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mercredi 15 janvier 2020

La France seule au Sahel face aux djihadistes


LA FRANCE SEULE AU SAHEL FACE AUX DJIHADISTES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          La situation est de plus en plus préoccupante au Mali. La violence djihadiste s’intensifie alors que le reste de l’Europe est aux abonnés absents. L’Occident se désintéresse d’une situation, certes lointaine, mais dont les retombées se précisent en Europe. Les djihadistes sèment le désordre là où ils passent comme jadis les Huns. Ils tuent, ils violent et mettent en coupe réglée toute région qu’ils envahissent. Laisser l’Afrique entre leurs mains, c’est demain la voir tomber en permettant des hordes de barbares aux portes des pays occidentaux. Si les mesures ne sont pas prises maintenant, alors la lèpre se développera sans qu’il ne soit possible de l’enrayer.  



            Les nombreux djihadistes, qui se sont enfuis de Syrie, sont venus prêter main forte en Afrique où la France se bat pratiquement seule. Florence Parly, ministre des Forces armées, a fait appel en vain aux autres gouvernements de l'UE pour dépêcher des forces spéciales dans le Sahel, non pas pour neutraliser mais au moins pour freiner les attaques islamistes qui ont déjà fait plus de 100 tués parmi les soldats maliens, durant ces dernières semaines. La France, en première ligne, a payé un lourd tribut avec la mort de 13 membres des forces spéciales lors de la collision de deux hélicoptères.
            Le combat solitaire de la France ressemble à celui d’Israël au Moyen-Orient qui ne peut compter que sur son armée et sa jeunesse pour enrayer l’action djihadiste qui gangrène plusieurs pays arabes. Israël est seul pour combattre les miliciens libanais du Hezbollah ; Israël est seul pour freiner l’installation de l’Iran en Syrie ; Israël est seul pour empêcher l’invasion chiite en Irak ; enfin Israël est seul pour s’opposer au programme nucléaire iranien.
            Dans une situation similaire, les commandos français tentent seuls d’endiguer l’invasion barbare des djihadistes au Sahel. En plus de leur combat idéologique, les islamistes protègent leurs sources de financement à partir de trafics de drogue, d’armes et même d’êtres humains ; ils s’octroient par la force les sources d’eau, la terre et les pâturages. Ajoutées aux tensions communautaires locales, les populations misérables sont des victimes quotidiennes.

            Malgré les moyens militaires relativement importants mis en jeu, la France peine à rétablir la sécurité alors que la crise semble s’aggraver. Une force commune constituée de soldats sahéliens, de 4.500 militaires français et de 14.000 casques bleus n’arrive pas à venir à bout des bandes terroristes. Le prédicateur peulh Amadou Koufa dirige l’activité djihadiste auprès d’éleveurs semi-nomades musulmans. Un autre groupe ethnique musulman a créé une milice concurrente, les Dogon. La région des trois frontières, Mali, Burkina Faso et Niger, est occupée par des groupes armés qui ont fait allégeance à Daesh et qui organisent des attaques transfrontalières. Ils menacent déjà les pays voisins : la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigéria.
            Si cette guerre n’est pas ignorée par les Occidentaux, elle fait l’objet de palabres stériles au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali). Des motions et des discours remplacent une aide indispensable des Européens, pour l’instant symbolique. Depuis 2013, l'Union européenne se borne à former l'armée malienne, tandis que les forces françaises de l'opération Barkhane, déployées dans le Sahel, sont soutenues par des hélicoptères britanniques et des drones de surveillance américains.

            Plusieurs organisations terroristes co-existent au Mali : Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ansar Dine, dirigé par Iyad Ag Ghaly, le Front de libération de Macina, dirigé par Amadou Koufa, l'État islamique du Grand Sahara (ISGS) et Ansar El Islam.
            Les troupes engagées contre les djihadistes ont des difficultés d’approvisionnement car les lignes s’étendent sur plusieurs centaines de kilomètres, ce qui les rend vulnérables.  En plus de la France, les armées des pays du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Tchad et Mauritanie) sont les plus touchées. Elles manquent de financement et d’équipements pour cette force interarmées de 5.000 soldats.  L'armée malienne souffre de l’éloignement de la capitale Bamako, en raison d’un terrain difficile sous des températures qui peuvent atteindre 50°. Alors au lieu de se déplacer et d’aller à la recherche de l’ennemi, les Maliens se barricadent dans des garnisons isolées soumises en permanence aux attaques djihadistes. Les troupes françaises ne peuvent que fournir un soutien d’urgence avec leurs hélicoptères et leurs avions d'attaque face à des miliciens à moto.

