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samedi 9 mai 2020

Le coronavirus affecte l'ordre mondial


LE CORONAVIRUS AFFECTE L’ORDRE MONDIAL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Grippe espagnole

          Dans les débats actuels les commentateurs ont tendance à faire un parallèle entre le coronavirus et d’autres pandémies. La peste noire, qui avait sévi au Moyen Âge, au milieu du XIVème siècle, avait touché l’Europe, l’Asie et l'Afrique du Nord. Elle avait tué de 30 à 50% des Européens en cinq ans (1347-1352) faisant environ 25 millions de victimes. Ses conséquences sur la civilisation européenne ont été sévères et longues car ce qui restait de l'Empire byzantin, déjà moribond depuis la fin du XIème siècle, tomba face aux Ottomans en 1453.



Les Turcs à Idlib

            La pandémie de la «grippe espagnole» s’était répandue de 1918 à 1919. L’absence d’antibiotiques à l’époque avait aggravé les effets secondaires. Elle fit de 20 à 50 millions de morts selon l'Institut Pasteur : Inde (18,5 millions de morts), Chine (4 à 9,5 millions), Europe (2,3 millions de morts) et les États-Unis (entre 500.000 et 675.000 morts). Il n’y a donc aucune commune mesure avec le coronavirus qui n'a fait pour l'instant, dans le monde, que 246.000 morts. Le décès en majorité des gens âgés et des grands-parents représente une perte inestimable de la mémoire de nombreuses familles. 
            Les conséquences du coronavirus sont différentes, plus politiques, car il affecte l’équilibre régional et mondial dans un ordre international déjà en mutation. Ce que les guerres n’ont pas pu réussi à imposer, le virus a tranché. La Russie a freiné l’ambition de la Turquie d’imposer sa loi à Idlib et d’influer sur l’insurrection syrienne. L'Arabie a opté pour un cessez-le-feu au Yémen. 

        Le prince héritier saoudien MBS, Mohammed ben Salmane, en a profité pour accroître sa répression contre des membres de la famille royale, accusés de trahison, et les fonctionnaires du royaume. Il s’agit pour lui d’empêcher tout coup d’État afin de mieux organiser son ascension au trône. Malgré la diminution de la consommation mondiale, il a lancé sa propre guerre du pétrole consistant à augmenter sa production vendue à prix compétitif afin de tailler dans les parts de marché de la Russie et de l’Iran, quitte à entraîner la faillite des producteurs américains de schiste. Les cours du pétrole se sont aussitôt effondrés et certaines transactions se sont effectuées à prix négatif à savoir que l’acheteur paie deux fois non seulement le pétrole commandé mais aussi pour qu’on l’en débarrasse car il n’a plus de capacité de stockage.
            De son côté, le premier ministre Benjamin Netanyahou a trouvé l’excuse du  coronavirus pour fermer les tribunaux, pour obtenir le décalage de son procès au 24 mai et pour convaincre Benny Gantz de le rejoindre dans un gouvernement d’urgence nationale. L’éventualité accrue d’une annexion des implantations de Cisjordanie trouve ainsi une opportunité au moment où les regards des Occidentaux se portent ailleurs.
            Le Hamas, qui craint pour sa population, est amené à accepter la négociation et à envisager un échange de prisonniers dans des conditions moins intransigeantes. Les besoins de ses hôpitaux priment sur sa politique anti-israélienne. Les actions terroristes seront réduites à leur plus simple expression permettant ainsi de trouver rapidement une solution politique.
Erdogan et Rohani

            Alors que les sanctions américaines avaient un effet relatif sur les Iraniens parce qu’ils arrivaient à les contourner grâce à certaines complicités internationales, le coronavirus a véritablement mis à plat une économie déjà chancelante.  Le président iranien Hassan Rohani a exhorté le Fonds monétaire international (FMI) à octroyer à son pays, parmi les plus touchés par le coronavirus, un prêt urgent de cinq milliards de dollars pour lutter contre la pandémie. Mais malgré ces expédients, cette crise économique a affaibli un régime en pleine crise interne. L’Iran devra repenser son programme nucléaire qui dilapide des milliards de dollars.

