Je n’ai jamais été un militant. Persuadé que tôt ou tard je pouvais être sommé de penser et d’agir contre ma raison, je n’ai formellement adhéré à aucun groupement. En outre, si j’avais fait partie d’un mouvement quelconque, révolutionnaire ou nationaliste, par exemple, j’aurais été de ces militants qui continuent la lutte après la victoire.

Albert MEMMI

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mercredi 27 novembre 2019

Sahel, l'or des djihadistes



SAHEL, l’OR DES DJIHADISTES

Par BAZAK

               

            Alors que l’ONU découvre soudain la gravité de la situation, alors que des dizaines de militaires, voire des centaines de civils ont trouvé la mort au Sahel, on nous parle de l’opération Barkhane forte d’environ 4.500 hommes, qui couvre un territoire cinq fois grand comme la France et qui s’étend  sur près de 2.8 millions de km2, sur les trois pays membres de la zone CFA que sont le Mali, le Niger et le Burkina Faso qui ont des frontières communes avec la Mauritanie, l’Algérie,  la Guinée, la Cote d’Ivoire, le Tchad, la Libye, le Benin, le Togo, le Ghana et le Nigeria.



Orpailleurs artisanaux

            Sa mission est d’endiguer la poussée des mouvements djihadistes et accessoirement, de protéger les intérêts français dans la région. Mais on oublie l’or. La médiocrité des armées est telle que son retrait prématuré précipiterait le chaos dans la région. La présence française s’avère durable mais limitée en efficacité, malgré quelques succès. On évite de mentionner que depuis 2012 on a découvert un filon aurifère qui traverse ces territoires. Depuis 2014 on exploite l’or artisanalement et à partir de 2016 industriellement. Cette richesse devait être un facteur positif pour ces pays, à l’épicentre sécuritaire du Sahel.
            De fait, c’est devenu un facteur négatif. Ces États sont faibles. Le pouvoir central s’est retiré des régions les plus difficiles d’accès. L’autorité de l’État n’a cessé de se dégrader et son contrôle sécuritaire de même. La pénétration djihadiste ne fait que croître. Les taches sécuritaires ont été déléguées à des groupes privés, aussi bien des milices que les membres d’une ethnie locale.
            Très rapidement, leur capacité à exercer cette protection a démontré ses limites. L’augmentation des attaques et des victimes en témoigne. Cette vacuité et la recherche de l’or bouleversent la situation. Les orpailleurs, les groupes chargés de la sécurité sont devenus, pour certains, eux-mêmes, des prédateurs et des complices objectifs des djihadistes qui connaissent bien mieux le terrain que les militaires. Ce qui explique sans doute un tel silence médiatique et politique.
            Actuellement, ces nombreux groupes djihadistes dont Aqmi, Daech, Ansar Eddine et d’autres aspirent à se partager le gâteau. Certains des orpailleurs ainsi que des groupes chargés initialement de la protection des exploitants composent avec les terroristes, moins par conviction que par nécessité et opportunisme économique, dans ces régions abandonnées par le pouvoir. Certaines populations musulmanes, en mal de moralisation, accueillent les djihadistes qui appliquent la Charia, éradiquant les vols, l’alcool et la prostitution. Des alliances ponctuelles entre rebelles et djihadistes se nouent et dénouent au gré des motivations.
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            Certaines de ces ethnies, fidèles à leur mission, deviennent la cible des djihadistes. Ce qui se traduit, par de nombreuses victimes civiles. D’autres groupes, forts de cette délégation, font la loi, jugent et même exécutent, ce qui leur vaut l’inimitié des populations locales qui voient favorablement l’arrivée des djihadistes. Le dénuement de certaines de ces populations délaissées, permet aux djihadistes d’y instaurer une relative paix sociale, à l’instar de certains de nos quartiers laissés aux mains des trafiquants, en échange de cette «paix sociale».
            La possibilité de se financer avec l’or, entraîne la montée de la violence pour obtenir le contrôle de cette nouvelle ressource. Très souvent l’or sert à l’enrichissement des orpailleurs sous protection des djihadistes qui agissent comme des mafias, en prélevant une taxe, la Zakat. Comme les exploitations industrielles utilisent des explosifs, certains djihadistes bénéficient non seulement d’une formation à leur usage, mais en les volant, trouve un approvisionnement pour la fabrication d’engin improvisés.
            Cette conjonction, entre appât du gain, présence des terroristes et enrichissement individuel, permet aussi le recrutement de nouveaux adeptes.  L’écoulement de l’or est réalisé par des réseaux parallèles, car l’extraction artisanale clandestine représenterait 50% de la production industrielle ; elle atteindrait 10 à 15 tonnes au Niger, 30 à 50 tonnes au Mali et 20 à 30 tonnes au Burkina, pour une valeur fluctuante entre 2 à plus de 4 milliards de dollars par an.
Souk de l'or à Dubaï

            L’essentiel de cet or clandestin part à Dubaï, mais aussi en Suisse et en Chine. Des opérations militaires permettent ponctuellement de ralentir la poussée djihadiste, toutefois la porosité des frontières permet tous les trafics, armes, narcotrafic, blanchiment, grâce à l’or, car le financement reste le nerf de la guerre. Tant que les États de droit n’en n’auront pas la volonté, rien n’arrêtera cette progression, surtout avec des régimes sous perfusion, France en tête. L’ONU ne fait rien, mais trouve toutes les occasions pour condamner Israël, pour bien moins que les crimes des djihadistes. Comment est-il possible que cette situation perdure, pendant que les djihadistes reconstituent un Daech africain. Peut-on imaginer que c’est la volonté des puissances concernées de laisser la situation pourrir ou s’agit-il d’un aveu d’impuissance, voire d’une décision de ne rien faire de plus.

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