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mercredi 18 décembre 2019

Le retour en grâce de la Grèce sur les marchés par Dov ZERAH



LE RETOUR EN GRÂCE DE LA GRÈCE
SUR LES MARCHÉS

Le point économique de Dov ZERAH


            
Tsipras

          Depuis quelques semaines, plusieurs signaux dénotent le retour en grâce de la Grèce sur les marchés :
- Le taux de rendement des emprunts à 10 ans est tombé à 1,13 %
- Le taux à 5 ans s’est situé à 0,36 %, au-dessous des taux italiens
- Fait encore plus significatif, la Grèce a dernièrement emprunté à trois mois avec des taux négatifs, - 0,02 %




            Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs :
Des rentrées fiscales plus importantes
- Une activité touristique satisfaisante
- La réalisation des objectifs d’excédent primaire
- Un reflux de la dette publique. Après un pic de 181,2% en 2018, elle devrait baisser à 175,2% en 2019 et à 169,3% en 2020.
           Le pays dispose de liquidités suffisantes pour faire fonctionner l’État durant deux ans. Á telle enseigne, Athènes vient de rembourser 2,7 milliards€ au FMI.

Bourse d'Athènes


            Cela a entraîné :
Une amélioration régulière de sa notation auprès des agences, et cela permet au pays d’espérer retrouver rapidement BBB, et avoir ainsi accès au programme de la BCE
- Une euphorie boursière. Tout en restant 70% en deçà du plus haut de 2009, l’indice Athens Stock Exchange (ASE) a doublé depuis son plus bas de 2016, et a pris 45% depuis le début de l’année.
            Il n’est pourtant pas si loin le temps où la Grèce était le maillon faible de l’Europe, de la zone euro. La dette et les déficits publics grecs ont fait trembler l’Europe au début des années 2010. Pour faire face à la situation, le pays a conduit une politique d’ajustement structurel drastique :
- Baisse de 10% du salaire des fonctionnaires
- Diminution de 10% des pensions
- Recul de 5 ans de l'âge légal de départ à la retraite, 65 ans contre 60
- Réduction de 30% de la dépense publique, tant des investissements publics que des dépenses de fonctionnement de l’État
- Création de nouveaux impôts et de nouvelles taxes
- Hausse de 10% des taxes sur l'essence, le tabac et l'alcool
- Hausse de la TVA de deux points, 23% contre 21%, et contre 19% avant mars 2010
- Baisse des dépenses de l'armement de 2,5 milliards€ en deux ans
- Nombreuses privatisations, gaz, électricité, port de Salonique, port du Pirée, quatorze aéroports, etc.

Port du Pirée

            Comme on pouvait s’y attendre, les effets collatéraux ont été sévères, avec une dégradation de l'état des infrastructures publiques, des systèmes de santé et d’éducation, voire dramatiques avec une diminution du pouvoir d’achat, et corrélativement une augmentation de la pauvreté.
            Malgré l’amélioration de la situation, un salarié grec sur trois gagne 317€, et le pays compte encore 35% de pauvres. Le Premier ministre, Alexis Tsipras, a fait preuve d’un courage exceptionnel par rapport à son engagement politique et à ses engagements pris durant la campagne électorale précédant son accession au pouvoir. Il a suscité un référendum pour asseoir une sortie de l’euro, et malgré le résultat, il n’a pris le risque de l’aventure et du GREXIT.
            Il n’a pas hésité à braver les manifestants et à prendre les mesures précitées pour remettre le pays sur les rails. Il faut le dire, l’écrire, le courage a payé !


            Depuis 2006, la Grèce a renoué avec l’excédent budgétaire, 0,7% en 2016, et même de 3,9% du PIB en excluant le service de la dette, au-delà de l’objectif de la troïka, le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et le mécanisme européen de stabilité.
            Après une récession en 2015 et 2016, le pays a retrouvé le sentier de la croissance avec 1,5% en 2017, 1,9% en 2018, et une prévision de 2% en 2019. Après un pic de 23% de chômage, celui-ci décroit et est maintenant à 17%. Contrairement à ce qui a été dit ou écrit, l’économie n’a pas été asphyxiée par la potion administrée au pays.
            Contrairement à de nombreux commentaires ou pronostics, le courage d’Alexis Tsipras et la résilience du peuple grec ont permis de réussir le pari du maintien dans l’euro et du rétablissement des comptes grecs. Alors qu’il a été élu sur la sortie de l’euro, il n’a pas cédé à la facilité. Il a assumé une politique de rigueur pour permettre à la Grèce de rester crédible.

N.D.L.R Pour information, Patrick Maisonnave, ancien ambassadeur de France en Israël, a pris son poste d'ambassadeur en Grèce le 26 septembre 2019.

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