Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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vendredi 31 janvier 2020

L'Europe face à une gueule de bois post-Brexit par Dov ZERAH



L’EUROPE FACE Á UNE GUEULE DE BOIS POST-BREXIT

Le point économique de Dov ZERAH


            
           Alea jacta est ! Le sort est jeté ! Ça y est, nous y sommes. Le Royaume-Uni quitte l’Europe le 31 Janvier prochain. Nous n’avons pas pour autant fini de discourir sur la séparation. Une fois le traité sur l’accord de retrait ratifié, il faudra négocier sur la relation future, et les sujets ne manquent pas. En ce qui concerne les échanges commerciaux, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyden, souhaite un accord de libre-échange articulé autour de trois principes «zéro tarif, zéro quota, zéro dumping». Cela reviendrait de facto à maintenir le statu quo.




            Dans le même temps, le Royaume Uni a engagé des négociations commerciales avec chacun de ses partenaires, et il n’est pas exclu qu’il crée une forme de concurrence entre l’Europe et les États-Unis, pour obtenir des avantages.
            L’accès des pêcheurs aux eaux territoriales, aussi bien des Européens dans les mers britanniques que des sujets de sa Majesté dans les eaux européennes. Eu égard l’historique sur ce délicat sujet, les discussions promettent d’être ardues. En cette période dangereuse par la multiplication des conflits aux portes de l’Europe, la défense est un sujet essentiel car l’armée britannique est avec celle française la seule crédible en Europe.
            Tant le développement de la criminalité financière que du terrorisme justifie de trouver les voies et moyens d’une véritable coopération policière et judiciaire entre le Royaume Uni et le bloc des Européens.
            La situation des 3,6 millions de ressortissants européens outre-Manche. Á ce stade, il est difficile de savoir si ces personnes vont ou non bénéficier d’un statut spécifique par rapport aux autres étrangers. Même si elle n’est pas décisionnaire dans le processus législatif britannique, la Chambre des Lords n’a pas hésité, il y a une semaine à voter contre Boris Johnson sur un des aspects de ce sujet.
            Boris Johnson veut aller vite et boucler tous les dossiers d’ici à la fin de l’année. Quoiqu’il en soit, nous allons mesurer, jour après jour, les effets collatéraux du BREXIT sur ces sujets et bien d’autres. Quoiqu’il se passe, Angela Merkel n’a pas hésité à déclarer que l’Europe a maintenant un concurrent à ses portes. Á l’Union avec une forme d’émulation entre les États membres succède la désunion avec la concurrence.
            S’ouvre une période difficile tant pour le Royaume-Uni que pour l’Europe.
            Au-delà des conséquences du BREXIT, Boris Johnson engage un programme d’économies budgétaires, envisage la remise en cause de nombreux projets d’investissements dont le projet de ligne à grande vitesse HS2 ; la défense et les affaires étrangères s’attendent à de nombreux sacrifices. Les autorités britanniques veulent trouver des marges de manœuvre pour les nouvelles priorités, la santé, la police ou le développement du Nord du pays pour lequel 100 milliards£ d’investissements sont prévus.
            Malgré les incertitudes du BREXIT et des réorientations budgétaires, propices à l’attentisme et au ralentissement économique, la croissance devrait, selon le FMI, atteindre 1,3% en 2019 et 1,4% en 2020. Pour le moment, nous sommes loin de la catastrophe annoncée par certains, mais il est encore trop tôt pour dresser un bilan du BREXIT.
            De son côté, l’Europe est confrontée à un exercice difficile, le bouclage de ses perspectives budgétaires de 2021 à 2028. Avec le départ du Royaume-Uni, elle perd 9% de ressources à un moment où les priorités de l’environnement et de la défense exigent des ressources supplémentaires. Les marchandages s’annoncent difficiles, car il faudra faire des choix douloureux ! Au-delà de ces contingences internes, l’Europe perd une partie de son influence alors que les conflits se multiplient à ses portes. Au-delà e la Syrie où son rôle est de plus en plus marginal, l’Iran, la Libye.
            L’Iran. Depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire, les Européens n’ont cessé d’aider les Iraniens, en mettant en place un mécanisme de troc pétrole contre marchandises, en n’hésitant pas à critiquer l’attaque américaine sur Qassem Soleimani ou en essayant de favoriser le dialogue entre les parties. Et pourtant ! Le guide suprême, Ali Khamenei n’a pas hésité à dénoncer «la lâcheté» des Européens, ou à qualifier l’Allemagne, la France ou le Royaume Uni de «valets…qui servent les intérêts des États-Unis…»

            La Libye. Alors que les Britanniques, les Français et les Italiens sont responsables de la situation dans ce pays, ce sont les Russes et les Turcs qui ont, de leur propre chef et sans aucun mandat des Nations-Unies, envoyé des troupes sur place pour sauver un des deux camps. L’Allemagne, seule mais probablement avec la bénédiction des Russes et des Turcs, a lancé une initiative en organisant une conférence à Berlin. Bien évidemment, Londres, Paris et Rome se sont joints au mouvement…Mais, sauf à décider d’envoyer des troupes ensemble, l’Europe continuera d’apparaître divisée face à la détermination d’Erdogan et Poutine.
            Face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à l’Iran et à la Turquie, il est grand temps que l’Europe, Royaume-Uni compris, prenne en charge son destin.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

C'est avec ahurissement que je lis : "A l'Union avec une forme d'émulation entre les États membres succède la désunion avec la concurrence."
Tout le monde sait que dans l'UE il y a toujours eu de la "désunion" et de la "concurrence". Demandez aux Grecs qui ont été les victimes de l'UE ce qu'ils en pensent.
Disons-le tout net, dans les négociations avec la Grande-Bretagne dans la perspective du Brexit, l'UE a eu tout faux de bout en bout.
Car comment comprendre ce refus pendant trois ans, de rouvrir les négociations après un premier vote en 2016 en faveur du Brexit, obligeant Theresa May a provoquer trois votes - toujours sur le même texte d'accord - et toujours rejetés, la contraignant finalement à la démission ?
Ainsi Boris Johnson a réussi à obtenir un accord allant dans le sens d'un Brexit dur, malgré la menace d'un no-deal, brandie assez inconsidérément par la France.
Rappelons que l'UE est une institution juridique fondée sur le droit et les règles. Ses dirigeants sont des personnels administratifs, ils ne font pas de politique, ni de diplomatie, mais se limitent à organiser le marché unique et l'austérité budgétaire.