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mardi 18 février 2020

Mahmoud Abbas, Ehud Olmert et Israël


MAHMOUD ABBAS, EHUD OLMERT ET ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          Nelson Mandela avait déclaré justement : «Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé». C’est sur ce principe que l’ancien premier ministre Ehud Olmert a rencontré Mahmoud Abbas le 11 février. Olmert était à New York sur l'invitation du lobby de J Street, qui promeut la solution à deux États. En fait, le président de l’Autorité est plutôt un adversaire politique plutôt qu’un ennemi puisque des liens formels existent avec l’État d’Israël. En conséquence la démarche d’Ehud Olmert ne peut pas être considérée comme une trahison mais comme une initiative déplacée; il a mis en application la thèse de Mandela.


Olmert en prison

            Certes Olmert a démissionné de son plein gré pour se présenter face à ses juges ; il a été condamné à huit mois de prison pour avoir accepté des pots-de-vin et pour entrave à la justice pendant ses mandats de maire de Jérusalem et de ministre du Commerce. Mais il ne peut pas être condamné à une double peine consistant à l’éliminer définitivement de la vie politique. Il a le droit de revenir sur la scène politique comme d'ailleurs Arie Dehry qui a retrouvé son poste de ministre après être sorti de prison.
            Mais la sanction pénale reste une tâche qui rend difficile sa carrière de diplomate alors qu’il dit vouloir aider à promouvoir un État palestinien en utilisant le plan de Trump. Cette réunion a été critiquée en Israël par ceux qui ne voulaient pas qu'il donne un coup de pouce au président de l’Autorité pour contester «l'accord du siècle».
            Olmert a pourtant précisé qu’il appuyait les efforts de paix de Trump : «Je tiens à mentionner que Abou Mazen est le seul dirigeant palestinien à combattre le terrorisme et à s'opposer au terrorisme - il est donc celui auquel nous devrions parler». Mais c’est sans compter sur le milliard de shekels (303 millions de dollars) versés aux familles des terroristes, les «martyrs» selon la terminologie d’Abbas. Il estime cependant, que se trouvant simultanément présent avec lui sur le sol étranger, il n’a pas «l'intention de se battre contre le gouvernement israélien aux États-Unis. Puisque je suis ici aux États-Unis à d'autres fins et qu'Abou Mazen est ici aussi, Je pense que c'est une bonne occasion de rappeler au public israélien que s'il est possible d'établir un dialogue pour parvenir à un accord de paix, il est le seul partenaire. Ceux qui ne le veulent pas recevront le Hamas».

            En tant que premier ministre Olmert avait déjà rencontré Abbas en 2007 à Annapolis sous les auspices du président George W. Bush dans une réunion où il avait fait des concessions extrêmes dans le cadre d’un plan original :
-  Jérusalem serait partagé comme capitale commune,
-  Les Lieux saints seraient remis à un comité multinational,
- Des échanges de terres permettrait à Israël de conserver ses principaux blocs d’implantations,  
-  Construction d'un tunnel entre la Cisjordanie et Gaza,
- Création d’un État palestinien démilitarisé avec une force de sécurité internationale dirigée par les États-Unis et stationnée sur la frontière palestino-jordanienne.
            Mais comme tous les autres dirigeants avant lui, Mahmoud Abbas a refusé tout en bloc sans vouloir s’inspirer de David ben Gourion qui avait estimé en 1936 qu’un «petit État vaut mieux que pas d’État du tout» en acceptant le micro-État de la commission Peel. La chance se présente à tout le monde mais il faut savoir l’attraper quand elle passe. Quand une occasion politique se présente, on ne la gâche pas. Les Palestiniens ne veulent pas évoluer pour adapter leurs exigences à la réalité sur le terrain. Ils doivent avoir un État qui leur permette d’être autonomes mais encore faut-il qu'ils n'exigent pas sans cesse l’impossible, à savoir le retour aux frontières de 1967. 
          Pourtant ils connaissent l’adage arabe : «eli fat, met» (ce qui est passé est mort).  Ils doivent donc profiter de l’occasion qu’en Israël existe encore de nombreux Israéliens qui veulent la séparation dans l’honneur, dans la coopération et dans la sécurité. Même le nationaliste Avigdor Lieberman a mis de l’eau dans sa vodka pour renoncer au «Grand Israël», une notion pour lui devenue caduque.
Plan Lieberman

            Ehud Olmert a estimé devoir relancer le débat car seule une haute personnalité israélienne peut dialoguer avec les Palestiniens pour sortir de l’impasse mais il était handicapé par son passé judiciaire. L’ancien premier ministre a voulu par cette rencontre faire avancer les choses : «Je veux vraiment encourager Abou Mazen à négocier sur la base de la position fondamentale du plan Trump, qui est deux États pour deux peuples. Ce n'est pas Abou Mazen qui s'y oppose, je pense que c'est le Premier ministre israélien».
            Or en s’offrant ainsi à Mahmoud Abbas, Olmert est apparu comme un paillasson et d'ailleurs sa réunion n'a débouché sur rien de concret. Malgré son expérience du pouvoir, il n’a pas mesuré qu’il se trouvait face à une mission impossible parce qu’il était dévalué par sa condamnation et qu’aucun dirigeant palestinien ne semble prêt à signer la paix par crainte d’être assassiné selon les propres termes de Yasser Arafat. Il est coupable de naïveté et de candeur car il n’a pas compris que sa notoriété a été exploitée par les Palestiniens.
Jared Kushner

