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samedi 14 décembre 2019

Guignol par Claude MEILLET



GUIGNOL

La chronique d'humeur de Claude MEILLET

            I

            Il était une fois…  «Oui, ça pourrait commencer comme ça, rebondit son amie, c’est tellement extraordinaire, pour un pays extraordinaire». Ils se mirent alors, férocement, à passer en revue la situation. Il était une fois un petit pays qui… Qui, en 71 années d’existence officielle, contre sable et sécheresse, contre guerres successives et conflit permanent, contre le jeu géopolitique de grandes puissances ambiguës et le carnaval alternatif de pays régionaux instables, a su hisser sa population patchwork au huitième rang des puissances mondiales.



            Qui, institué Start up nation, après avoir transformé une bonne partie de désert en jardin, après avoir fait naître de rien une myriade de mochav et de kibboutz et tout un réseau de transport, avoir fait renaître des villes anciennes endormies et créer des villes nouvelles, a su devenir un modèle de développement des nouvelles technologies.
            Qui, en milieu local hostile, en passant d’une première vague de vie plutôt communautaire à une seconde vague plutôt libérale, en réunissant, sinon en unissant, des ensembles de populations juives ashkénaze, séfarade et arabes musulmanes, chrétiennes, druzes, en dépit d’alternances politiques cahoteuses, a su construire une démocratie perfectible mais vivante.
            Qui, sans ressources naturelles initiales, par l’acquisition successives, courageuses, obstinées, d’expertise en agriculture, en création et production industrielle, en transformation et création d’habitats, en développement de zones d’activités, en maîtrise de l’activité financière, en soutenant inflexiblement la recherche, l’éducation, l’innovation, a su mettre en place une économie saine, performante, stable.
            Mais…
            Qui doit trouver, à l’aube d’un univers en transformation radicale, au tournant d’un cycle national politique, géostratégique, sociétal, une vision renouvelée, capable de mobiliser une nation en risque de fractionnement.
            Qui se dirige, à l’unisson du monde occidental, dans le mur de l’hyper capitalisme, où les profits de l’activité économique sont captés par une très petite minorité d’acteurs, provoquant un écart grandissant entre riches et pauvres, une stagnation de la classe moyenne, où le quasi plein emploi cache un déclassement des métiers, une perte de pouvoir d’achat des salaires.

            Qui, sous peine de pénaliser les générations les plus jeunes et à venir, doit urgemment éliminer les déficiences d’un système éducatif aboutissant à une perte de performance en connaissance scientifique, mathématiques, à ce que les enfants de la population des religieux, à croissance potentielle la plus élevée, reçoivent une éducation de niveau «tiers monde», à une forte insuffisance de performance de l’éducation des minorités arabes.
            Qui, impérativement, doit définir et mettre en œuvre une politique sociale réparatrice des nombreux déficits actuels, celui de la pauvreté touchant plus d’un tiers des enfants israéliens, d’un million de personnes âgées, isolées, vivant sous le seuil des moyens matériels nécessaires,
            Qui, à partir d’un examen objectif de situation, devra rétablir les bases équilibrées, enrichies, des différents domaines tels que le système de santé publique et privé, la culture, son autonomie et son soutien renforcé, le sport dans toutes ses dimensions éducatives, professionnelle, amateur, médiatique, le logement avec ses insuffisances, ses coûts rédhibitoires.
            Qui réinitialise, renforce et sécurise la liberté en matière de droit des personnes, de l’information, qui réaffirme et garantisse la séparation stricte des pouvoirs juridiques et politiques, qui clarifie la nature de la relation des forces militaires, de police avec le pouvoir politique et les processus de décision entre eux.
            Qui…
            Jonathan proposa d’interrompre une liste menaçante de prolongation trop facile, pour revenir à l’initial «Il était une fois». Ce qui permit à son amie de reprendre, «Maintenant, il est pour la troisième fois, une farce politique».
            Qui, comme dans la comédie de Guignol, présente aux spectateurs citoyens, des marionnettes s’admonestant réciproquement des coups de gourdins, sur une trame théâtrale aussi mince qu’absurde.
            Qui, comme dans la comedia dell’arte, évite soigneusement d’évoquer, et encore moins de traiter les sujets sérieux sinon vitaux de la société et de la préparation du futur, pour se concentrer sur la bataille, les états d’âme, les coups tordus, les vieilles ficelles des écuries de politiciens.
            Qui, phénomène récurrent de cristallisation, se focalise sur un personnage central, dans sa dimension strictement électoraliste, sans considération réelle de la dimension morale qui devrait conduire l’inculpation du même personnage à une position éthique naturelle de mise en retrait.
            Tous deux tombèrent d’accord sur une formule de clôture, un peu transformée mais presqu’aussi célèbre que la formule introductive, «Une fois, ça va. Trois fois, bonjour les dégâts».



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