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vendredi 19 juin 2020

L'absurdité de l'annexion par Claude MEILLET




L’ABSURDITÉ DE L’ANNEXION

La chronique d'humeur de Claude MEILLET




Il avait déjà servi de réceptacle à l’expression d’opinions sulfureuses. Cette fois-ci, le déclarant prétexta malicieusement devoir se protéger de représailles occultes. Sur le modèle des menaces adressées anonymement aux principaux acteurs de la justice israélienne. Anonymes, mon œil ! On sait d’où elles sont parties !



Chapeau panama rabattu sur ses yeux rieurs, le vieux toubib à la retraite proposa donc à Jonathan de lui confier, pour sa seule gouverne, son analyse du feuilleton en cours. En introduction, le happening irréel du projet mythique et mystique, intitulé partout, Annexion. Irréel car partagé par tous et inconnu de tous. Même d’un supposé vice-premier ministre. 
Tous, sauf Un. Irréel car, sur la formule célèbre du or-ni-car, personne ne sait ni quand, ni quoi, ni où. Ni comment, ni combien. Sauf, peut-être, Un. Sauf, aussi, que cette annexion territoriale est révélatrice d’un phénomène d’emboitement d’annexions, aux allures de poupées russes.
L’annexion territoriale se caractérise, elle, par le vide qui la définit et par le trop plein que son évocation provoque. Le vide, qui tient à la dimension aléatoire, conditionnelle, d’un «plan Trump» incertain. Sans compter la rareté assez ahurissante de la soumission d’un pays supposé indépendant,  au choix de son avenir décidé par un autre pays, aussi puissant et ami soit-il.

Le trop plein, c’est celui de toutes les raisons qui s’opposent à sa mise en œuvre. Quelle qu’elle  finisse par se matérialiser. Le choix est grand. Absurdité sécuritaire de multi frontières impossibles à tenir. Absurdité humanitaire, avec des transferts erratiques de populations. Absurdité économique, elle coutera la peau des fesses de tous les Israéliens. Absurdité géo politique, inutile de développer. Absurdité, enfin et surtout, humanitaire. Elle conduira au mieux à l’apartheid, au pire à la guerre. Reste une dimension devant laquelle tous les arguments sont vains. La dimension histérico-religieuse. Comment réfuter le messianisme ?
C’est déjà pas mal. Mais, «c’est là que mon propos devient dangereusement séditieux». Sous cette annexion territoriale, se tapit une annexion infiniment plus pernicieuse. Celle d’un Etat, dans tous ses aspects. Celle d’une population à travers la fascination de sa majorité. Par Un. Toujours le même. Qui tient cette unicité de sa longévité. Le pouvoir ne fait pas que corrompre. Il enracine le pouvoir.
La virtuosité de communication, l’expérience inégalée des pratiques et des ressorts du métier et de la vie politique, la maîtrise de la conduite des hommes et des appareils, la connaissance parfaite des faiblesses et des ambitions des uns et des autres, la ténacité et la robustesse face à toutes attaques, additionnés de facteurs psychologiques, familiaux, historiques, défensifs, constituent les vecteurs de cette emprise.
Séance Cour suprême

Emprise sur les rouages institutionnels et opérationnels de l’État. Le législatif, par le biais d’une mystérieuse capacité à construire des alliances et des majorités successives. L’exécutif, par l’imposition répétée d’une prééminence quasi automatique et la permanence d’une garde rapprochée dépendante et fidélisée. Reste le judiciaire, bastion de dernière et obstinée résistance, soumis cependant à un feu roulant de délégitimations diverses, acharnées, persistantes.
Emprise sur les populations. La population israélienne en premier lieu. Majorité et minorités confondues d’ailleurs. Majorité apparemment lobotomisée. Suivant aveuglément, religieusement, toutes les initiatives, injonctions, prescriptions. Minorités multiples, frustrées, revendicatrices mais finalement étrangement apathiques. Et plus indirectement, les populations attenantes, palestiniennes, jordaniennes, liées aux décisions israéliennes.
Empilement d’annexions qui se traduisent enfin dans une dernière. Celle de la démocratie israélienne. Tendant ainsi à devenir l’ex  «seule démocratie» du Moyen-Orient. Hésitant entre un régime de monocratie ou de théocratie.
Le docteur analyste politique releva son panama vers l’arrière, plissant un peu plus des yeux de conspirateur en quête de complicité. «Je n’en parlerai à personne» promit Jonathan, «vient prendre un verre, tant qu’on peut encore le faire».


4 commentaires:

Unknown a dit…

que proposez vous d'autre?
le retrait unilatéral? on l'a vu à Gaza, çà n'a pas marché!
les négociations?: çà a été essayé et elles n'ont abouti à rien!
le statu quo? les israéliens seront encore mis au ban des nations dans 50 ans!
Le plan Trump est imparfait, mais a le mérite d'exister! Et non, il n'y aura pas d'apartheid, c'est insultant de le voir écrit!

Claude Meillet a dit…

Monsieur l'inconnu,
Apartheid ?
Si ''l'annexion'' conduit à la solution d'un Etat, avec des Arabes palestiniens au statut de demi-citoyens, comment appelleriez-vous la situation ?

Jonathan

Unknown a dit…

Pourquoi voulez vous qu'ils soient des demi-citoyens?
actuellement des arabes soignent les juifs (et inversement), sont députés, et un juge arabe a envoyé en prison un ancien président!
Ou voyez vous un apartheid en Israël?
Oubliez vous que les arabes israéliens ne veulent pas devenir citoyens d'un état palestinien? sans doute à cause de l'apartheid!
Je ne doute pas, qu'en cas d'annexion, les nouveaux citoyens auront la possibilité de devenir israéliens!
Et vous n'avez toujours pas expliqué comment sortir de la situation actuelle!

Georges Kabi a dit…

Pour faire oublier, la fin calamiteuse de la gestion de la crise sanitaire, Bibi qui n'a pas le pouvoir de dire non aux oligarques israeliens a trouve ce nouveau joujou appele "annexion?. Il a simplement oublie que l'annexion est liee etroitement a la creation d'un Etat palestinien.
C'est la raison pourquoi il n'y aura pas d'annnexion qui, bizarrement a provoque l'hostilite de la droite militante.