            Jared Kushner avait pourtant bien précisé que l'accord du siècle était un relevé de propositions toutes négociables, sous réserve que les parties en discutent entre-elles. Il a tracé les grandes lignes pour amener les protagonistes à se rencontrer. En refusant de se mettre à une table de négociations, même si le projet ne leur convient pas, les Palestiniens deviennent hors-jeu, eux qui depuis de longues années n’ont jamais fourni un document écrit précisant leurs doléances réalistes, autres que le retour aux frontières de 1967. Il est normal que les Israéliens mettent la barre très haute sachant que le propre des négociations directes est de ramener les exigences à de bonnes proportions. 
       Mais Abbas a émis une fin de non-recevoir, comme à l’accoutumée. Olmert a été bien naïf en cherchant à raviver un processus de paix moribond mais il avait eu pourtant l’expérience d’un président qui avait déjà rejeté ses propositions nettement généreuses. Sans compter qu'il n'est plus aux affaires et qu'il ne peut influer sur la politique du gouvernement. Cependant en refusant le dialogue sur le deal du siècle, Mahmoud Abbas, a fixé définitivement où étaient les responsabilités dans le conflit israélo-palestinien.
            A un lecteur musulman, ami et fidèle, qui «aimerait seulement nous voir reconnaître la légitimité du combat du peuple palestinien car on ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres», nous lui dirons que la discussion ne peut s’engager qu'à deux. Il y avait une opportunité pour les Palestiniens pour faire entendre leur voix dans un projet qu’ils estiment favorable à Israël. Il s’agit d’un projet américain et il est maladroit de s'y opposer alors qu’il prévoit précisément la création d’un État, certes plus petit que celui de 1947. Mais en pratiquant une intransigeance systématique, il sera encore grignoté au fur et à mesure des blocages arabes. 
      Il n’y aura pas d’autre tentative de dialogue sous les auspices américains. La droite israélienne se trouve à présent libérée de toute contrainte pour agir selon ses propres intérêts. Les perdants sont encore les Palestiniens qui ont des dirigeants qui profitent du statu quo en laissant sur le bas-côté la majorité de leur population.
            Mais il semble que le Hamas soit devenu pragmatique en tirant les leçons de ses échecs passés. Nous sommes à la veille d’un cessez-le-feu à long terme qui donnera à Gaza le moyen de se développer en paix. Il aura ainsi pris de vitesse le Fatah de Cisjordanie qui voit l’État de Palestine se réduire en peau de chagrin avant que sa création ne soit définitivement enterrée. Olmert leur a tendu la perche. En vain.   

4 commentaires:

Henri OLTUSKI a dit…

L'article est bon ,mais Abbas est bien plus ,malin Un fin stratège Un peu comme le Sultan d' Ankara ,qui sait très bien que la Turquie n' entrera jamais dans l'U.E ,il en profite ,avec du chantage Abbas sait très bien qu' il n'aura jamais son état "Palestinien " il bluff et il a le temps pour lui et les cartes de la démographie ,mais un état binational dans lequel les arabes seront plus nombreux que les juifs Israéliens .3 millions fin 2019 ,plus les 1.890.800 arabes israéliens et seulement 6,3 millions de juifs Israéliens Son fils Tarik a bien dit il y a environ 6 ans " Nous avons attendu 50 ans ,nous attendrons encore 15 ou 20 ans de plus " On y est presque Si aucun politicien ne comprend pas cela ,c'est qu'ils sont réellement naïfs.

la grande majorité des "Palestiniens " ne veulent plus d' état indépendant ils seront encore mieux dans un état bi ,et que les 80 % des arabes Israéliens n' iront jamais vivre dans un état Palestinien indépendant ,d'après une enquête ,du début de l' année dernière

Michel HAFAYEDEH a dit…

Deux democraties ne font jamais la guerre entre elles. A mon avis, le seul plan viable et fiable de cohabitation et de bon voisinage dans cette region, est d'etablir et de soutenir des etats de droit (laics) dans tous les pays islmo arabes: laicite ou le statu quo continuel. Le dilemme c'est que la 'laicite' est contre productive pour la raison d'etat des autocrates, des mafiocrates et des theocrates islamo arabes ou l'instrumentation de la religion (la peur, la soumission,l'obscurisme) est imperative et essencielle pour gouverner une populace non instruite, fragile et plus manipulable emotionellement. La Populace est par consequent victime et proie de cette racaille de dirigeants corrompus du jour, sans scrupules et sans integrite.

andre a dit…

Ehud Olmert voulait continuer à » exister » en jouant au faiseur de paix ! Il savait que jamais Mahmoud Abbas n’accepterait autre chose que la capitulation de l’État d’Israël ! Mais vanitas vanitatum.. il y est allé quand même pour jouer l’assistant d’un vieux clown !
Le plan américain n’a jamais été prévu pour Abou Mazen, trop vieux, trop lâche , négationniste et corrompu , tout le contraire d’un chef d’Etat c’est avant tout une remise à l’endroit des données du problème et il n’y aura rien de nouveau : terrorisme, Tsahal Mossad et ShinBet pendant longtemps, longtemps ...la fin des siècles !
Ou bien un homme sortira d’une cellule ou d’un exil et se saisira du pouvoir pour convaincre ses frères de lutte, pour inspirer confiance aux adversaires, aux bailleurs de fonds de sa sincérité et il parviendra à créer un État de Palestine malgré l’opposition d’une partie des israéliens et la haine de tous les pousse au crime de Turquie ou d’Iran .Les Arabes produisent des Mahmoud Abbas et produisent aussi Anouar Es Sadate, , Maréchal Sissi , MBS ou Mohammed VI .
Faut attendre, faut espérer !
André Simon Mamou Tribune juive

Patrick a dit…

tres bon article et réaliste quant aux espoirs d un homme fini en politique.
La case prison est un obstacle souvent insurmontable. Olmert est pitoyable dans ces efforts de se faire entendre avec ou grâce a J Street qui est aussi une organisation dont le principe est l opposition systématique a la politique israélienne.