Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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jeudi 2 juillet 2020

Gauche/droite par Claude MEILLET



GAUCHE/DROITE

La chronique d'humeur de Claude MEILLET


La vision d’une réalisatrice de séries télévisées lui ayant paru suffisamment iconoclaste pour déranger les visions bateaux ordinaires, Jonathan avait proposé à son cercle d’amis de l’inviter à cette rencontre post confinement. Elle était là, face à un demi-cercle attentiste, attentif. Petit format, boucles brunes sur un visage mobile, résolu, les rides du sourire au coin des yeux verts. Fixant tour à tour, chacun des participants masculins, en articulant clairement pour marquer le début de son oraison, «L’homme est un animal incontrôlable».


Enfonçant ensuite le clou, en ajoutant la moue espiègle, qu’elle faisait bien entendu référence au genre humain, pour confirmer «cependant», que l’homme était bel et bien génétiquement le plus sauvagement belliqueux de ce même genre. Responsable majeur du cycle éternel des guerres, petites ou grandes, toutes aussi atroces, absurdes inutiles. Pour enfin, conciliante, bien vouloir reconnaître que les femmes maintenant se joignaient aux hommes dans un combat préhistorique : la guerre politique. «La plus bête des guerres».
Elle précisa tout de go, qu’il n’était pas nécessaire de faire un long travelling, du temps des cavernes au temps actuel, pour démontrer la trahison de la politique… par la politique. De la recherche permanente du meilleur gouvernement de la cité par la recherche permanente du meilleur moyen de bénéficier du Pouvoir. Illustration : notre belle époque. Celle du pâté d’alouette. Une pincée de pensée réellement dédiée à la politique, une tonne d’idéologie et de démagogie dédiée à la conquête du pouvoir. Une pincée de gaullisme, cent kilos de sarkozisme. Une pincée de jabotinskisme, cent kilos de Bibiisme.
Une guerre politique, donc, longtemps architecturée sur une ligne de front entre la «gauche et la droite». Clivage commode tant il mobilise aisément des armées d’électeurs gogos. Clivage cependant si artificiel que la déroute d’une armée, le communisme, pour le faire disparaître. Une pseudo bataille Gauche/Droite se poursuit, qui ne se rend pas compte que la guerre est terminée.
La nature politique ayant horreur du vide, elle a alors réveillé et fait prospérer des «extrêmes». De gauche et de droite. Qui s’étripent joyeusement pour grignoter, puis remplacer, le ventre mou d’un «centre» comblant le vide nouveau créé. Jean-Luc et Marine contre Emmanuel. Naftali et….personne contre la combinaison improbable Benjamin/Benny.
Toute cette guerre menée avec des armes de nature évidemment, sinon exclusivement, émotionnelles. Toute pincée de rationnel se trouve impitoyablement dénoncée, caricaturée, broyée par la combinaison d’armes de masse que sont l’idéologie et les réseaux sociaux.
Une voix, semi timide, semi indignée, osa interroger. «Dans votre film catastrophe, petite madame, vous ne pourriez pas nous ajouter une fin plus heureuse ?». L’invitée secoua ses boucles noires pour appuyer dans un sourire, «La madame, pas si petite, va vous faire plaisir». Meurtrie mais pas morte, jusqu’à présent, l’humanité cautérise infatigablement ses plaies guerrières. Elle parviendra peut-être un jour à se vacciner contre la pandémie éternelle de l’addiction au pouvoir. Si la seule intelligence des hommes n’y parvient pas, l’assistance de l’intelligence artificielle pourra peut-être aider à faire quitter la religion de la sphère publique pour la cantonner à la sphère individuelle.
La face positive d’internet permettra aux nouvelles générations, plus mobiles et plus ouvertes, de se débarrasser sensiblement des préjugés de races, de classes, qui encombrent encore les petites têtes des générations actuelles. La globalisation des défis, climatiques, écologiques, sanitaires, économiques, obligera inévitablement les nationalismes à se plier à une citoyenneté mondiale. Et la dévertébration «du politique», l’évidence de sa déconnection du monde réel amènera, avec un peu de chance, à sa réinvention.
La double voie de cette réinvention est connue. «Je vous les livre, pour une suite et non pas une fin, plus heureuse. L’éducation et la subsidiarité». En tant qu’invitant, Jonathan se senti obligé, d’abord de saluer la qualité du scénario proposé par «la petite madame pas si petite», ensuite de proposer à son tour une suite hypothétiquement heureuse. Il suffit de réussir un double pari.

Dénicher quelque part, sur notre terre commune, un penseur capable de redonner à la politique son sens premier. Un successeur d’Aristote, Lao Tseu, Descartes, Kant, par exemple, qui construira un système de pensée du monde présent et futur. Trouver un héritier de Platon, Bouddha, ou plus récemment et modestement, de De Gaulle, Mandela, par exemple, qui personnifiera et conduira un monde libéré de ses guerres idiotes. «Une fourmi de quatre mètres, avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Ça n’existe pas. Et pourquoi pas ?» dit le poète.



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