Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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dimanche 10 mai 2020

Annexion et apartheid : de quoi s'agit-il au juste par Michèle MAZEL



ANNEXION ET APARTHEID : DE QUOI S’AGIT-IL AU JUSTE

La chronique de Michèle MAZEL


           
Har Homa près de Jérusalem
          On s’agite beaucoup ces jours-ci sur l’éventualité d’une annexion par Israël d’une partie des territoires situés à l’ouest du Jourdain, conformément aux grandes lignes du fameux deal du siècle de Donald Trump.  Pour Israël il s’agit de la Judée Samarie, Ceux qui s’opposent au projet préfèrent parler de Cisjordanie. Selon   Wikipédia «Ce terme Cisjordanie a été utilisé entre 1948 et 1967, après son annexion par le royaume de transjordanie, devenu ainsi le royaume de Jordanie». A priori donc, ces territoires, annexés une première fois par le royaume de Transjordanie seraient donc en danger d’être à nouveau annexés, cette fois par l’Etat juif.



            Mais au fait, à qui appartenaient-ils donc à l’origine ? Sans remonter à l’époque biblique, ce qui donnerait un avantage inacceptable à l’État juif, l’histoire nous apprend qu’ils faisaient partie de l’empire ottoman jusqu’â la défaite de cet empire en 1917. Les grands vainqueurs – la Grande Bretagne et la France – s’en sont partagé les dépouilles. La France s’attribuait la Syrie, vaste territoire qui comprenait le Liban actuel, l’Angleterre la Palestine et l’Irak.  On n’a pas demandé aux peuples concernés leur avis.
            Les accords de San Remo en 1920 entérinèrent la déclaration Balfour ; toutefois la Grande- Bretagne s’empressa d’amputer les quatre-cinquièmes de la Palestine dont elle avait reçu le mandat pour en faire cadeau à l’émir Abdallah, fils de son vieil allié, Hussein, Shérif de la Mecque. Personne n’avait évoqué la création d’un État arabe et on ne parlait pas encore de Palestiniens pour désigner autre chose que les Juifs de Palestine. En 1947, l’ONU adopta enfin un plan de partage entre un État juif et un État arabe – encore une fois personne ne parlait d’État palestinien. A noter que le texte parlait encore de Judée-Samarie pour désigner le territoire qui devait revenir à l’État arabe.
San Remo

            Les Juifs acceptèrent le plan ; les Arabes le rejetèrent. Au lendemain de la déclaration d’indépendance d’Israël, les armées de cinq pays arabes l’envahirent pour le détruire. Sans succès. L’émir Abdallah saisit tout de même l’occasion pour s’emparer des territoires qui devaient revenir au futur État arabe : la Cisjordanie ainsi que Jérusalem-Est. Une annexion reconnue seulement par l’Angleterre et le Pakistan. Dans la foulée, il changea le nom de son royaume de Transjordanie en Jordanie.  De cette date à 1967, aucune voix ne s’est levée en Occident ou au Moyen-Orient, et encore moins à l’ONU, pour réclamer la création d’un État arabe sur les terres qui lui étaient destinées.  
            C’est de la vieille histoire, me direz-vous. Aujourd’hui la Cisjordanie fait partie de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo de 1993. Ce n’est pourtant pas tout à fait exact. Il y était stipulé notamment que : «Le Conseil, qui sera élu, aura le pouvoir sur toute la bande de Gaza et sur la Cisjordanie sauf en ce qui concerne les colonies juives, les emplacements militaires, les Israéliens et Jérusalem.  Au bout de trois ans au plus tard, commenceront les négociations sur le statut final où seront abordées les questions des réfugiés palestiniens, de Jérusalem,  des implantations israéliennes, des frontières définitives et les problèmes de sécurité d'Israël».

            On le sait, près de trente ans se sont écoulés et les Palestiniens ont refusé les unes après les autres toutes les propositions d’Israël sans jamais en présenter une.  Quant aux territoires de Cisjordanie, qu’Israël se propose d’annexer, il s’agit justement d’implantations peuplées de citoyens israéliens lesquels voudraient y voir appliquer le droit israélien, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
            Oui mais l’apartheid, direz-vous ? Voyons. D’un côté du mur de séparation vivent les Arabes israéliens bénéficiant des mêmes droits que les Juifs ; ils viennent récemment d’envoyer 15 députés à la Knesset. De l’autre côté, aucun Juif n’est admis dans les territoires palestiniens !

