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jeudi 24 octobre 2019

Gantz pourrait bénéficier d'une trahison



GANTZ POURRAIT BÉNÉFICIER D’UNE TRAHISON

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Les hommes politiques, de tous les pays, ne sont pas des Saints et pour accéder au pouvoir, ils sont prêts à trahir leurs amis, leur famille politique et parfois leur pays. Les exemples foisonnent. Benny Gantz, qui devrait recevoir la mission de constituer un nouveau gouvernement aura la tâche difficile car il dispose de peu de réserves de sièges à la Knesset. 44 sièges ou 52 sièges si Lieberman se joint à lui au cas où les Arabes et les orthodoxes n'entrent pas dans la coalition. Il lui manque 9 sièges pour une majorité, d’où deux scénarios à prévoir.




            La première solution consiste à proposer à la Knesset un gouvernement minoritaire avec la participation d’Avigdor Lieberman et la neutralité des partis arabes qui ne donneront pas leurs voix à une motion de censure. Le Likoud et les partis d’extrême-droite ne parviendront pas à boucler une majorité de blocage. Gantz attendra ensuite que l'ère Nétanyahou s'estompe, que les appétits politiques s’expriment pour accueillir progressivement des candidats à un portefeuille ministériel, venus de la droite. Ayelet Shaked frétille déjà et elle avait déjà refusé de signer le nouveau serment de fidélité à Bibi. Elle est donc libre de rejoindre Gantz mais elle ne pèse que 3 voix. 
          La deuxième solution est fondée sur une trahison de certains députés du Likoud qui ont été brimés sous le régime de Netanyahou et qui n’attendront pas longtemps avant de proposer leurs services. Pour eux la trahison serait une sorte de vengeance froide. L’Histoire est chargée d’exemples, d’hier et d’aujourd’hui.
            L'assassinat de Jules César a été le résultat d'un complot de sénateurs romains qui se surnommaient entre eux les Liberatores et dont le chef le plus renommé fut Marcus Junius Brutus. L’événement eut lieu à la curie attenante au théâtre de Pompée durant les ides de mars (le 15 mars) de l'an 44 av. J.-C.
            Ganelon est un personnage littéraire de la Chanson de Roland, beau-frère de Charlemagne et beau-père de Roland. Il le trahit en le mettant à l'arrière-garde qui devait se faire attaquer à Roncevaux. Pour cette raison, il est devenu dans la tradition française l'archétype du félon, du traître et du lâche.
Pompidou- De Gaulle

            En France la conquête de la présidence de la République est toujours à la base d’une trahison. Ébranlé après l’élection présidentielle de 1965, où il a été contraint à un second tour face à François Mitterrand, touché par les événements de mai 68, le général de Gaulle avait été poussé à la démission après le «non» des Français au référendum de 1969. Georges Pompidou avait alors fait des déclarations étranges à son ministre de l’intérieur Louis Joxe, peu répercutées par la presse : «Le général est mort ! De Gaulle n’existe plus». Cette trahison en a entraîné une autre.
            Lorsque Pompidou décède, emporté par la maladie, en 1974, le chef du parti gaulliste, Jacques Chaban-Delmas annonce sa candidature alors que le président n’est pas encore enterré. Mais Jacques Chirac enclenche son fameux «Appel des 43» dirigeants gaullistes pour soutenir, contre son camp, la candidature de Valéry  Giscard d’Estaing qui est donc élu. Certains ont prétendu qu’il ne s’agissait pas de trahison mais d’un effet naturel de la compétition.
            Mais Jacques Chirac ne s’en tiendra pas là. En 1981, estimant que Giscard d’Estaing avait trahi ses promesses vis-à-vis de lui, il soutiendra en secret la candidature de François Mitterrand. Il avait envoyé aux militants gaullistes une circulaire pour les inciter à voter «contre  Giscard d’Estaing, qui a voté ‘non’ au référendum du Général». C’était une excuse comme une autre. Il dînera avec François Mitterrand quelques jours avant le scrutin. Avant de se mettre à table, Chirac avait dit «il faut nous débarrasser de Giscard». 
Chirac-Chaban