            C’est pourquoi les experts estiment qu’aucune action militaire ne peut venir à bout du terrorisme. Il faudrait assécher les sources d’enrôlement des djihadistes en jouant sur le renforcement de la santé et de l’éducation auprès de l’État malien et sur la diminution du chômage des jeunes, devenus des proies faciles. Du fait qu’il s’agit de l'une des régions les plus pauvres du monde, il est essentiel de se concentrer davantage sur le développement. Mais le cercle vicieux fait que cela ne peut réussir sans une meilleure sécurité. C'est la raison pour laquelle, malgré la perte de 13 hommes dans l'accident d'hélicoptère, le président Emmanuel Macron reste engagé dans la campagne militaire, en alliance avec les gouvernements sahéliens. Mais Paris attend désespérément le soutien effectif et matériel d'autres pays européens pour partager ce fardeau.
            Le président français a organisé le sommet de Pau du 13 janvier 2020 pour confirmer que la présence au Sahel de la France n’est pas négociable même si elle tarde à résoudre la crise.  De leur côté, les pays du G5, Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie et Niger souhaitent une implication militaire française renforcée. Mais paradoxalement de nombreuses manifestations anti-françaises se répètent sans que les pays n’arrivent à les faire cesser. Ainsi Macron a exigé une «condamnation politique claire des sentiments anti-français», faute de quoi il imposerait le retrait de ses 4.500 soldats français.

            Il vient d’annoncer l’engagement de 220 soldats supplémentaires ; une goutte d’eau dans les besoins du Sahel. Mais le plus grave semble être l’impossibilité du sommet à régler une crise qui a déjà tué 4.000 personnes en 2019. Malgré cela, la France ne peut pas se permettre de quitter le Mali alors que la situation se détériore fortement. Jusqu’à présent, Barkhane n’a pas réussi à endiguer les attaques au Mali et au Burkina Faso. Le Niger a connu ces dernières semaines une série d'attaques massives contre des postes de l'armée, qui ont tué le 10 décembre à Inates 71 soldats et le 9 janvier 89 morts à Changodar. Pour l’instant le G5, comme tous les grands sommets, brasse vente et se borne à des incantations.
            De nombreux observateurs politiques sont convaincus que la fin de la violence ne peut être atteint qu’après des solutions politiques issues de l’accord de paix d’Alger. L'accord signé à Bamako en 2015, avait défini des objectifs de développement qui n'ont pas été atteints. De nombreuses régions du Sahel, où ont lieu des combats sanglants vivent un sous-développement avancé. Les djihadistes exploitent la pauvreté et les divisions religieuses et ethniques pour se fournir en combattants et par là-même pour attiser la violence.
            Or cet aspect de la situation n’a pas été traité à Pau. Le maintien du statu quo a été acté. Quelques annonces de circonstances comme l’augmentation modeste des troupes et une création d’un commandement unifiée n’apporteront aucune modification notable de la situation. Les Occidentaux attendent que la situation soit totalement pourrie pour accepter la mainmise djihadiste en Afrique comme ils ont assisté passivement à l’envahissement djihadiste au Moyen-Orient. Mais en ce qui le concerne, Israël veille à ses propres intérêts sans compter sur un réveil occidental, encore faut-il qu’il ait lieu.
           

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

C'est avec plaisir que je vous signale cet article de Charles Millon, ancien ministre de la Défense, qui fait écho à votre propre article, puisqu'il y plaide "Pour la mobilisation d'une large force internationale".
Le moins qu'on puisse en dire c'est qu'il n'est pas très optimiste, puisque parlant de cette force internationale, il conclut : "Mais encore faut-il qu'elle prenne conscience de l'importance stratégique, pour la paix d'une bonne partie du monde, de cette zone où derrière les dunes mouvantes se dissimule une terrible menace."

http://www.lavant-garde.fr/articles/urgence-sahel/

Très cordialement.