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lundi 11 mai 2020

Requiem pour un quarteron de généraux



REQUIEM POUR UN QUARTERON DE GÉNÉRAUX

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          La courte épopée de Kahol-Lavan trouve une grande similitude avec le putsch des généraux du 21 avril 1961, conduite par quatre généraux cinq étoiles, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller. Le mois d'avril n'est pas propice aux aventures nouvelles. C'est le mois des échecs. Le général Salan, exilé en Espagne, s’était tardivement joint à eux. Ils déclenchèrent cette opération en réaction à la politique choisie par le président de la République, Charles de Gaulle, et son gouvernement. Mais ils n’avaient pas mesuré les minces chances de réussite parce qu’ils drainaient peu de militants derrière eux. Un petit million de voix en Algérie et en Israël




            Le coup d'Alger n'avait pas été suffisamment préparé pour rallier la population et les fonctionnaires. Il a donc échoué par manque de soutien populaire. Challe, alias Gantz, le légitimiste de plus en plus isolé, a décidé le premier de briser le lien entre le groupe des quatre. Il a refusé de continuer le combat et a décidé de se rendre le premier aux autorités. L’échec était patent parce qu’ils étaient quatre et que le peuple voulait un seul chef charismatique, une seule tête, un seul commandant, un seul leader. 
         Ils étaient si différents, venus de bords différents au point qu’ils pouvaient difficilement incarner une force unique. Challe, alias Gantz, incarnait l'ambition et l'autorité, Zeller, alias Lapid, la ruse et la mesure, Jouhaud alias Ashkenazi la détermination. Salan, alias Yaalon incarnait à la fois l’ambition et la ruse et sera le seul des généraux à aller jusqu’au bout. Officier très décoré, il affichait un visage cuit, impassible d'ordinaire, qui frémissait et se crispait brusquement; un sourire vite figé glissait parfois sur ses lèvres. Salan et Yaalon étaient persuadés que la jeunesse avait été trahie et qu’elle accepterait de luter à leurs côtés parce qu’elle n’était pas prêtre à lâcher sa cause.
            Le quarteron a tenu compte de toutes les réalités politiques, sauf d'une seule : on ne joue pas au poker avec la gloire des armes. Les généraux d'Alger n’ont pas compris qu’ils avançaient derrière des gladiateurs marqués de l'insigne des régiments étrangers, et qu’ils étaient otages d'une infamie. Les autres, plus proches de nous en Israël, s’appuyaient sur des forces qualifiées par certains d'«étrangères», s'agissant de députés arabes soupçonnés de combattre l’État juif alors qu'ils sont des citoyens à part entière. Gantz n'a pas réussi à convaincre certains éléments de son parti de la nécessité de composer avec les députés arabes. Il n'avait plus de majorité à la Knesset.


            De Gaulle n’avait jamais abandonné le combat alors qu’on considérait qu’il allait être vite défait devant la force militaire. Un ou deux discours à la télévision ont suffi pour appeler à la désobéissance populaire et pour demander le soutien d’éléments forts de la société civile : les partis et les syndicats. Netanyahou a utilisé la même stratégie médiatique. Il avait besoin de support et il a fait appel au peuple de droite et aux séfarades pour qu’ils s’élèvent contre les quatre «gauchistes». De Gaulle et Netanyahou ont réussi à convaincre l’opinion publique qu’elle n’était pas favorable au putsch.
            Le coup d’État d’Alger a échoué rapidement tandis que des mouvements puissants ont mis fin à la tentative de Kahol-Lavan de prendre le pouvoir, légalement s’entend. Alors que les Français se sont montrés capables d’agir en citoyens, les Israéliens ont préféré donner la majorité à celui qui avait un genou à terre et que l’on croyait fini. Dans les deux cas, la force de la population s’est exprimée en très peu de temps pour peu qu’elle ait été explicitement dirigée par un seul homme. L’illusion s’est effondrée dès lors que la population n’avait plus confiance. Le général de Gaulle avait appelé par radio les Français à défier les putschistes et à leur désobéir. Netanyahou a usé des médias pour faire comprendre que le quarteron n’avait aucun avenir politique. Il a su faire ensuite appel au plus légaliste des quatre pour le mener dans ce qu’il considère le droit chemin. Challe avait été le premier à se rendre au général de Gaulle. Gantz a été le premier à mettre son avenir entre les mains de Netanyahou.

            La morale de ces deux événements est facile à tirer. Les populations veulent un chef unique qui les guide et pas quatre qui finissent toujours par se déchirer parce que les ambitions personnelles priment sur l’intérêt national et parce qu’il n’y a pas de place au sommet de l'Etat pour quatre généraux, si prestigieux soient-ils.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

J'ai toujours été consciente de cette sorte de similitude de destin que partageait la France et Israël.
Cependant, et quel que soit le plaisir que vous semblez prendre à filer la métaphore, je ne peux m'empêcher de proposer à vos lecteurs de se souvenir de ce que fut réellement cette Guerre d'Algérie que vous avez peut-être trop légèrement ressuscitée ici :

https://www.youtube.com/watch?v=SYT6nEciqvY

Très cordialement.