Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mardi 21 juillet 2020

Chronique d'une débâcle annoncée au Sahel par BAZAK


CHRONIQUE D’UNE DÉBÂCLE ANNONCÉE AU SAHEL

Par BAZAK


Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. C’est ce qui se passe en matière de communication officielle sur la situation au Sahel. On nous masque la gravite croissante de la situation dans cette région grande comme une fois et demie la France (1.500.000 km²). En revanche, on communique abondamment sur la mort d’un des chefs djihadistes parmi une dizaine d’autres, alors qu’on sait qu’il sera remplacé dès le lendemain.



Djihadistes

Les prémisses d’un conflit armé remontent à 2012 lorsqu’une milice Touareg s’est rebellée dans le nord du Mali. La situation n’était cependant pas nouvelle. Les tensions existaient dans ce secteur depuis des années, sans toutefois dépasser le stade d’escarmouches. Cette fois la rébellion réunissait, pour la première fois également, des combattants expérimentés de retour de Libye, mis au chômage par l’intervention française de 2011, de retour chez eux avec moultes armes et bagages. Le conflit du Sahel pouvait commencer, car on n’avait pas su prendre en compte la réalité, supposée bien connue, ou pire on avait décidé de ne pas prendre en compte la véritable cause de la situation : la sécheresse à l’origine de toutes les autres plaies qui accablent les populations. On y a ajouté la guerre et son cortège de souffrances et de victimes.
Minusma

Devant l’avance djihadiste de 2013, la France intervient avec quelques troupes de l’UE  en appui, dont la Bundeswehr, qui vient de voter l’envoi d’un nouveau contingent, pour essayer de former les armées nationales inexistantes, sauf au Tchad. La militarisation du conflit conduira rapidement à une escalade qui amènera à l’envoi, deux ans plus tard, de la Minusma onusienne. Dès 2015, elle enregistrera 56 victimes et deviendra la double cible des groupes djihadistes et des populations mécontentes d’une présence passive. Cette intervention entraînera le déplacement de plus de 100.000 personnes dans le pays, pendant que plus de 130.000 fuiront dans les pays voisins.
A partir de là, le conflit s’est cristallisé au centre du Mali pour ensuite s’étendre dans la zone actuelle des cinq pays frontaliers. Les alliés que sont  la France, l’UE, les États-Unis, sans qui la logistique serait un problème, sont dans une configuration à la vietnamienne. Quitter les lieux c’est laisser la place aux djihadistes de tous poils et autres milices armées, y compris des exécutions sommaires par les troupes régulières. Rester c’est s’enfoncer encore plus et pour plus longtemps dans une situation inextricable.

L’UE, la France et ses alliés interviennent, sous conduite française «à la demande du président du Mali». Il y a continuité dans le changement, puisque le ministre des armées du précédent gouvernement est aujourd’hui ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et on connait bien son ex-collègue ministre de l’économie de l’époque.
En réalité les causes profondes, avant d’être un conflit armé, sont socio-économiques. Le paradoxe est considérable quand on entend tous les discours sur la coopération avec l’Afrique. Le premier ennemi c’est la sécheresse, mère de la famine et de la misère, mère des conflits ethniques pour la possession du bétail, des puits, des récoltes entre sédentaires et nomades.
Le conflit s’étend ensuite vers la frontière sud est du Mali au Burkina Faso, devenu actuellement le maillon faible des cinq pays concernés. La violence attire la violence. Au Burkina Faso, l’ONG Human Rights Watch, a recensé plus de 1.200 victimes des djihadistes en 2019, qui se double aussi de crimes inter ethniques, soutenus par ces mêmes djihadistes. Depuis, des dizaines d’autres victimes y compris européennes sont tombées sous les attaques ciblées de ces groupes parfaitement adaptés à ce type de guérilla, dans une vaste étendue, hors de portée des quelques 5.000 militaires présents. Imagine t-on la France disposant pour tout son territoire de 1.500 gendarmes ?   
Il faut regarder la réalité en face, la France, l’UE ont failli et ce conflit, dont la militarisation augmente à mesure que les années passent, ne résout rien pour les populations. Il représente un gouffre financier et un drame humain qu’on évite d’évoquer sauf quand il s’agit de l’élimination de quelques djihadistes. L’objectif devrait être de permettre à ces hommes et femmes de manger à leur faim et de vivre en paix, au lieu d’en faire un théâtre sans fin d’opérations militaires, qui se traduit par une politique vouée à l’échec. Voilà ce qui serait un véritable succès pour nos pays forts de leurs traditions et conseils. De même, les contribuables sauraient où va l’argent. Ce qui, dans la conjoncture actuelle,  n’est pas un détail.
Malheureusement, comme dans l’affaire libyenne où un cessez le feu n’est pas en vue, dû au refus turc, l’UE des 27 et la France, son bras armé, ne réussissent pas à trouver une solution qui mette fin aux souffrances de populations impuissantes. Pendant qu’on donne des conseils à Israël, on  évite. Pour feu le cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à nos dépens. Nous en sommes là.



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