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vendredi 31 janvier 2020

Sérieux par Claude MEILLET



SÉRIEUX

La chronique d'humeur de Claude MEILLET



            
          «Si on parlait maintenant des choses sérieuses ?». L’interjection prit tout le monde à revers. Il leur semblait, justement, que depuis dix minutes leur docte assemblée débattait doctement des deux sujets majeurs. Le «deal of the century», le plan de paix. La fin du «happening judiciaire», le procès du premier ministre. Comment se déterminer pour la version-3 du vote électoral si on ne déterminait pas sa position sur ces deux phénomènes décisifs ? Et bien entendu, ces dix minutes avaient suffi pour que l’atmosphère devienne bien chaude. Les pour/pour s’affrontaient avec les contre/contre. Sans compter les pour/contre qui s’opposaient bruyamment aux contre/pour.




            Profitant de l’effet de surprise, le provocateur, provoqua derechef : «Avec tout le respect que je vous dois, messieurs et dames, ne vous laissez pas prendre au grand spectacle politique. Plan et procès, nous ne sommes que des spectateurs. De deux pièces qui parlent de nous, bien sûr. Mais sans chance d’activer les ficelles qui agitent les marionnettes. En revanche, nous sommes les acteurs de sujets tout aussi décisifs. Qui méritent, eux, votre attention, votre engagement».
            Jonathan, sentant que sous le pavé lancé, couvait une démonstration bien mûrie, ouvrit les vannes. «Je t’en prie, parles nous donc de ces choses sérieuses». Se plantant au milieu du cercle, monsieur le provocateur déroula. Méthodiquement. Sans effet de manche. Inflexible.
           Pour commencer il releva, férocement, l’absence abyssale de vrai programme de gouvernement du pays. Quel que soit le parti. Tous, fascinés comme cette docte assemblée par le jeu de l’artiste central, polarisent leur seul argumentaire électoral autour du sort du premier ministre.
            Alors qu’à l’extérieur, le monde entier s‘angoisse et se mobilise autour de thèmes déterminants pour l’avenir de la planète. La crise climatique. La priorité écologique. La redéfinition du capitalisme. La crise de la démocratie. L’irrésistible ascension de l’intelligence artificielle. Autant de sujets où, pourtant, Israël a des choses sérieuses à dire. Des expériences, des expertises, des recherches, des réflexions à partager. C’est-à-dire, des propositions à formuler. Sans parler, mais au contraire parlons-en, des relations internationales, de la redéfinition du point d’équilibre entre les Etats-Unis, L’Europe, la Chine…
            Alors qu’à l’intérieur, s’accumulent les sujets qui fâchent. Qui demandent donc urgemment des propositions de solution ? Le premier peut-être d’entre eux. L’inégalité. Comment inverser la tendance, réduire l’écart entre riches et pauvres, redéfinir la répartition de la richesse produite, faire cesser le scandale du tiers des enfants israéliens insuffisamment nourris. Quelques chaises grincèrent mais ne firent pas dévier le discours d’un iota.
            Quelles propositions pour redynamiser le système éducatif, actualiser la formation des professeurs, stimuler la maîtrise des mathématiques, la préserver de toute interférence religieuse. Pour recadrer la place de la religion dans la société laïque israélienne et dans le système politique du pays. Pour rétablir la confiance, l’engagement, les conditions citoyennes des minorités, les faire participer à l’épanouissement de la nation.
            Les grincements de chaises reprirent. Imperturbable, le provocateur provoqua. Puisque nous en sommes aux sujets qui fâchent, ce serait du plus haut intérêt de connaître les propositions des bleus, blancs, noirs, rouges et autres, sur la lutte contre la corruption. A tous niveaux. Local, régional, national. Sur le respect de la séparation des pouvoirs. En particulier sur l’indépendance de la justice. Sur l’assistance aux rescapés de la Shoah, en ces temps de souvenir…… 
           Les chaises et les participants accueillirent dans un temps de silence respectueux la fin de la péroraison inattendue. Puis un joyeux brouhaha démarra et se développa. Les avis divers sur les divers sujets évoqués s’entremêlèrent.
      Jusqu’à ce que Jonathan reprenne la main. Et propose à l’assemblée de repousser à un éventuel quatrième ou cinquième tour d’élection l’examen complet d’un programme électif idéal. Proposition adoptée à l’unanimité….exceptée la demande de vote blanc du provocateur initial.


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