Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mercredi 1 avril 2020

Les partisans de Gantz se sentent cocus par Claude MEILLET



LES PARTISANS DE GANTZ SE SENTENT COCUS

La chronique d'humeur de Claude MEILLET


            

        Devant la vigueur de l’interpellation, Jonathan choisit l’anticipation. Arguant de la force et de la soudaineté de l’événement. Évoquant le désespoir exprimé dans son appel par un des membres réguliers de leur cercle. Il proposa une réunion vidéo extraordinaire, immédiate, chacun disposant du temps libre obligé. Dérogeant au principe de ne pas aborder directement les sujets politiques, sous obligation de circonstances. Tous se regardèrent ainsi, via l’écran de leur ordinateur ou de leur téléphone, ce beau matin du premier jour du printemps. Tous interloqués, les visages vaguement plus graves qu’usuellement.




            Il expliqua concisément, rapidement. La volte-face brutale, inattendue, du leader politique israélien d’opposition. Chargé par le président de former un gouvernement issu d’une élection agressive, clivante. Qui, invoquant la dimension vitale de la pandémie en pleine expansion, se range sous le chef du gouvernement provisoire pour former un nouveau gouvernement d’urgence. Abandonnant par surprise ses compagnons d’opposition.
            Et sans attendre, il donna la parole au chef de chantier, cheveux en bataille, sourcils foncés sur un regard brillant, bouillant visiblement de décharger le trop plein de son indignation.
«On vient d’assister à la première capitulation d’un général de l’armée israélienne en rase campagne. Sonnant la fin d’un grand espoir de restauration en Israël d’une vie démocratique assainie. Libérée de la concussion, du décervelage, de la corruption, la subordination. De l’envahissement de la vie publique par la religion. Sortie du lit de la pratique personnelle pour, toutes vannes ouvertes par le pouvoir en place, inonder le monde politique, les piliers de la laïcité que sont l’éducation, la culture, l’armée même. Le grand espoir, soudain permis. De rêver du retour de la société israélienne à ses principes originaux».
            Le débit rapide, haché, d’une parole libérée empêchait les interruptions d’une assistance normalement moins disciplinée. «Je me sens trahi. Comme probablement plus d’un million de citoyens qui avaient confié leurs voix. Pour interrompre un règne de treize ans. De trucages, de coups, de défense de vie personnelle, aux dépends de la vie commune. Comme dans les républiques bananières. D’un roi Ubu. Que dis-je, d’une famille ubuesque… ».
            Du visage attentif, en blondeur, de la coiffeuse quadragénaire, une voix de protestation s’éleva malgré tout, profitant d’une prise de respiration : «Que tu sois choqué, je le comprends. Mais on dirait que tu ignores ce que nous savons tous ici. Le temps n’est pas à la rupture politique. Il est à l’union. De tous. Général ou pas, il l’a bien compris. Pour toi, il trahit peut-être son camp, mais au bénéfice de la défense du pays tout entier agressé. Pour moi, en vrai homme d’État responsable».  
            Avant que l’accusateur n’ait eu le temps de réagir, un nouvel intervenant se glissa dans l’interstice : «Par ailleurs, je me permets de te dire que tout le monde ne prend pas ces treize années pour des années de dictature. Avant ce sacré virus, tous les clignotants étaient au vert. L’économie, l’emploi, la sécurité, l’innovation… La Gauche, comme partout, profitait seulement des quelques failles, inévitables, pour remettre injustement en cause tous ces acquits indéniables».


            Jonathan, sentant la dérive du débat immanente, se pressa d’intervenir. Il ne s’agit pas de relancer une nouvelle édition de l’affrontement électoral. Seulement de réagir très directement à un retournement impromptu de situation qui, en lui-même, porte sa propre signification. Ce qui donna l’opportunité au chef de chantier de reprendre la main : «Effectivement. Je ne suis pas dans la rhétorique de confrontation classique. La Gauche, la Droite. Ce qui se passe se situe au-delà. Il s’agit de moralité. Chez une nation qui, justement, a grand besoin de retrouver la sienne. Il s’agit de trahison morale.  D’un homme, prétendant à la responsabilité politique de son camp. Qui prend la décision personnelle de fermer les portes ouvertes de la victoire des idées de ce camp. Il s’agit de l’exploitation par le chef de gouvernement actuel, de la portée vitale de la crise, pour déstabiliser l’adversaire politique, profiter sans doute de sa faiblesse de caractère et peut-être de conviction. Pour l’amener à reddition et consolider un pouvoir infiniment chancelant. Tout l’environnement, partage des postes, équilibre des forces, réalisme politique, alternance…, tout n’est que cataplasme sur une plaie vive. Vous ne le voyez pas, mais je sens le crachat couler sur mon visage. Je me sens, comme sans doute des millions de citoyens bernés, le cocu de l’histoire ».
            Modérateur de cette réunion virtuelle, Jonathan ouvrit le débat qui suivit par un rappel, lui aussi historique : «La guerre est une chose trop grave pour être laissée aux militaires, nous a dit Clémenceau. La vie publique est également une chose trop grave pour être laissée aux généraux comme aux professionnels de la politique».


2 commentaires:

Michael Atlas a dit…

Surtout cécer de se lamenter et de se tordre les mains. Gantz n'a pas trahi. Il s'est tout simplement mépris sur ses propres possibilités. C'est nous qui nous sommes trompés ! Le leader dont la personnalité réunit force de caractère, ruse, agressivité, en même temps que droiture existe. Il ne reste qu'à le trouver.

Marc a dit…

Et que pouvait faire d'autre Gantz?
soit gouverner appuyé par les partis arabes, et donc trahir ses promesses de campagne, soit envoyer Israël vers de nouvelles élections!
Il a été responsable!