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lundi 14 octobre 2019

Gideon Saar organise ouvertement la fronde au Likoud



GIDEON SAAR ORGANISE OUVERTEMENT LA FRONDE AU LIKOUD

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Gideon Saar est né Gideon Moses Serchanski le 9 décembre 1966, d’une famille originaire de Boukhara, en Ouzbékistan.  Il a étudié les sciences politiques à l'université de Tel Aviv et obtenu un BA de droit. Il a travaillé, de 1995 à 1997, dans le cabinet de Michael Ben-Yaïr, conseiller juridique du gouvernement puis auprès du procureur de l'État jusqu'en 1998. Il a ensuite rejoint le secrétariat du gouvernement en 1999, puis de 2001 à 2002 après la victoire d'Ariel Sharon lors de l'élection de février 2001.



            Élu à la 16ème Knesset lors des élections législatives de 2003, Saar avait été nommé président du groupe parlementaire du Likoud. Puis il a occupé les fonctions de ministre de l'Éducation de 2009 à 2013 et de ministre de l'Intérieur du 18 mars 2013 au 4 novembre 2014. Il aurait souhaité garder son poste à l’Éducation mais pour des impératifs de coalition, le rabbin Shai Piron (Yesh Atid) avait été nommé à sa place.
            Il ne fait aucun doute qu’il a l’étoffe d’un premier ministre. Certes ambitieux, il avait cependant choisi de démissionner de la Knesset en octobre 2014 pour la fausse excuse de s’occuper de sa famille dans un modeste appartement de Tel-Aviv, dans le cadre d’une pause politique qui lui a permis de réfléchir. Il dispose d’une excellente conseillère en la personne de sa deuxième femme, la journaliste et animatrice de télévision Géoula Even Saar, qu’il a épousée en deuxième noce en 2013. Elle avait d’ailleurs quitté la télévision en 2018 pour aider son époux à la conquête du parti, voire du pays. 


            En fait, il était déjà en désaccord avec Netanyahou qui avait tout fait pour lui barrer la route. Mais il n’est jamais resté loin de la scène politique et était persuadé qu’il reviendrait un jour : «Quand j'ai démissionné du gouvernement et de la Knesset en novembre 2014, il était clair que je reviendrais. La question était juste quand».
         Dès lors il était considéré comme le concurrent principal de Benjamin Netanyahou au sein du Likoud. Il avait annoncé avec emphase, à Akko le 3 avril 2017, son retour en politique «Je suis ici ce soir pour vous dire que la pause est terminée. Je reviens à la vie publique et à la vie politique, pour le Likoud, pour le peuple d’Israël, pour l’État. Mon objectif est de renforcer le Likoud face à ses défis, et de m’assurer que le Likoud soit le parti du futur».

