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mardi 29 octobre 2019

Le danger turc par Dov ZERAH



LE DANGER TURC

Le point de Dov ZERAH



            

         Il y a quinze jours, j’ai appelé votre attention sur la politique de désengagement du Président Donald Trump. Je concluais ma chronique en constatant que cette politique fragilise le monde et écorne la crédibilité des États-Unis. Nous en avons eu la démonstration au cours des quinze jours. Le Proche-Orient a été déstabilisé, les cartes ont été rebattues en Syrie. La séquence des événements depuis le lâchage des Kurdes n’est pas à la gloire des Américains.


Al Baghdadi

            Le bombardement entraînant la mort du calife Ibrahim, le chef de l’État islamique, surmédiatisé par le Président Donald Trump, ne fera pas oublier la page de leur histoire qu’ils viennent d’écrire. C’est indiscutablement un réel succès obtenu par l’armée américaine, mais Al Baghdadi aura incessamment sous peu un successeur, si ce n’est déjà fait.
            Par ailleurs, de la même façon que la mort de Ben Laden n’a pas fait disparaître Al Quaïda, le réseau État islamique demeure. Dimanche, nous avons eu droit à un formidable rideau de fumée. Pour s’en convaincre, reprenons les différents événements.
            Tout a commencé avec un communiqué de presse de la Maison Blanche rapportant, le 6 octobre, une conversation téléphonique Trump-Erdogan en ces termes : «La Turquie va bientôt engager son opération prévue dans le nord de la Syrie. Les forces armées des États-Unis ne soutiendront ni ne participeront à l’opération, et les forces des États-Unis, après avoir vaincu le «califat» territorial et l’État islamique [EI], ne seront plus dans les environs immédiats».
            Le texte est tellement clair qu’à peine les troupes américaines retirées de la frontière syro-turque, et plus particulièrement des deux villes de Tall Abyad et de Ras Al-Aïn, qu’Erdogan lançait ses troupes à la conquête des zones kurdes, en les vidant de leurs populations. Les Turcs veulent une «zone de sécurité» sans Kurdes, pour y installer, avec l’argent des Européens, une partie des réfugiés syriens. La création de cette zone avait déjà fait l’objet d’un accord américano-turc le 7 août.
            Face au tollé soulevé par ce retrait, à l’abandon des alliés kurdes, et aux conséquences humanitaires, Donald Trump va mettre en avant l’échec de la mise sur pied d’un mécanisme d’interposition entre Turcs et Kurdes, et la nécessité de se retirer d’une «bataille sans objectif» à la suite de la fin de l’État islamique. Les arguments sont fondés et il est compréhensible que les Américains ne souhaitent pas s’éterniser en Syrie comme en Afghanistan.
            Néanmoins, tweeter que les Kurdes n’ont été d’aucun secours contre les Nazis ou qu’ils «… ont reçu d’énormes sommes d’argent et d’équipement…» constitue des remarques inappropriées. Dans le même temps, Donald Trump laisse entendre qu’il va prendre des sanctions économiques contre la Turquie, comme il l’avait déjà fait lorsque Ankara a choisi le système de défense russe S-300, malgré son appartenance à l’OTAN. Mais, Donald Trump a eu du mal à convaincre.


            La multiplication des critiques le conduit à dépêcher son secrétaire d’État à Ankara pour négocier un cessez-le-feu avec Erdogan. Á peine obtenu, et largement surexploité médiatiquement, Wladimir Poutine intervient en tant que parrain de la Syrie, pour valider «la zone de sécurité». Pendant que Donald Trump parle de manière plus ou moins véhémente, tweete, le chef du Kremlin avance ses pions ; c’est le véritable maître du jeu proche oriental.
            Qu’a obtenu en échange Wladimir Poutine ? La Turquie a atteint son objectif avec la passivité américaine et la bénédiction russe. L’Europe ne dit rien, ne fait rien… ! Certains ont envisagé des sanctions économiques. Erdogan a immédiatement laissé entendre qu’il laisserait passer les migrants retenus avec l’aide financière européenne.
            D’autres envisagent d’exclure la Turquie de l’OTAN. Dans ce cas de figure, quel serait le devenir des ogives nucléaires américaines entreposées notamment à la grande base d’Incerlik ? Le sujet est réel, même s’il est rarement évoqué, car Erdogan a affiché les ambitions nucléaires qu’il assigne à son pays. Et si l’Occident avait peur que la Turquie ne prenne en otage les armes nucléaires de l’Otan basées sur son territoire ?
            Migrants et armes nucléaires semblent donner de grandes possibilités d’actions à Erdogan, tant en interne que dans la région.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Mais qu'est "le danger turc" à côté de celui que nous fait courir la politique folle de l'Amérique ?

Ainsi que l'écrit Guillaume Berlat : "Notre Oncle Sam (démocrate et républicain) qui ose encore se présenter comme l'inspirateur d'essence divine, du ou des progrès de la planète, apparaît de plus en plus comme un marchand d'illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance..."

L'Amérique "galope d'échec militaire en échec militaire sans qu'elle n'en tire les conclusions qui s'imposent..."

https://prochetmoyen-orient.ch/guerre-les-americains-sont-alouest/

AMMONRUSQ a dit…

Bonjour,
Votre article n'est pas faux, mais que font les européens et la France en particuliers, rien mais on compte toujours sur les Américains,je ne trouve pas ça normal, pourtant nous avons en Europe des grandes gueules,mais simplement des grandes gueules.