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dimanche 20 octobre 2019

La guerre de succession est ouverte au Likoud


LA GUERRE DE SUCCESSION EST OUVERTE AU LIKOUD

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
Dix premiers leaders du Likoud: Benjamin Netanyahou2 Yuli Edelstein 3 Yisrael Katz 4 Gilad Erdan Gideon Sa'ar 6 Miri Regev  7 Yariv Levin 8 Yoav Gallant 9 Nir Barkat

          Jusqu’à présent aucun dirigeant du Likoud n’avait osé affirmer sa candidature à la succession de Benjamin Netanyahou pour éviter d’être mis à l’index par les caciques du parti. Seul Gideon Saar [*] avait annoncé qu’il «était prêt» à prendre la direction du Likoud. Mais à présent les hiérarques commencent discrètement à se désolidariser parce qu’ils ne voient pas d’issue ou de solution à la constitution d’un gouvernement sous l’égide de Netanyahou. Ils ne sont pas prêts à tout perdre pour le bon vouloir d’un chef, partiellement désavoué par les électeurs qui ne lui ont pas donné de majorité.



Nir Barkat

            C’est ainsi que, après Saar, l’ancien maire de Jérusalem, Nir Barkat, a estimé que c’était «son tour après Netanyahou». Les candidats se bousculent donc et l’on parle même de la désignation du chef du Mossad, Yossi Cohen, comme successeur putatif choisi par le premier ministre.
            Bien sûr par prudence, Nir Barkat précise que sa candidature n’est envisageable que lorsque Netanyahou mettra fin volontairement à sa vie politique : «Le jour où l'ère Netanyahou se terminera, je me présenterai comme candidat à la direction du parti et au poste de premier ministre». Si pour l’instant Netanyahou n’envisage pas encore de lever le pied, Barkat ne tient pas à laisser Gideon Saar seul dans la course.  Il estime avoir sur lui plusieurs avantages en plus de sa richesse estimée à 500 millions de shekels (140 millions de dollars) mais aussi une stature internationale et une expertise dans les affaires. Il est très proche des Américains et est rompu aux négociations internationales. D’ailleurs, il profite de lancer une pique à l’autre candidat, Israël Katz, qui ne s’est pas encore prononcé mais qui selon lui n’a aucune pensée entrepreneuriale et en particulier aucune expérience du management. Katz avait essayé de prendre la direction du Likoud mais il avait été humilié et avait dû renoncer pour garder son portefeuille de ministre.
Israël Katz

            Sa candidature est une décision courageuse car le leader du Likoud n’a pas encore mis un genou à terre mais il a besoin de se mettre très vite sur les rangs en précisant cependant que «je ne courrais jamais contre Netanyahou, peu importe le prix». Sa position de millionnaire le rend peu crédible sur les questions sociales ; en revanche il sera peu perméable à la corruption. Les dirigeants du Likoud considèrent qu’il fait partie d’un monde à part, celui des nantis, et ont donc du mal à envisager sa nomination au poste de premier ministre. D’ailleurs aux primaires, malgré le budget qu’il a consacré, il n’a décroché que la 10ème place face à Saar qui était sixième tandis qu’Israël Katz était troisième. Sur le plan interne au parti, il aura du mal à battre les dirigeants actuels. L’argent ne fait pas tout dans un parti qui a toujours fait la part belle aux classes sociales moyennes et défavorisées.


            Cependant s’il avait le choix, Netanyahou aurait préféré designer son propre candidat, un candidat loyal dont il a assuré la carrière. Yossi Cohen, directeur du Mossad ou Ron Dermer, ambassadeur aux États-Unis sont ses candidats avec lesquels il pourrait continuer à gouverner, à travers eux. Ces deux candidats ont l'avantage suprême d'être adoubés par Sarah Netanyahou qui a ses têtes.
          Yossi Cohen fait fonction de ministre adjoint des affaires étrangères car il est accueilli en ami dans tous les palais du Moyen-Orient. Il est à la base de toutes les avancées avec les potentats arabes. Mais il est pénalisé par la loi justement votée par Benjamin Netanyahou pour bloquer ses concurrents ; les membres de l’armée doivent patienter trois ans après la fin de leur mandat avant de se lancer en politique. Certes Cohen est jeune et patient et quand il terminera ses années d’activité au Mossad, il entrera certainement en politique, soutenu par son mentor.
            Mais pour donner du poids à sa personnalité, il a tendance à révéler ses références meurtrières pour donner du poids à sa candidature au pont d’en abuser. En plus d’afficher ses valeurs sionistes, il tient à compléter son CV en rappelant ses antécédents religieux en Yeshiva pour déjà se mettre en phase avec les religieux orthodoxes dont il s’est pourtant éloigné par sa fonction. Le chef du Mossad détonne par rapport à ses prédécesseurs que nous avons connus dans le passé de manière anonyme ; leur visage et leur nom restaient dans le secret absolu. Ils étaient désignés par une seule initiale.
Ron Dermer

            Par sa personnalité, il se distingue totalement de l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Ron Dermer, qui est né à Miami en 1971 et qui n'a émigré en Israël qu'à l'âge de 26 ans, sans aucun dossier militaire alors que la famille de Yossi Cohen remonte à plusieurs générations en Palestine. Il est diplômé de l’Université de Pennsylvanie et d’Oxford. Netanyahou, qui a toujours été impressionné par les Américains aurait fait savoir qu’il considérait Ron Dermer comme un successeur possible à la tête du pays, après son retrait de la vie politique.
            Proche confident du premier ministre et classé plus à droite que lui, il est un opposant irréductible de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Il avait orchestré en coulisses la prise de parole de Netanyahou au Congrès américain, lors du mandat de Barack Obama, pour dénoncer l’accord signé. Une relation très particulière unit les deux hommes, basée sur une confiance et une estime mutuelles : «Ron est l'une des personnes les plus talentueuses et dévouées que je connaisse, il n'y a personne de plus méritant», avait dit de lui le premier ministre.

Sarah Netanyahou entre Yossi Cohen et Ron Dermer

            Tablet Magazine le décrit comme «l’alter ego de Netanyahou et son homme à tout faire. Il a une influence considérable sur la politique étrangère menée par son Premier ministre». Dermer est opposé à une solution à deux États, pourtant acceptée du bout des lèvres par le gouvernement de son pays, car elle serait une «solution enfantine à un problème complexe». Des câbles diplomatiques publiés par Wikileaks ont aussi révélé qu'il ne voyait pas le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas comme un partenaire pour la paix. Dans ses tribunes hebdomadaires publiées dans le Jerusalem Post, il dépeignait les dirigeants palestiniens, Yasser Arafat et Marwan Barghouti en particulier, tantôt «comme des terroristes et tantôt comme des tyrans».
            Après une dizaine d’années de stagnation dédiées au seul Netanyahou, le Likoud bouge. Les ambitions s’expriment ouvertement mais nombreux sont ceux qui estiment qu’ils ont trop attendu. Ceux qui avaient tenté de s'opposer au leader avait été neutralisés. Aujourd'hui les temps ont changé. Il n’est pas impossible qu’ils fassent comme Ariel Sharon en prenant leur liberté.



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