Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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lundi 18 mai 2020

Le Likoud offre un spectacle désolant


LE LIKOUD OFFRE UN SPECTACLE DÉSOLANT

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          Le parti Bleu-Blanc de Benny Gantz a publié dans les délais, le jeudi 14 mai, la liste complète de ses ministres et présidents de commissions. En revanche le Likoud, le parti de Netanyahou, offre au monde un spectacle désolant. La population assiste à une comédie d’amateurs, comique si la situation du pays n’était pas grave face aux crises économique et sanitaire. Les dirigeants ne sont pas capables de respecter des délais et de présenter un nouveau gouvernement à temps. Bien sûr, les Israéliens attendent depuis un an, ils peuvent encore attendre quelques jours de plus. 



          Cela aurait été justifié si les marchandages ne se faisaient pas en public, par presse interposée, chacun avançant son pion pour voir la réaction de l’adversaire. Le chantage permanent est devenu une méthode de dialogue inter partis. Quand il ne s’agit pas d’un mini parti de trois microstructures, totalisant à peine 6 députés sur 120, non indispensable à la coalition gouvernementale, qui impose ses souhaits, c’est la rébellion au sein du Likoud qui freine le calendrier. Les langues se délient et la contestation s’affirme au grand jour.
Les ministres de Gantz

            Ce retard, imputé au Likoud, démontre deux faits nouveaux fondamentaux. D’abord Netanyahou ne tient plus ses troupes. Il n’arrive pas à imposer ses vues sans générer un débat ouvert. Le chef ne décide plus ; il doit composer avec sa minorité. Par ailleurs il s’affirme comme un roi à présent nu. Sa parole est mise en doute. Ses engagements politiques sont contestés. Trois scrutins législatifs aux résultats négatifs, puisqu’il n’a pas réussi à obtenir une majorité viable, ont affaibli sa position au sein de sa formation qui le considère à présent comme fragile, comme un leader avec un genou à terre, un leader qu'on peut remplacer. La contestation s’exprime ouvertement avec les refus de postes ministériels. Chacun y va de ses doléances allant jusqu’à remettre en cause la décision de constituer un gouvernement d’union. Le Likoud estime que de nombreux secteurs politiques lui ont été enlevés de sa gouvernance.
Gideon Saar

            Le challenger et opposant de toujours, Gideon Saar, se permet à présent de donner des conseils au premier ministre à travers les médias pour le presser de renouer avec sa droite extrême Yamina. Le chef n’est plus chef, il donne l’impression d’être en sursis, d’être contesté avant d’être un jour poussé vers la sortie. Les militants choisissent et exigent leurs ministères, sans tenir compte de l’avis du Lider Maximo.  Nombreux parmi eux n’apprécient pas la décision d’un gouvernement d’unité parce qu’ils se sentent lésés au point de «conseiller» à Netanyahou d’y renoncer. L’intérêt de l’Etat est secondaire pour eux. Ils souhaitent un quatrième scrutin en étant certains qu’ils pourraient obtenir une majorité sans l’apport de Gantz.
            On ignore les motivations qui poussent le premier ministre à être aussi sensible aux chantages de l’extrême-droite ? Pourtant Netanyahou est en position de force face à Gantz avec 52 députes contre 17, ou 58 en incluant Yamina. Et pourtant, il semble aux abois. Les hypothèses sont nombreuses. La proximité de son procès lui enlève toute assurance, la peur d’une sanction le désarme, la crainte d’être abandonné par son camp en rase campagne lui fait craindre le pire. Où est le Netanyahou qui imposait, qui tranchait, qui éliminait toute contestation, qui brisait des carrières parce qu’une tête dépassait ? Une nouvelle donne s’impose aujourd’hui.
            On peut citer dans les problèmes nouveaux la difficulté sérieuse de Donald Trump qui, à cause de la crise du coronavirus, est dépassé dans les sondages par Joe Biden. Netanyahou risque de perdre un allié de poids car toute sa politique est fondée sur ses rapports avec le président américain. Par ailleurs, tout a l’air de mal tourner : la crise économique et la crise sanitaire, le chômage, la faillite des petites entreprises, les difficultés des grands groupes. Tout s’écroule autour de lui tandis que les jeunes en veulent à sa place. Il a réussi à exiler un concurrent sérieux en la personne du jeune Guilad Erdan, mais d’autres lèvent la tête à présent. Bien sûr la situation est identique dans le monde entier mais les Israéliens sont exigeants.
Avi Dichter