            Bien que la Russie ne soit pas encore touchée par la pandémie, Vladimir Poutine a décidé de changer les règles constitutionnelles pour rester au pouvoir jusqu’en 2036. Les Russes ont masqué les caprices de leur chef par l’urgence de la pandémie qui est loin cependant d’atteindre des sommets. Par mimétisme, Viktor Orban s'attribue les pleins pouvoirs en Hongrie sous couvert d'épidémie.
            La Chine, d’où est venu le virus, a été fortement touchée par le coronavirus mais elle est parvenue à le circonscrire en attendant de l’éradiquer définitivement. On ignore véritablement le nombre de victimes dans un pays fermé, doté de médias contrôlés et verrouillés, mais les nouvelles qui arrivent à nous parvenir donnent à penser que le gouvernement chinois a gagné une grande partie de la guerre contre le virus, en à peine deux mois. Il est vrai que dans cette dictature la population a intérêt à marcher droit. 
       Mais l’économie chinoise a subi un choc dont elle se relèvera certes mais en devant panser quelques plaies sérieuses. La Chine superstar économique, le coffre-fort des devises mondiales, devra réévaluer sa situation en mettant la main à la poche pour soutenir l’économie de certains de ses clients en difficulté.
            Les bourses dans tous les pays se sont effondrées. Depuis janvier 2020, le CAC-40 français a subi une chute brutale de près de 20% et le Dow Jones américain 18%. Cela décourage certes les investisseurs mais les appétits des prédateurs économiques à la recherche de bonnes occasions seront à leur paroxysme. Même les États les plus libéraux seront contraints de se protéger pour ne pas voir leurs fleurons industriels tomber entre des mains étrangères parce que le cours des actions permet toutes les aventures. On sait déjà que la Réserve fédérale va déverser des milliards de dollars dans le système. Il en est de même des banques européennes qui devront participer au plan de sauvetage de leurs industries nationales.   
Bolsonaro Brésil

            Les pays à management populiste, à l’instar du Brésil, de la Grande-Bretagne et même des États-Unis, incrédules sur les effets réels du coronavirus, vont payer le prix de leur inconséquence qui a entraîné des milliers de morts parmi les personnes âgées. Les précédentes pandémies meurtrières avaient surtout décimé des jeunes et les actifs avec pour conséquence une forte diminution de la main-d’œuvre et donc, par voie de conséquence, l’augmentation de son coût. La hausse des salaires s'était alors accompagnée d'une forte hausse du coût de la vie, pendant que le travail, qui s'amoncelait, n'avançait pas. Mais en étant cynique, le coronavirus va permettre d’équilibrer les caisses de retraites.

            Donald Trump est lui aussi touché par la crise économique, pour ne pas dire par l’effondrement de son système financier. Alors que son élection était acquise, il doute à présent car de nombreux sondages placent son challenger, Joe Biden, avant lui. Le chômage qui avait été vaincu est reparti en forte hausse, le privant d’un argument qui avait fait sa victoire. Le nombre de morts par coronavirus atteint des sommets dramatiques. La population ne lui pardonne pas d’avoir pris le risque d’épidémie à la légère et de n’avoir pas pris les mesures rapides en temps opportun. Le système médical, qui pénalise les pauvres, est à l’origine de mauvais soins donc de morts qui auraient pu être évités. Il existe donc une probabilité qu’il soit remplacé par le démocrate Joe Biden qui devra éviter de commettre les mêmes erreurs de 2016 qui ont ouvert la voie aux Républicains.   

            L’économie mondiale connaît une grande tempête par suite de la rupture des chaines d’approvisionnement en Chine qui a accueilli toutes les entreprises délocalisées d’Europe et des États-Unis. L’Europe se trouve démunie. L’effondrement des économies mondiales entraînera certainement une baisse de la croissance chinoise et un délai certain pour sa reprise. La crise financière de 2008 n’est d’aucune commune mesure avec celle du coronavirus. Les grandes nations devront réviser leurs stratégies économiques, voire renoncer à certains tabous économiques et politiques.
            Mais elles continueront à agir sans pitié en laissant sur le chemin les pays les plus fragiles et les plus pauvres. L’Europe risque de sauter d’un pacte de stabilité à un autre. Les tabous des politiques ultra libérales, cause des grandes inégalités, et les coupes budgétaires dans les services publics, en particulier les hôpitaux, seront remisés dans les tiroirs de l’Histoire. La volonté de faire des économies au profit des dividendes des grands groupes internationaux deviendra une notion périmée. L’autre tabou du refus de nationalisation sera écarté car il faudra sauver des pans entiers d’une industrie en lambeaux. Les États sortiront leurs chéquiers pour multiplier les aides indispensables aux entreprises pourvoyeuses d’emplois. Une sorte de nouveau socialisme à la mode coronavirus.
            Des mois seront nécessaires pour sortir de cette grande crise économique et sanitaire. Le monde ne sera plus pareil et la mondialisation développera de nouvelles stratégies moins agressives. L’ordre mondial sera affecté durablement. Israël sera forcément affecté ce qui devra être rapidement réglé par un nouveau gouvernement. 

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