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mercredi 5 février 2020

La fausse victoire de Netanyahou


LA FAUSSE VICTOIRE DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
          

          Il était prévu que le plan de Trump soit révélé après les élections législatives israéliennes du 2 mars mais l’annonce a été avancée car Netanyahou avait besoin d’un coup de pouce supplémentaire pour sa campagne électorale qui patine. Alors le Likoud, de même que les Palestiniens, ont présenté avec un peu d’empressement ce plan comme une victoire totale israélienne. Avec le temps on découvre que le «plan du siècle» est devenu la tromperie du siècle puisqu’en réalité les nationalistes juifs ont été bernés et contraints d’avaler trois couleuvres.



            D’une part, la création d’un État palestinien est mentionnée clairement avec une surface double de celle de l’Autorité palestinienne. D’autre part, Jérusalem qui était considérée comme intouchable, sera amputée d'une partie offerte à la nouvelle entité palestinienne au titre de capitale. On est donc loin de la victoire brandie par le gouvernement qui d’ailleurs, a été contraint de surseoir, sine die, à la réunion du Cabinet durant laquelle il était question d’approuver l'élargissement de la souveraineté en Cisjordanie. 
          Mais si Trump a reconnu le droit d’Israël à annexer la vallée du Jourdain ainsi que toutes les implantations de Cisjordanie et leurs environs, soit 30 % de la Cisjordanie, il s’oppose à toute autre annexion, du moins avant le résultat des élections du 2 mars 2020. Enfin, les descendants des réfugiés pourront s'installer librement dans le nouvel État palestinien ou rester dans le pays d'accueil sous réserve de compensations. L’arrivée massive d’anciens réfugiés en Cisjordanie pourrait remodeler la région et entraîner un nouveau problème face au fragile équilibre des populations.

            Netanyahou pouvait difficilement reconnaître, après tout le spectacle auquel il s'est adonné, qu’il n’avait pas eu gain de cause sur tous les plans, mais il se devait de claironner quand même la victoire. La seule à analyser la situation avec réalisme a été Ayelet Shaked, de la Droite unie : «Nous ne permettrons pas que des terres soient cédées à des Arabes ou à quiconque. Notre terre est à nous. Nous ne permettrons pas la création d'un État palestinien qui est une chose dangereuse pour Israël». 
          En écho, le ministre israélien des Transports, Bezalel Smotrich, du parti Yamina, a prévenu à la radio militaire Galeï Tsahal que son parti «n'acceptera en aucun cas la reconnaissance, explicite ou implicite, d'un État palestinien». Certains ministres ont déjà annoncé qu’ils ne voteront pas pour le projet Trump. De nouvelles de frictions avec les partis d’extrême-droite sont donc à prévoir en perspective.  
          L'ancien ministre du Likoud, Benny Begin,  s'oppose fermement à l'adoption du plan américain et à l'idée d'un État palestinien dans "les régions de notre patrie".

            Le comble est que, fidèles au refus de tout ce qui pourrait venir des Américains ou des Israéliens, les Palestiniens ont été vent debout contre ce projet allant jusqu’à refuser d’en discuter. On ne s’étonne plus de leur acharnement à ne pas accepter une réelle petite avancée qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons d'autant plus que Jared Kushner a plusieurs fois annoncé que la carte du «plan du siècle» n’était pas définitive. 

          De leur côté, les Israéliens ne sont pas dupes et ils n’ont pas reçu avec optimisme ce projet qui pour eux ne change rien. Ils l’ont exprimé à travers les sondages qui ont à peine déplacé un ou deux sièges, confirmant ainsi que la situation reste bloquée sauf miracle d’une trahison par quelques éléments de l’un ou l’autre camp.
            Par ailleurs certains ont cru déceler une légère inflexion du Quai d’Orsay vis-à-vis d’Israël après la visite d’Emmanuel Macron. Cela s'explique car la diplomatie française, à travers ses déclarations et ses prises de position, œuvrait toujours pour la création de deux États. Donald Trump lui a donné satisfaction sur ce point majeur. Il est donc probable que le Quai revienne à de meilleures dispositions en adoptant une politique plus équilibrée.

            La Ligue arabe, cette organisation désuète et anachronique, aux décisions toujours stériles, entre dans le jeu palestinien d’un refus systématique. Lors de sa réunion du 1er février au Caire, elle a rejeté l’initiative américaine tandis que Mahmoud Abbas, revigoré par ce plan, a déclaré couper toutes les relations avec les Américains et les Israéliens car il estime dorénavant que l’initiative américaine rendait caducs tous les accords signés : «Les Palestiniens ont le droit de poursuivre leur lutte légitime par des moyens pacifiques pour mettre fin à l’occupation». Le soutien timide des ministres participants ne pouvait pas effacer le fait que les Émirats, Oman, le Koweït et le Maroc avaient trouvé positive l’initiative car «elle pourrait servir comme point de départ pour de nouvelles négociations». 
       Malgré cela, la Ligue arabe a rejeté le plan sous prétexte qu’il était «injuste» envers les Palestiniens. Des Arabes israéliens ont également manifesté contre le plan américain à Baqa al-Gharbiyye car il est prévu que certains villages arabes soient «offerts» au nouvel État palestinien. La plupart de ces habitants arabes israéliens, trop habitués à leur liberté actuelle, refusent de passer sous juridiction palestinienne. Ils veulent bien continuer à brûler des drapeaux israéliens et arborer celui palestinien durant leurs manifestations mais ils ont plus confiance à la démocratie juive.
            De son côté, Benny Gantz qui espérait que les populations arabes israéliennes allaient entrer dans le jeu démocratique s’estime déçu car il constate à nouveau que «Mahmoud Abbas ne rate pas une occasion de refuser la paix». Les années passent et rien ne change sous le ciel palestinien.

2 commentaires:

andre a dit…

Si je comprends bien Blanc Bleu n’a aucun espoir de l’emporter !
Il faudrait le soutien de Lieberman et de la liste arabe ? Impensable !
Il leur reste l’espoir que le Likoud se suicide !
Le plan Trump ne plait pas à la droite israélienne et il est refusé par lLes Palestiniens,
DONC IL EST BON ! ET IL SERA RETENU AVEC MODIFICATIONS PAR CEUX QUI VONT SUCCÉDER AUX CORROMPUS DU FATAH ET DU HAMAS .
C’est mon espoir et c’est mon pari.
André Mamou
Tribunejuive.info

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Concernant l'attitude du Quai d'Orsay vis à vis d'Israël, et du "plan de paix" de Trump, j'ai peur que vous ne preniez vos désirs pour des réalités.
Car s'il est vrai que le Quai "salue" les efforts de paix du président Trump, il est non moins vrai que dans Le Figaro du 31 janvier, le président Macron observait : " Il faut être deux pour faire la paix", ce que le journal a traduit par : "Le Président ne croit pas dans les chances de réussite du plan Trump."
Et comme pour enfoncer le clou, dans une récente émission de télévision, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères - qui lui aussi "salue" les efforts de paix - n'en a pas moins évoqué un possible recours au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Enfin, cerise sur le gâteau, si on en croit Le Canard Enchaîné, voici comment un membre le l'état-major des armées réagit devant la carte du petit état palestinien : "C'est un pull troué, mité, ingérable sur le plan politique, invivable pour la population et qui n'a rien de la configuration d'un État."

Très cordialement.