12 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

C'est avec une joie non dissimulée que je découvre que Dame Mazel est d'accord pour accorder la nationalité pleine et entière aux Palestiniens de la vallée du Jourdain :D On aurait aime' lire le même raisonnement pour tous ceux qui vivent sous occupation y compris a' Jérusalem, notre capital réunifiée pour l'éternité

Michael BOUTBOUL a dit…

Sauf votre respect, Madame Mazel, vous semblez vouloir une réciprocité !

Vous voyez des Juifs s'installer à Ramallah ou à Naplouse ??

Mivy a dit…

Je les vous aussi bien que des arabes s'installer à Beith Shemesh où à Ashdod.
Le pirke aboth dit que le méchant proclame que ce qui est à lui est à lui, et ce qui est à l'autre est à lui.
I
Des juges israeliens reconnaissent le droit de propriété de juifs de Hébron expulsés en 1929 ou de Jérusalem ayant fuit en 1948. Mais ils hurleraient si le même juge rendait aux descendants des bourgeois arabes les superbes maison de Jérusalem ouest.

Germax a dit…

Je ne comprends rien à E. Garreault qui mélange les notions de souveraineté territoriale et de nationalité. Quant à l'occupation à Jérusalem, je la vois bien Rue Hagai dans l'actuel quartier dit musulman où, jusqu'aux troubles fomentés par le Mufti et ses sbires en fin des années 20, ont habitées des familles juives ? A Siloë, crée à la fin du XIXè s. par des juifs yéménites ? A Sheik Jarrah où il a fallu plus de 20 ans de procédures à une famille juive pour récupérer son bien ? Nombreux sont les exemples de ce type.
Je ne comprends pas plus Mivy à propos des maisons, de Talbyeh et Katamon je suppose. C'est parce que les propriétaires arabes ne sont pas rentrés après 1948 ou ne se sont pas manifestés que l'Etat a récupéré ces biens sur la base de la loi de 1953.

Harry NUSSBAUM a dit…

Michèle Maazel, vous me décevez ! A quoi sert cette argumentation historico-juridique si ce n'est à camoufler la réalité ? Il ne s'agit pas d'annexer ou non des TERRITOIRES, mais d'annexer ou non des POPULATIONS. Ces populations ne deviendront jamais des citoyens loyaux d'Israël. Annexer, c'est soit mettre le ver dans le fruit qu'est Israël, soit créer une forme moderne de dhimmitude qui serait la ruine morale d'Israël.
Si nous voulons préserver la notion d'état juif et l'âme du judaïsme, il faut laisser les palestiniens à l'extérieur de nos frontières et leur laisser la possibilité de disposer d'eux-mêmes à leur guise.

Anonyme a dit…

A Siloë ce sont des juifs ayant la nationalité britannique qui y habitaient. Ils étaient d'Aden (colonie britannique) qui maintenant fait parti du Yemen

Yaakov NEEMAN a dit…

Au centre du problème, il y a la question du statut civil des populations non-juives qui vont se trouver intégrées de facto dans l'Etat d'Israël. Comme Israël est une démocratie, ces populations vont (ou devraient) avoir des droits égaux à ceux des citoyens israéliens, ce modifiera l'équilibre sociologique du pays, et son orientation, voire être suicidaire à long terme. La solution serait d'approfondir le concept de statut tel que défini dans la loi juive talmudique, qui est notre héritage spirituel et immémorial. Elle prévoit qu'à côté de citoyens juifs peuvent vivre des guer toshav, des "étrangers résidents", qui sans avoir les mêmes droits, s'engagent à respecter les lois noahides. Naturellement, on ne manquera pas de faire remarquer l'incongruité, de nos jours, d'un tel retour à un statut remontant à notre antiquité. Or il ne s'agit pas d'une nouvelle dhimmitude. Si l'ambition d'Israël est de devenir un Etat authentiquement juif, alors il faut réactualiser cette discussion, et reconnaître que la coexistence de deux statuts civils dans un Etat juif n'est en rien semblable à un nouvel apartheid. Faire accepter cela par la communauté internationale ne sera pas facile. Et pourtant elle tolère bien qu'en Arabie saoudite les non-musulmans jouissent d'un statut différent. A vous de jouer, messieurs (et mesdames) les diplomates.