            La contestation au sein du Likoud s'amplifie. Les militants historiques s’élèvent contre leur élimination. Le député Avi Dichter a fait remarquer que «Netanyahou a provoqué un tremblement de terre de magnitude 8  sur l'échelle de Richter». Il estime en effet que les résultats des primaires internes ne sont pas respectés puisque des députés arrivés loin derrière lui, bien après sa position 10, ont été récompensés d’un ministère. Le premier ministre ne l’a même pas rencontré pour lui annoncer la mauvaise nouvelle : «Un tel manque de respect n'est pas seulement pour moi, mais un crachat sur les visages de 130.000 membres du Likoud qui m'ont choisi dans le top dix du parti. Avec le départ vers la présidence de la Knesset de Yariv Levin et la nomination de Gilad Erdan pour New York, je suis donc huitième».

Tzahi Hanegbi

            Le ministre Tzahi Hanegbi a également menacé de boycotter le gouvernement : «Pour l'instant, quelques minutes avant la présentation du gouvernement, je n'ai pas encore été invité à un entretien sur le nouveau gouvernement. Je suppose que la Knesset n’a pas besoin de moi ! J'ai servi dans les gouvernements du Likoud pendant 12 ans et dirigé avec succès huit ministères. Pendant sept ans, j'ai été au Cabinet de sécurité pour les décisions politiques sensibles. Je crois que ma riche expérience peut contribuer grandement au succès du nouveau gouvernement dans un rôle de haut niveau, si l’on tient compte des élections internes».
            Il est vrai que Netanyahou ne peut pas tout et que «son parti dispose en abondance de membres qualifiés de la Knesset méritant des postes ministériels». Mais certains sont mécontents d’avoir été oubliés ; d’autres ne trouvent pas le poste proposé à la hauteur de leur compétence et de leur ancienneté.

            Par ailleurs on comprend mieux l’acharnement de Netanyahou contre Yamina car les langues se délient. On a appris que Naftali Bennett avait abandonné la coalition de droite, en ne recommandant pas Netanyahou, parce qu’il avait approché Gantz en lui proposant de le rejoindre dans le cadre d’un gouvernement minoritaire. C’est ce qui a poussé le Premier ministre à s’engager en urgence avec Benny Gantz de crainte d’être mis hors-jeu.
OK! Allons-y

            Tous ces problèmes justifient le report de la présentation du gouvernement à la Knesset. Netanyahou aura le week-end pour résoudre la quadrature du cercle. Cela ne lui sera pas facile. Ou cela passe, ou cela casse. Il devra faire face, non pas à l'opposition mais à une levée de boucliers au sein même de son parti. La situation lui sera difficile et elle ne pourra être tranchée que par des élections internes au Likoud suivies par des élections législatives. C'est pourquoi Benny Gantz a repris la direction de la Knesset pour le cas où ! Israël n’a vraiment pas besoin de cette péripétie qui prouve que les militants roulent pour eux et pas pour le pays. D’autres pays auraient déjà fait la révolution mais Israël, bon élève démocratique, ne mange pas de ce pain-là.  

1 commentaire:

M.M a dit…


Les, gens du Likoud n’ont plus rien à perdre. Leur avenir est bouché et ils se mettent en ordre de bataille. Bibi va probablement s’en sortir mais il a du plomb dans l’aile.