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lundi 23 septembre 2019

Les nuages s'accumulent en Turquie par BAZAK


LES NUAGES S’ACCUMULENT EN TURQUIE

Par  BAZAK



La Turquie est un grand pays et un acteur incontournable au Moyen-Orient. Autant Erdogan a fait preuve d’un grand dynamisme dans les premières années de sa présence au pouvoir, autant ses choix extrêmes et son goût du pouvoir personnel semblent conduire le pays vers une voie semée d’embûches et une crise grave. Les prémices semblent l’indiquer. La Turquie n’est plus un allié fiable et son président parait beaucoup plus préoccupé par son destin personnel que l’avenir de son pays.



Le grand turc d’Ankara, premier ministre de 2003 à 2014, président depuis 2014, est de plus en plus confronté à des difficultés qu’il a du mal à accepter et à affronter. Ses prises de position se radicalisent. Ce qui se traduit par une fébrilité croissante dans toutes ses déclarations et ses décisions tant sur le plan intérieur qu’à l’international. Dernièrement, il a déclaré «qu’il n’accepterait pas que son pays n’ait pas l’arme atomique, alors que d’autres la possède», sans plus de précisions. Erdogan a souligné «que les États-Unis et la Russie disposent de milliers de têtes nucléaires et qu’Israël également, comme arme de dissuasion, que pratiquement tous les pays industrialisés en disposent, que la Turquie poursuivrait son programme actuel». Depuis 2018, la Turquie a entamé la construction de sa première centrale nucléaire.
Ces déclarations constituent un signal d’alarme, alors que le pays a ratifié les traités de non-possession et de non-prolifération des armes nucléaires, ce qui le prive du droit d’en posséder, le cas de la plupart des grandes puissances industrielles, à l’exception des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Chine de la Russie et de la France. Quatre pays non-signataires possèdent l’arme nucléaire, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. Le cas de l’Iran est connu. L’Arabie saoudite mènerait des recherches en secret.
Bien que membre de l’OTAN, la Turquie a décidé d’acquérir un système de défense antimissiles russe, en partie livré ce qui a entraîné l’arrêt de livraisons d’avions F-35 par Washington. La Turquie est un opposant farouche du parti kurde et de la constitution d’une entité kurde.


Un différend important l’oppose aussi aux Américains qui ont un accord avec les forces kurdes contrôlant un secteur du nord de la Syrie, considérés par la Turquie comme une menace terroriste. Le contentieux ne fait donc qu’augmenter. Erdogan vient d’accueillir un sommet tripartite sur la situation en Syrie, avec Poutine et Rouhani. Selon ses déclarations «les participants ont pris des décisions importantes» cependant les deux autres participants n’ont rien dit de plus. Chaque partie a des objectifs précis qui ne sont pas ceux du voisin, sinon on aurait eu droit à une déclaration commune et une conférence de presse. La durée du conflit dans ce secteur et la multiplication des opérations en dit long sur sa complexité et les oppositions des intervenants !
Dans le même temps, sur le plan politique, on ressent progressivement de petites secousses sismiques, qui semblent croître en puissance et se rapprochent. Encore peu perceptibles, des fissures toujours plus nombreuses, apparaissent au sein même du parti du président de l’AKP. L’ancien premier ministre de 2014  à 2016 et ex-président du parti, Ahmet Davutoglou, accompagné de trois autres membres importants, vient d’annoncer son départ du parti, qui «s’est éloigné de ses valeurs fondatrices» afin de créer un nouveau parti qu’il considère «être sa responsabilité historique» Il a indiqué ne plus pouvoir travailler avec «la clique» actuelle, laquelle ne supporte plus aucune critique de l’intérieur, qualifiée systématiquement de «trahison» Il a manifestement anticipé sa comparution devant la commission de discipline du parti en vue de son expulsion.
Davutoglou

Cette défection importante s’ajoute à plusieurs autres, récentes, dont celle de l’ancien vice-premier ministre et ministre de l’économie Ali Babacan en juillet, qui à son tour veut constituer une nouvelle formation. Des divisions de plus en plus fréquentes font suite à la politique répressive et violente adoptée depuis le coup d’État manqué de 2016. L’annulation très controversée de la première élection d’Istanbul a créé un sérieux malaise parmi les cadres dirigeants du parti, surtout après le succès de l’opposition et n’a fait qu’accentuer les divisions internes. Erdogan ne bénéficie plus de la baraka qui le rendait virtuellement invincible depuis 17 ans, élection après élection.
Erdogan non content de s’en prendre à de très nombreux fonctionnaires, militaires, journalistes, artistes, écrivains n’a pas supporté les tweets et les poèmes de la présidente du parti d’opposition, le Parti Républicain du Peuple, Canan Kaftanctoglu. Elle a été condamnée à 9 ans et 8 mois de prison le 6 septembre par la Cour criminelle, pour «insultes au président de la République et propagande terroriste» pour exister le pouvoir a besoin d’ennemis.
Ce qui ailleurs aurait éventuellement été un procès en diffamation, est devenu un délit d’opinion. La liberté d’expression a vécu ! Ce régime est devenu totalitaire, l’arbitraire est devenu sa règle. La crise économique qui a débuté en 2018, a érodé les résultats de l’AKP aux différents scrutins, ce qui réduit d’autant sa base électorale. L’inflation pousse les prix des denrées de base à la hausse, le chômage augmente, la monnaie fond. Tous les indicateurs sont au rouge, mais le grand Turc n’écoute plus que lui-même. Vouloir jouer en permanence dans la cour des Grands suppose les moyens correspondants, qu’il n’a plus et le respect des règles du jeux, même entre grands joueurs de poker.
Naguère allié d’Israël, ce pays est devenu son ennemi et veut s’ancrer au monde islamique pour y jouer un rôle dominateur. Son rêve est de reconstituer l’empire ottoman. Il se propose d’accueillir un très prochain sommet de l’union Islamique à la suite de la déclaration d’annexion faite par Benjamin Netanyahou. Dans le conflit syrien il joue gros car désireux de s’approprier une partie du gâteau sur sa frontière Nord contre les Kurdes, sa bête noire historique. En mer Noire il veut composer avec son grand voisin la Russie. A l’instar de la grenouille dans la fable de la Fontaine, il veut manifestement imiter plusieurs bœufs ! Bientôt, le cercle déjà restreint des intimes risque de devenir le cercle des disparus. A ce rythme, le grand Turc subira le sort qui attend tôt ou tard, chaque dictateur.



1 commentaire:

2 nids a dit…

bon article, il faut rajouter systématiquement que tant que la Turquie n'aura pas reconnu le génocide Arméniens, ce pays reste un pays d'assassins et l'Europe devrait renforcer sa frontière en Bulgarie et en Grèce le plus rapidement possible afin d'éviter l'immigration du à la surpopulation de cette planète en très grande partie..