MG a dit…

Mais non, c'étaient des indigènes dans l'Empire britannique. La Couronne n'accordait la nationalité qu'à de rares sujets en contact avec les administrateurs : traducteurs, collaborateurs, grands commerçants...
Le reste était des natives (indigènes).
Jusqu'à aujourd'hui, Londres distingue la nationalité et la citoyenneté britannique pour les sujets ou anciens sujets de l'Empire.
Beaucoup d'autres communautés religieuses de l'Empire ottoman étaient protégés par la France,l'Autriche, l'Italie sans vraiment avoir la nationalité.
Cette notion prendra forme essentiellement après la Première guerre mondiale ; elle est très floue auparavant.

A a dit…

Merci à l'auteure de cette clarification historique qu'on ne peut trouver nulle part alleurs dans notre presse.
Grace à cette analyse nous pouvons mieux comprendre ce qui se passe et les enjeux pour les populations

Dr Michel CALVO a dit…


Comme je le propose dans mon livre en anglais Le Moyen Orient et la 3eme Guerre Mondiale - Pourquoi il n'y a pas de paix ? (voir analyse de M. Guy Millière dans Dreuz):

http://themiddleeastandworldwar3.com/conflit-proche-orient/

Les Arabes de Judée Samarie pourraient avoir les même droits civils que les juifs - Israéliens. Cela est conforme à la déclaration Balfour et les autres accords internationaux qui ont confirmé le contenu de la déclaration Balfour.
Mais pour ce qui est de leurs droits politiques, s'il en veulent, ils pourront continuer à voter dans le cadre des accords d'autonomie instituant l'Autorité Palestinienne.
Ils pourront continuer à voter pour Abbas...

ixiane a dit…

A qui appartient ce territoire !! Il a appartenu , depuis quelques millénaires au Peuple Hébreux , et sa véritable Histoire commence avec ABRAHAM et sa femme SARAH puis leur Fils ISAACH !!! Dès lors , ce Peuple a été envahi , massacré , exilé par différents envahisseurs qui ont détruit leur Pays ( on ne va pas tous les énumérer ! ) . le dernier en date sont les Ottomans très amis avec les "Allemands " ( les casques à pointe ) qui ont été vaincu par les alliés d'Occident !!!
A partir de là le MOYEN ORIENT et PO a été divisé en PAYS car les guerres incessantes entre tribus étaient une catastrophe !!!
Les Ottomans sont partis et le TRAITE de SAN REMO signé par les vainqueurs et les vaincus a rendu UN QUART de la Palestine ANTIQUE JUIVE au Peuple JUIF !!! Mais les arabes croyaient que tout leur appartenait , ils n'ont jamais compris que les juifs ont vécu là depuis 3000 ans au moins !!!
CE TRAITE est le seul valable car signé entre les belligérants !! Toutes les résolutions faites depuis lors n'ont aucune valeur , elles ne sont pas contraignantes car hors la loi !!!
Et la JORDANIE qui a annexé LA JUDEE SAMARIE en la nommant " Cisjordanie " n'a jamais été reconnue par l' ONU !! De ce fait elle est redevenue JUDEE SAMARIE , mais les occidentaux antisémites dans le sang n'ont jamais accepté ce fait !!!

ixiane a dit…

@ Michel CALVO : Très juste : le TRAITE de SAN REMO disait que Cette TERRE appartient au Peuple juif mais les résidents non juifs auront les mêmes Droits et Devoirs que les juifs sauf le vote National !! ils sont palestiniens orientaux ( les habitants de Jordanie qui ont eu 75% de la Palestine Antique )
Mais à force de guérillas , ils sont arrivés à avoir une autorité à eux , où ils voteront !! Mais ils en veulent toujours davantage , et pressent l' ONU à trouver le maillon faible en ISRAEL qui leur cédera encore et encore des territoires jusqu'à .....
Pourtant le TRAITE était clair : article 80 : il n'y aura jamais un autre ETAT dans l' ETAT du PEUPLE JUIF !!!!