LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

mardi 2 juin 2020

Moins de chants et de danses en Cisjordanie



MOINS DE CHANTS ET DE DANSES EN CISJORDANIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Jeunes des collines

          L’élection de Donald Trump avait été accueillie en Cisjordanie avec ferveur et beaucoup d’optimisme car Barack Obama avait laissé de mauvais souvenirs à l’ultradroite religieuse. Pour les habitants des implantations, le cauchemar leur semblait terminé après toutes les promesses du candidat républicain pendant la campagne électorale. Il avait décidé de «reconsidérer le caractère illégal de la colonisation israélienne en Cisjordanie, adopté depuis 1978 par le Département d’État». Mike Pompeo avait affiché, le 18 novembre 2019, la volte-face historique de son pays : «Les États-Unis sont parvenus à la conclusion que la création de localités civiles israéliennes en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au Droit international». On avait donc dansé et chanté dans toutes les implantations pour fêter l'élection du véritable allié.


Conseil de Yesha

            Aujourd’hui, on déchante dans ces mêmes implantations pétries d’idéologie messianique car la déception est sévère. Certes Trump n’a pas changé d’avis mais au fur et à mesure que l’on découvre les détails de son «plan du siècle», les pendules sont remises à l’heure. En effet l’imposition de la souveraineté israélienne sur un tiers de la Cisjordanie, voire son annexion, est conditionnée par la création d’un État palestinien. Certaines implantations deviendront des enclaves bordées autour de village palestiniens.
            Des cartographes américains et israéliens préparent les délimitations du plan d’annexion qui sera présenté au gouvernement le 1er juillet 2020. Benny Gantz, selon les accords de coalition signés, ne peut pas s’opposer à ce projet ; à la rigueur il pourra l’amender sur quelques points avec l’accord du Likoud. Mais au fur et à mesure que les dirigeants de Yesha (acronyme hébreu pour Judée, Samarie et Gaza), présents à Washington pour fêter l’évènement de sa publication, plongent dans les détails du plan, ils découvrent qu’ils ont été grugés d’une certaine manière.
            Ils avaient mal anticipé le texte car pour eux, l’annexion était conditionnée à des négociations de paix avec les Palestiniens et non à la création concomitante d’un État. Ils étaient persuadés que le tant entendu «accord du siècle» de Donald Trump donnerait au gouvernement israélien tout ce qu’il voulait. Ils prévoyaient d’annexer de vastes étendues de la Cisjordanie, y compris toutes les implantations juives illégales. Les Palestiniens se verraient accorder une autonomie limitée dans une série d’enclaves largement urbaines entourées par les frontières élargies d’Israël. Israël contrôlerait toujours les frontières palestiniennes, l’immigration, la sécurité, l’espace aérien, les aquifères et le spectre électromagnétique. Ils pensaient pouvoir faire trainer des négociations avec les Palestiniens donc tous les espoirs de blocage étaient permis. Cela fait des dizaines d’années que l’on négocie dans le vide.
Yochai Damari

            Mais la déception fut grande à la lecture des détails du projet. Le chef du Conseil régional du mont Hébron, Yochai Damari habitant d’Otniel et son collègue du Goush Etzion, Shlomo Ne'eman, qui habite Karmei Tsur, ont découvert que le plan de Trump mettait leurs habitations dans des enclaves isolées. Pour eux «Il est inconcevable que les colonies juives dans lesquelles vivent des citoyens israéliens soient reliées à leur État par une étroite bande de route de dix mètres de large, avec le territoire d'un État palestinien de chaque côté. Cela ne se produira tout simplement pas».


Shlomo Ne'eman

            La situation est donc bloquée et l’on ne voit pas comment Netanyahou pourra la résoudre d’autant que la parti Yamina, dans l’opposition, est devenu le porte-parole de Yesha en usant de surenchère. Naftali Bennett et Ayelet Shaked n’avaient justement pas été incorporés à la coalition pour éviter les pressions internes au sein du gouvernement.
            Alors paradoxalement, les dirigeants de Yesha ont décidé de renoncer tout simplement à l’annexion pour maintenir le statu quo d’implantations sous juridiction militaire. Pour eux : «Le plan est positif en ce qu'il supprime l'idée de transfert de Juifs ou d'Arabes pour parvenir à la paix tout en imposant la souveraineté» mais par principe idéologique, ils sont contre toute présence d’un État palestinien à leurs côtés.
            Un autre aspect du plan Trump leur avait échappé. Le projet prévoit que pendant les négociations, Israël doit geler toutes les constructions en dehors des implantations jusqu’à la fixation définitive des frontières. Or la croissance naturelle de la population exige l’agrandissement de certaines implantations si elles ne veulent pas voir leurs militants s’installer ailleurs. 
Implantation de Naale en Samarie
            L’impasse est totale car personne ne peut et ne veut définir de solution de rechange. L’ultradroite a toujours privilégié un État binational, de la mer à la Jordanie, avec un flou sur leur statut sous juridiction israélienne. Aujourd’hui Israël est peuplé de 9.136.000 âmes dont 1.916.000 Arabes. En comptant les 2.800.000 Arabes de Cisjordanie, l’État binational comportera donc 7.220.000 Juifs et 4.716.000 Arabes. Cela suffit à modifier la nature juive d’Israël. Par ailleurs il est fort probable que les minoritaires arabes, même avec des droits, resteront toujours sous le statut de sous-citoyens suspects de complicité avec les terroristes. Mais encore faut-il que les Palestiniens acceptent de renoncer à leur rêve d’un État à eux, pour une situation en régression par rapport à celle de l’Autorité palestinienne. Mais les habitants des implantations comptent sur l’activisme des Évangélistes qui soutiennent à fond la politique de Donald Trump et qui imposeront l’idéologie d’extrême-droite de Yesha.


1 commentaire:

Yaakov NEEMAN a dit…

Toutes les réticences à intégrer la Judée et la Samarie à l'espace national d'Israël ne datent pas d'aujourd'hui. Elles remontent à l'époque biblique. Regardez ce que dit Josué, le successeur de Moïse, à son peuple (Josué, chapitre 18, verset 3) : "Combien de temps encore négligerez-vous de prendre possession du pays que vous a donné l'Eternel, le Dieu de vos pères ?" Une citation qui interpelle l'ADN !