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mercredi 13 mai 2020

Pour un nouvel Israël par Claude MEILLET



POUR UN NOUVEL ISRAËL

La chronique d'humeur de Claude MEILLET

            

         Le cercle, nouvelle mode, premier de la nouvelle ère du dé-confinement, prenait une allure disciplinée, toute nouvelle elle-aussi par rapport au joyeux bazar habituel «avant». Distanciation oblige, la dimension sociale de leurs réunions périodiques paraissait amoindrie. Mais Jonathan en était persuadé, la chaleur prévisible du débat allait vite compenser l’agrandissement des écarts entre participants.



            Si les deux sujets, crise sanitaire et crise politique, s’imposaient, il proposa d’éviter la litanie forcément contradictoire des jugements, critiques, avis, sur le traitement du phénomène Covid-19, et de considérer la saga politique dans son épilogue et non dans son historique. Donc, d’aborder la discussion sous l’angle probablement plus dynamique de «l’après». Proposition unanimement acceptée. Qui, très vite, fit apparaître deux courants de suggestions, craintes et souhaits.
            D’abord, le concret. Au-delà de l’accord général sur la progressivité du dé-confinement, sur l’urgence de la reprise économique et sociale, la très longiligne avocate, le vibrant conducteur de travaux éthiopien, la blonde étudiante, le très sévère banquier…, tous établirent un répertoire des actions pratiques à mettre immédiatement en œuvre.


            Revaloriser financièrement, statutairement, l’éventail des oubliés de la prospérité économique israélienne, aussi vantée qu’inégalitaire. Sans se contenter d’applaudissements quotidiens, chaleureux mais aussi, insuffisants. Accorder aux secteurs clés de vie de la population, une priorité réparatrice d’une longue déliquescence.  La santé bien sûr, mais encore le transport sous toutes ses formes, le logement et plus largement l’urbanisme, l’excellence éducative. Donner aux différentes minorités arabes du pays, leur plein rôle civique, économique, hors de la vision déformante politique. Souscrire pleinement à la proclamation du poète, «la femme est l’avenir de l’homme», conforter la prise de pouvoir des femmes dans la société.  Limiter, comme dans tout pays civilisé, à deux mandats la fonction de premier ministre, en premier pas vers le retour au pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.
            Les principes, ensuite. Le petit comptable à lunettes rondes et mèche rebelle, la prof de Yoga pas si zen que ça, le chauffeur de bus masqué jusqu’aux yeux…tous s’appliquèrent à dessiner un futur réparateur des manques du passé. Réparer vite mais dans une vision moyen et long terme, le vide abyssal de réflexion dans le champ politique, sur les phénomènes pourtant primordiaux de l’urgence climatique et écologique. Une urgence qui prend pourtant dans un pays moyen-oriental comme Israël, une dimension vitale.
            Une urgence qui peut pourtant trouver dans l’expérience, le savoir-faire, la connaissance scientifique israélienne, un arsenal de réponses innovatives comme empiriques. Libérer l’énergie créative de la société civile, dans tout domaine, agriculture, haute technologie, commerce, industrie, culture, dans un monde qui va trop vite pour le temps politique. En vidant le politique de l’interférence castratrice de la religion. En le recentrant sur l’accompagnement et la stimulation. En favorisant la décentralisation au plus près du terrain. Par le soutien actif de la myriade d’associations existantes, de groupements professionnels, d’autorités locales, de représentants de collectivités. Rétablir dans ses prérogatives initiales un principe égalitaire que l’évolution de la société israélienne a inexorablement dégradé. Au plan économique déjà, en réduisant drastiquement l’écart des plus riches aux plus pauvres. 

          Au plan social ensuite, en réintroduisant une dimension éthique devenue a minima des politiques publiques vis-à-vis des minorités, nationales, des réfugiés étrangers. Redonner l’espérance à la coexistence Palestine/Israël. En évitant les décisions unilatérales, en revitalisant toutes les occasions d’ouverture de portes entrouvertes, en contournant les appareils, en profitant de bons offices externes, en privilégiant la créativité au détriment du statut quo. 
            A sa grande surprise, Jonathan assistait ainsi à l’expression d’un groupe, sorti de la sévérité de la contrainte du confinement plus dynamique qu’abattu, plus ambitieux que résigné. Il y retrouvait confirmation de la devise de feu l’écrivain, Romain Rolland, «Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté».
            L’expression d’un groupe où il retrouvait aussi la force identitaire du peuple de la vie qu’est le peuple israélien, portée par ses deux composantes majeures que sont la défense de principes et la volonté d’action concrète. Expression qui trouva tout de même sa récompense dans la reprise de la tradition d’un apéro dé-confiné.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Le 25 août 1829, le baron Georges Cuvier, dans son "Discours sur les prix de vertu" écrivait :

"...La Divinité, qui n’a aucun besoin de nos hommages, nous commande cependant de l’honorer, parce que nous ne pouvons nous approcher d’elle par la pensée sans devenir plus purs. N’en serait-il pas de même de la vertu, de cette céleste empreinte de la Divinité, et pourrions-nous célébrer si solennellement des actions vertueuses sans nous sentir plus vertueux nous-mêmes ? On a dit le vice contagieux ; la vertu ne serait-elle pas communicative, et comme un air pur et vif rend souvent l’énergie au corps à demi asphyxié par des miasmes pestilentiels, n’existerait-il point une atmosphère morale propre à ranimer la vie de l’âme ?..."

Jonathan, dont la vertu de défense des principes, le dispute à sa volonté d'action, eût largement mérité aussi les éloges du brave baron !

V. Jabeau a dit…

C’est un peu dommage de voir la société israélienne par le prisme de la société française. Un des avantages d’Israël est justement d’avoir une composante juive forte, qui lui donne une profondeur différente des réflexions parfois simplistes, basées sur la dictature de l’émotion, qui caractérise la France. Qui est pour la guerre et la pauvreté ? Mais ce n’est peut-être pas en répétant la même litanie creuse qu’on les éradiquera. Vous avez sûrement les moyens d’avoir une pensée plus vigoureuse.

Jonathan a dit…

Jonathan remercie ses deux commentateurs, qui le conduisent à un souvenir et à une question.
- la formule d'Anatole France, selon laquelle, ''les fils croient à la vertu de leur mère. Les filles aussi, mais moins''
-d'où viennent cette superposition de la France et d'Israël, et cette addition de la pauvreté et la guerre ?