             Incisif, il avait à l’époque critiqué la décision de Netanyahou de limiter les constructions dans les implantations à la demande des Américains : «Nous devons nous demander : qui sommes-nous ? En tant que pays, en tant que peuple, au Likoud. On pressent le danger du retour aux mêmes vieilles exigences, quand Israël doit revenir aux frontières de 1967, ce qui, comme nous l’avons toujours estimé, représenterait un grand danger pour Israël et pour sa sécurité. Face à ce défi, nous devons renforcer le pays et renforcer le Likoud comme le parti politique national central en Israël».
            Il n'a jamais caché pas son ambition mais il a su se montrer patient : «Je ne suis pas pressé de devenir premier ministre, mais j'ai clairement dit à mon retour que j'avais l'intention de diriger le parti et le pays à l'avenir». Il sait qu’il peut compter sur sa femme Gueula Even Saar, l'une des meilleures journalistes d'Israël. Après trois ans de retrait, il était temps pour lui de se préparer aux élections : «Avant ma pause, j'étais très populaire au Likoud. Deux fois, j'ai été placé à la première place des primaires». Aux dernières élections, malgré les obstacles qui s'opposaient à sa candidature, il avait été placé à la 6ème place sur la liste des candidats.
            Il n’a pas apprécié l’évolution idéologique de son parti : «le Likoud est passé d'un parti de centre-droit à un parti purement de droite mais la tradition est de toujours soutenir le chef». Certes discipliné au sein de son parti, il a refusé de croiser le fer avec Netanyahou malgré leurs divergences affichées : «Nous ne connaissons pas la situation dans son ensemble et je pense qu'il est très prématuré de faire entendre une voix politique à ce sujet».
            En tant que nationaliste convaincu, il est très réservé sur le processus de paix enclenché par Donald Trump : «Je ne pense pas que nous puissions conclure un accord sur le statut définitif dans un avenir prévisible. La confiance entre les deux parties est nulle aujourd'hui, donc je pense qu'il est préférable de renouveler les négociations avec des objectifs plus modestes. Israël ne doit pas être seul à faire des concessions. Les Palestiniens doivent mettre fin à leur incitation à la haine et à la violence. Ils ont également besoin d'un leader fort qui peut les amener à un compromis historique. Deux États est une formule trompeuse et je m'oppose à l'idée. Même si Israël se retirait sur les lignes de 1967 - ce à quoi je m'oppose - les Palestiniens ne seraient pas capables de former un État économique viable. Ce serait trop petit, pas d'accès, pas de contrôle de ses frontières ou de son espace aérien. Il n'aurait pas les droits ou la capacité d'un État normal. La solution logique est de connecter l'entité palestinienne avec la Jordanie, où la majorité de sa population est palestinienne».
            Saar a adopté un profil bas face aux affaires judiciaires du leader du Likoud sans chercher à exploiter la situation pour ne pas minimiser ses chances de devenir premier ministre. Malgré ses désaccords avec Netanyahou, voire leur haine réciproque, il savait que ce serait suicidaire d’attaquer de front le premier ministre, par loyauté envers le chef incontesté du parti. Mais aujourd’hui la situation a changé ; le leader a eu deux échecs aux élections et il n’est plus question de le suivre aveuglément.
            Dès que Netanyahou a émis le projet d’élections primaires, il s’est immédiatement mis sur les rangs : «Personne ne nie le rôle du Premier ministre en tant que président du Likoud. Mais quand il y a une course à la direction du parti, je me porte candidat». Cela a poussé le premier ministre à surseoir à son projet pour lequel il s’estimait d’office battu. Après dix ans aux affaires, nombreux sont les militants qui estiment qu’il était temps qu’il se retire, a fortiori lorsqu’il est sur le coup d’une inculpation pénale. La paralysie politique a trop duré.
Saar et Yaalon à la knesset

            En bon politique ambitieux et intelligent, Saar sait entretenir de bonnes relations avec l’ensemble de la classe politique, de droite comme de l'opposition, et en particulier avec les anciens du Likoud à l'instar de Moshé Yaalon qui joue l’entremetteur avec Benny Gantz. Le frondeur pourrait éventuellement participer, avec d’autres militants du Likoud, à un gouvernement d’union nationale, sans la présence de Netanyahou, dans le cadre d’une rotation au poste de premier ministre. Cela explique pourquoi Yaïr Lapid a libéré sa place pour faciliter les négociations et l’entrée de Saar et de ses amis dans la coalition.
            Limor Livnat, ancienne inconditionnelle de Netanyahou, semble justifier l’attitude de Saar : «Au lieu de cultiver des successeurs potentiels, Netanyahou a neutralisé tous les membres du Likoud qui ont manifesté leur indépendance. Depuis quand l'annonce de sa candidature à une primaire du parti est-elle interprétée comme un complot contre le président du parti en exercice ?». Le départ de Netanyahou pourrait enfin résoudre la crise gouvernementale.
            Les relations entre Saar et Netanyahou sont à présent rompues. Si un troisième round d’élections était lancé, alors la guerre totale entre eux sera actée. Les dissensions au sein du parti risquent de faire exploser le Likoud une fois les ambitions libérées. Seul un gouvernement d’union permettra à la droite de se rassembler pour éviter l’épisode durant lequel Ariel Sharon avait laminé le parti en le réduisant à 12 députés.   

1 commentaire:

Michel LEVY a dit…

Il est temps ! ! je n'ai guère de sympathie pour le Likoud, mais ce mouvement a une histoire, des principes et des valeurs. C'est un mouvement libéral, nationaliste, laïque au sens français du terme.
Ce n'est pas un mouvement messianiste, religieux, homophobe etc...
Bibi entraîne le Likoud loin de sa base électorale traditionnelle.