, tient à un constat. Cette fameuse morphine, cette fois infusée dans la société israélienne au fur et à mesure que s'éternise la situation israélo-palestinienne, rend le camps de votre vérité insensible à l'érosion morale que cette situation génère. Chacun sa poutre sans doute.Celle de la perte du sens éthique apparaît à Jonathan comme une trahison de l'esprit sioniste, et lui paraît moins lourde que celle que vous lui attribuez.
Claude Meillet