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lundi 8 juin 2020

Pandémies par Claude MEILLET



PANDÉMIE(S)

La chronique d'humeur de Claude MEILLET



           
          Une nouvelle fois, la sémantique servit d’introduction à l’inévitable sujet de discussion. La gynécologue en retraite, interrogée en tant que digne représentante de la discipline médicale, distilla une réponse équitablement équilibrée. Le masculin pour le coronavirus, le féminin pour la covid-19. Quant à savoir si pandémie désignait l’un ou l’autre, elle appela au secours son compagnon, médecin militaire lui aussi retraité, qui sagement, clôt l’interrogation par un très naturel et très définitif, «Les deux mon général». Ce qui offrit l’opportunité à la prof assistante, toujours en attente de la réouverture de l’université, de lancer à l’assistance un intrigant : «Puisqu’on en parle, prenez garde qu’une pandémie peut en cacher une autre. Qui peut, elle aussi, en cacher une autre. Qui peut… ».


          

Jonathan, intéressé par un angle d’attaque original d’un sujet trop omniprésent pour n’être pas trop battu et débattu, l’encouragea à éclairer sa déclaration. La douzaine de paire d’yeux se fixèrent sur la jeune femme blonde, très à l’aise.
            Elle commença par s’excuser de rappeler un historique de la crise sanitaire que tout le monde connaissait comme elle. Mais une suite chronologique qui, ils le verraient, servait de substrat à son avertissement initial. D’abord, en novembre 2019, la dégustation de savoureuses chauves-souris frites qui déclenche la maladie dans la ville chinoise de Wuhan. Maladie qui s’élargit à une province entière, conduit la Chine au confinement et à la mise en quarantaine d’une série de villes. Qui devient épidémie touchant les pays d’Asie. Qui amène l’OMS à déclarer un état d’urgence sanitaire. Puis devant son extension à l’ensemble des continents et pays, à passer de l’épidémie à, justement, la pandémie.
            Mais, précise-t-elle, «c’est là que je veux en venir», en parallèle de cette pandémie sanitaire, une pandémie comportementale se répand à son tour. Hormis quelques pays, petits pour la plupart, les pays occidentaux, cahin-caha mais dans une relative homogénéité de politiques, copient sur leur territoire la stratégie chinoise. Imposant tous une stratégie de confinement, bien entendu de combat contre le virus. Complétée quasi unanimement par un arrêt forcé, brutal, de l’économie. Provoquant ainsi à côté du drame sanitaire mondial, un drame économique et social lui également mondialisé. De nature inégalé par sa profondeur et sa généralisation. La pandémie virale révèle une autre dimension de la globalisation. Le mimétisme mondial. La pandémie du raisonnement, universel, automate.


            «Voilà pour un train caché, l’interrompit un des participants. Quel est le suivant ?»
            «Les suivants» reprit au vol la belle oratrice. Pour débuter la série annoncée, elle prit une moue dégoutée. Pour prononcer le mot qui, visiblement lui écorchait la bouche. La pandémie du complotisme. Initiée par la mise à feu d’un premier étage de la fusée. La dénonciation par le président analphabète d’une grande puissance, d’un machiavélisme chinois visant de cette manière à imposer sa loi sur le monde. Provoquant des exactions immédiates contre tout ce qui pouvait sembler asiatique. Suivie par la mise en orbite des habituelles théories du complot, trop heureuses d’enfourcher cette magnifique occasion. Redonnant une vigueur nouvelle, inespérée, à la mise au pilori des Protocoles des Sages de Sion. Et dans la même lignée, à la dénonciation du complot multiforme, mondial, dominateur, du milliardaire juif George Soros. Cible privilégiée depuis quelques années des régimes populistes autoritaires. Symbolisant tous deux pour la horde antisémite, l’ambition du peuple juif de domination mondiale, mère de tous les maux universels, pandémie comprise bien entendu.
            Toute cette boue étant portée, ou plutôt transportée, par une pandémie au moins aussi abyssale pour les hommes. Non plus sanitaire, ni comportementale, ni raciale. Mais intellectuelle. Le raisonnement dans le monde ne passe plus par le développement de la pensée, la réflexion culturelle, l’interprétation historique, la volonté d’imagination. Il passe par Twitter. Quinze mots. Ou moins. Mode d’expression qui convient parfaitement à un président analphabète. Mais dont le poids fait loi. C’est la pandémie d’un gouvernement du monde twitterisé. D’ailleurs lui-même tête émergente d’un iceberg pandémique plus profond qui est celui des réseaux dits sociaux. «Et ainsi de suite…», conclut doucement l’oratrice.
            Le silence qui suivit la péroraison de la jeune femme prit tout son temps. Un temps long. L’inspiration poussa Jonathan à applaudir. Applaudissement reprit par tout le cercle amical. Elle le poussa aussi à garder au chaud, pour une autre séance, la blague de conclusion qu’il avait en réserve, liée à la pandémie sanitaire, reprise de Woody Allen, «la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible».



1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Ou comme le disait encore il y a quelques jours André Comte-Sponville : "Nous ne mourons pas parce que nous sommes malades, nous mourons parce que nous sommes vivants !" Mais c'est de très maigre consolation quand vous avez parmi vos enfants, une malade qui n'a pas la chance d'être atteinte par la Covid-19, qui est donc envoyée de médecin en médecin, puis d'hôpital en hôpital, où elle est laissée à son sort, sans diagnostic donc sans traitement autre que de la morphine !