            En 1995, alors que Chirac était au plus bas dans les sondages, il sera trahi à son tour par ses plus fidèles amis, en particulier Nicolas Sarkozy, qui avaient décidé de rallier Edouard Balladur, en vain. Ce ne sont que quelques exemples des plus illustres trahisons en politique.
            Israël ne fait pas exception. La dernière trahison est celle de Donald Trump en pleine campagne électorale de Netanyahou. Il a limogé John Bolton, l’ami du premier ministre, qui prônait la guerre contre un Iran devenu la bête noire de l’État juif. Donald Trump avait sapé ce dont Netanyahou aimait tant se vanter, à savoir son alliance avec le président des États-Unis, en congédiant sans ménagement son principal soutien à la Maison-Blanche, John Bolton.
Trump-Pompeo-Bolton

            La trahison est une constante en politique ; elle fait partie des moyens d’atteindre ses objectifs ou de se venger d’un leader incontesté mais autoritaire. Netanyahou a préféré garder pour lui quatre ministères plutôt que de désigner quatre militants méritants du Likoud. Mais en les mettant à la lumière, ils risquaient de devenir de sérieux concurrents. Ceux qui ont été volontairement placés dans l’oubli, ont un moyen inespéré aujourd’hui de se venger froidement de celui qui les a écrasés sans ménagement. Hors du pouvoir, le Likoud ne pèse plus rien et ils ne craignent aucune mesure de rétorsion. Des années sans participer au gouvernement alors qu’ils en avaient les compétences et la volonté, des années à être humiliés parce qu’ils se sont permis de tenir tête à un dirigeant qui prenait de plus en plus l’allure d’un dictateur, des années à subir les foudres de l’épouse exigeante du premier ministre, bref des années de mise à l’écart sans raison politique autre que le refus du partage des responsabilités.
            Au Likoud, nombreux sont ceux qui ne doivent plus rien à Netanyahou. Ils peuvent s’affranchir de sa vindicte et voir d’abord leur intérêt puis celui du pays qui ne peut pas souffrir d’une absence de gouvernement. Ils n'ont aucun intérêt à de nouvelles élections, car avec la chute de leur leader, ils pourraient perdre des sièges. Les dix derniers de la liste feront tout pour continuer à siéger à la Knesset.
          Par ailleurs la fusion des listes Likoud-Koulanou, faite contre la volonté des militants, n'a rien apporté de plus. Il est probable que chaque entité reprendra sa liberté et Moshé Kahlon la sienne.
         Alors ceux-là mettront leurs scrupules dans leurs poches et trouveront un terrain d’entente avec les leaders de Kahol-Laval qui ne sont pas des gauchistes, qui ont eu des responsabilités au sommet dans Tsahal sans penser à la brader aujourd’hui. Le pays a besoin de se rassembler, il le doit, il le peut. Les Arabes israéliens ne sont pas nos ennemis et ne peuvent être tous comparés à des terroristes. Ce sont des citoyens à part entière. En revanche, pour les Arabes palestiniens, je leur souhaite un Etat car vivement eux chez eux et nous chez nous. 
Guidéon Saar

            L’obstacle de Netanyahou est à présent levé et il n’a plus la même fougue à 70 ans pour reprendre le combat politique. Il a fait son temps et nous l’avions dit dans un de nos précédents articles, il a fait le combat de trop. Il aurait dû se retirer en pleine gloire et non après deux échecs électoraux successifs qui ont effacé ce qu’il y avait de positif dans son action politique d’une pleine décade. L’espoir a changé de camp.


1 commentaire:

bliahphilippe a dit…

La derniére phrase de Natanyahou au cours de sa partie de poker : "Si j'étais roi je me méfierai des As."