Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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samedi 18 juillet 2020

La police victime de la démocratie par Michèle MAZEL



LA POLICE VICTIME DE LA DÉMOCRATIE

La chronique de Michèle MAZEL



«La police consiste à assurer le repos du public et des particuliers, à protéger la ville de ce qui peut causer des désordres». C’est ainsi que Colbert définissait le rôle de la nouvelle institution créée par Louis XIV. Si la France revendique à juste titre le premier usage de «police» dans son sens actuel, le terme police a été adopté par la quasi-totalité des pays occidentaux. Pourtant voilà des années qu’en France comme en Angleterre, aux États-Unis ou en Israël,  la police peine à assurer sa mission.




C’est que dans les démocraties dites libérales, le droit de manifester est un droit fondamental garanti par la loi. Il se réclame de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 en «oubliant» que son article 10 est clair : «Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi». On en est hélas loin. Comme on est loin de la nécessité d’obtenir un permis pour manifester ou de celle de s’en tenir aux termes de l’autorisation si elle a été obtenue. 
La police n’interviendra que si l’ordre public est menacé. Force est de reconnaître aujourd’hui que manifeste qui veut où il veut ou presque. Et si la police cherche à faire respecter la loi elle est souvent prise à partie. Certes il y des policiers qui manquent gravement à leurs devoirs et se conduisent de façon indigne, mais la majorité, la grande majorité, la très grande majorité des policiers serrent les dents et ne répliquent pas aux provocations les plus outrancières. Injuriés, bousculés, caillassés, ils n’ont guère de recours. On exige d’eux une attitude exemplaire et cent smartphones sont là pour immortaliser le moindre geste douteux. Sans oublier cette nouvelle invention qu’est la caméra de casque que les policiers sont tenus de porter.

Bref, pour trop de gens dans trop de pays le policier est devenu l’ennemi public no.1. On peut lui cracher dessus impunément, le traiter de fasciste ou de nazi, l’accueillir avec un barrage d’œufs pourris alors qu’il est là tout simplement dans l’exercice de ses fonctions, en bref pour faire non pas seulement son métier, mais son devoir. Le manifestant arrêté sera remis en liberté avec une simple admonestation et sera porté en triomphe avant de donner de longues interviews à la presse. Le policier «soupçonné» de manquement «au code éthique de la police» sera suspendu et passera devant une commission de discipline. Rarement il bénéficiera du soutien de son ministre de tutelle.
Aux États-Unis la conduite criminelle de plusieurs policiers dans l’État de Minnesota a conduit les autorités de plusieurs autres États, dont ne dépendaient pas les policiers en question, à réduire les budgets de leurs propres forces de police, et ce à une période où les citoyens ont plus que jamais besoin d’être protégés. En France les habitants des grandes villes assistent impuissants au vandalisme de bandes organisées en marge de manifestations plus ou moins sauvages tandis que la police hésite à intervenir. 
Il n’y a que dans des dictatures tristement connues pour leurs atteintes aux Droits de l’homme que la police est assurée de l’immunité la plus totale. Les démocraties, elles, ont depuis longtemps renoncé «à assurer le repos du public et des particuliers et à protéger la ville de ce qui peut causer des désordres». 

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