Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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samedi 4 juillet 2020

Allemagne-Turquie, le business des ventes d'armes par BAZAK


ALLEMAGNE-TURQUIE, LE BUSINESS DES VENTES D’ARMES

Par BAZAK


Armes allemandes livrées à la Turquie

Le commentaire est toujours à l’appréciation de son auteur, les faits, eux, sont têtus.  En matière de ventes d’armes, la Turquie est le premier client de l’Allemagne. On découvre, si on ne le savait déjà, qu’en politique la morale n’a pas sa place. Parfois, les États adoptent une variante à géométrie variable. C’est le cas dans la relation entre l’Allemagne et la Turquie, deux pays membres de l’OTAN.





Haiko Maas

En janvier, la conférence de Berlin, comme l’ONU, s’est prononcée pour un embargo à destination de la Syrie et de la Libye. Le ministre allemand des affaires étrangères, Haiko Maas a déclaré qu’il se préoccuperait, personnellement, de cette question. Depuis, on a le sentiment qu’il a été frappé d’une cécité du type version diplomatique. En 2019, La Turquie a acheté à l’Allemagne pour près de 345 millions d’euros de matériels militaires, soit plus du tiers des exportations d’armes allemandes.
Malgré l’embargo en vigueur, la Turquie reste depuis deux années consécutives, son acheteur numéro-1. Comment est ce possible ? On découvre que l’Allemagne a augmenté ses livraisons en matière de « matériels maritimes». Surprise, surprise, quand on constate précisément que dans le cadre de l’offensive turque, c’est justement ce dont ce pays avait besoin pour élargir son déploiement en Libye.
Certains, sans doute bien intentionnés, soulignent que le gouvernement fédéral ne pouvait pas anticiper que le sultan d’Ankara lancerait une offensive, y compris par voie maritime. Après avoir transféré des centaines de mercenaires de Syrie en Libye, il pèse de tout son poids dans le conflit entre le gouvernement central et le maréchal Haftar, pour le contrôle des ports libyens et tout particulièrement pour le contrôle des terminaux de gaz et de pétrole.
Partisans d'Haftar sur du matériel allemand pris aux troupes régulières

Le président français a déclaré : «Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen, c'est en contravention explicite avec ce que le président Erdogan s'était engagé à faire lors de la conférence de Berlin, c'est le non-respect de la parole donnée. C'est attentatoire à la sécurité de tous les Européens et des Sahéliens». Mais on ne souffle mot sur l’origine des armes provenant de l’UE !
La belle affaire ! Verrons-nous les membres de l’OTAN, qui, comme les pays arabes,  soutiennent des factions diverses, s’écharper ? L’Egypte met en place des troupes et menace à son tour d’intervenir. Ce qui transformerait une guerre civile à l’origine, en un redoutable bourbier militaro-diplomatique, avec l’implication de la Russie et des États-Unis.
On apprend également que le sultan turc a donné des instructions à ses navires transporteurs de mercenaires et d’armes, de ne pas obtempérer aux demandes de la mission IRINI de l’UE, au large des côtes libyennes, chargée de veiller à l’embargo. Il y a eu plusieurs incidents, avec un navire grec et une frégate française, pendant que le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères Josef Borell déclarait que l’UE serait «la voix de la Loi».
Navire turc qui viole l'embargo

La situation globale avec la Turquie s’aggrave d’autant plus que ce pays affiche des velléités de plus en plus violentes de procéder à des explorations de gaz et de pétrole au large des côtes Cypriotes, grecques et turques, illégalement. Parallèlement, le président Erdogan poursuit son chantage envers l’UE concernant l’hébergement des flux migratoires vers l’UE, à laquelle il réclame de plus en plus d’argent.
La plupart des pays de l’UE sont membres de l’OTAN comme la Turquie. Cette dernière est un des quatre pays disposant en Europe d’une force armée puissante et moderne, après la France, le Royaume Uni et la Russie. Elle dispose d’équipements américains et allemands notamment. Pour autant, le contentieux et les tensions s’accroissent de jour en jour avec l’UE et son allié américain.
On attend donc avec un très grand intérêt de voir la chancelière Merkel à la manœuvre, avec sa double casquette de l’UE et de l’OTAN. On ne peut que constater, à quel point en politique, la double morale et le double langage cohabitent sans difficulté.

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