Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

samedi 21 mars 2020

Le coronavirus et les seniors : la vérité sort du puits par Michèle MAZEL


LE CORONAVIRUS ET LES SENIORS : LA VÉRITÉ SORT DU PUITS

La chronique de Michèle MAZEL

           


          «Coronavirus : les hôpitaux se préparent à la «priorisation» de l’accès aux soins en cas de saturation des services» : ce titre accrocheur à la une du Monde du 18 mars dit enfin tout haut ce qui se murmurait depuis des semaines. Pour une fois le quotidien ne fait qu’analyser un texte remis à la Direction Générale de la santé la veille. Intitulé sobrement «Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie», il dessine en filigrane les critères qui devront guider les praticiens et propose «un arbre décisionnel pour aider les médecins non-réanimateurs à établir un pronostic et à prioriser les malades».



Bertrand Guidet

            Décidément le français est une belle langue.  Cet arbre «s’appuie sur un indicateur déjà bien connu des soignants, le « score de fragilité». «Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Quand on aura une pression énorme pour admettre des patients qui attendront à la porte, la question va se poser franchement», explique Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Saint-Antoine.  On a compris :  en cas du risque de saturation des services hospitaliers, ce ne sont pas les seniors qui seront «priorisés». Ils ne sont pourtant pas oubliés ; avec l’introduction d’une forme de sélection des patients, une question se posera inévitablement : que deviennent ceux refusés en réanimation ? Pour leur garantir «une fin digne», Bertrand Guidet appelle à mettre en place rapidement «des unités aiguës de soins palliatifs».

            Sympa. Que voulez-vous, expliquent les experts, il faut d’abord assurer la survie des forces vives de la nation ; d’ailleurs les personnes âgées, plus fragiles, ont moins de chance de s’en sortir même si elles sont soignées à temps.  Qui se hasarderait à le critiquer ? Certaines communautés primitives avaient mis en place le test dit du cocotier : en période de grande famine, on faisait monter grand-père ou grand-mère sur un cocotier, lequel était alors violemment secoué ; si l’aïeul parvenait à se maintenir, il conservait sa place dans la cellule familiale.
            Une position que la Bible rejette avec vigueur. Il faut respecter les personnes âgées, nous enjoint le Lévitique (Lev :19 ;32).  La société antique elle aussi entourait d’honneur les anciens. Autres temps, autres mœurs. Évidemment, personne ne pense à l’impact de ces savantes discussions sur le public en cause, ces personnes «fragiles» écoutant les experts les frapper d’une condamnation sans appel. Ou même sur leurs petits-enfants parfois pris de panique à l’idée de les perdre. 

          Tout de même, quel message la société envoie-t-elle justement à la jeunesse ?  Que les vieux aient fait leur temps ; qu’ils n’ont plus rien à contribuer à la société. Peu importe s’ils ont eu une vie active et productrice, s’ils ont contribué au développement de la nation et y contribuent parfois encore. Ils pensaient avoir droit, sinon à un traitement préférentiel, au moins à l’égalité devant les soins. Ne comprennent-t-ils pas que le moment est venu de laisser la place aux nouvelles générations ?

2 commentaires:

bliahphilippe a dit…

Imaginons la joie de la famille au constat qu'un jeune migrant, par définition plus "djeun" plus indiscipliné ayant refusé de se plier aux régles de confinement par bravade culturelle bénéficiera de soins préférentiels au détriment du patriarche abandonné au mourroir "de soins palliatifs aigus",lui qui a cotisé toute sa vie, pret à s'écrier "O rage O désespoir, O vieillesse ennemie, n'ai-je donc tant vécu que pour cettte infamie?"
Rappelons pour consoler la famille bien pensante la réplique du Dr Jivago au commissaire du Parti communiste sovietique l'informant de l'obligation de partager sa belle demeure avec plusieurs familles révolutionnaires :'c'est plus juste kamarade".
Certes, le premier réflexe égoiste , pire : antisociale anti humaniste résultant de l'instinct primaire du petit blanc raciste ne fait pas honneur au credo du "bien vivre ensemble".
Mais il est évident qu'en cas de crise généralisée (cf Chine et Italie) sous la contrainte ingérable -notamment par incompétence gouvernementale- du faible nombre de lits d'hopitaux en comparaison de l'afflux massif de malades, il faudra comme dans toutes les guerres faute de moyens, favoriser ceux qui ont le plus de chances de survie.
C'est triste mais il n'y'a pas matiére à s'offusquer si désagréable qu'en soit la conclusion .
Ceci pour ceux aui se sont crus bénéficiaires de la "médecine pour tous".
Pour les autres plus aisés gageons que la famille, bien informée, aura tendance à priviligier pour son privilégié des soins privés dans l'établissement approprié.
Pour paraphraser à moitié l'humouriste : "mieux vaut etre riche et malade que pauvre et malade".
Et si rien n'y fait pour éviter le stade terminal, eh bien rappelons les propos de la cynique Francoise Sagan :"il vaut mieux pleurer dans sa Jaguar que dans une Renault."

Marianne ARNAUD a dit…

Madame,

La question qui n'aura sans doute pas de réponse, sera de savoir si, à nos élites politiques et médiatiques - dont beaucoup ont largement dépassé l'âge canonique - on demandera aussi "de laisser la place aux nouvelles générations" à l'hôpital ? Personnellement j'en doute !
Mais nous devrions tous être rassurés, car grâce à ces mesures de confinement qui permettent aux employés de maison de toucher 80% de leur salaire s'ils ne se rendent pas sur leur lieu de travail, il y a gros à parier que bien des personnes âgées isolées seront mortes de faim avant d'être atteintes par le coronavirus.

Bien à vous.