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mercredi 11 septembre 2019

Une semaine pour sauver le soldat Netanyahou



UNE SEMAINE POUR SAUVER LE SOLDAT NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

A une semaine du scrutin, les lignes politiques ne bougent pas beaucoup en Israël et Netanyahou use ses dernières cartouches pour assurer sa survie politique. L’équilibre entre le clan de gauche et celui de droite est parfait, ce qui complique la désignation du premier ministre et la constitution d’une coalition pérenne. On ne croit plus aux sondages qui se sont toujours trompés mais ils donnent une image floue à un instant donné. Netanyahou et Gantz sont au coude à coude et celui qui parviendra au sommet, même à une voix de différence, sera désigné par le président de l’État pour tenter, enfin, de proposer un nouveau gouvernement. Le pays ne légifère plus depuis plus de neuf mois alors que des décisions économiques graves doivent être prises, en particulier pour le budget de l’État qui accuse un déficit inhabituel.



Il semble que la Droite soit moins idolâtre que d’ordinaire, certainement à cause de la mauvaise humeur d’une partie de la population et même du Procureur de l’État. Elle a rejeté la loi sur l’installation de caméras à l’intérieur des bureaux de vote, exception faite des isoloirs. Quand même ! Les partisans d’Avigdor Lieberman avaient décidé de s’opposer à cette loi.
 Cela n’a pas une incidence importante sur les contours politiques mais il s'agit d'un signe qui prouve que les députés savent jusqu’où il ne faut pas aller trop loin. Quand on pense qu’en France, les partis n’ont pas droit de cité aux abords des bureaux de vote, le nouvel électeur en Israël est toujours étonné d’être harponné par des militants politiques jusqu’à la proximité de l’urne. Par ailleurs, il n’est pas sain effectivement d’espionner les électeurs. Pour éviter de bourrer les urnes ou de trafiquer les résultats du scrutin, il est indispensable que tous les partis aient une présence permanente dans les bureaux pour assurer une présence ininterrompue.
Cette volonté de modifier la loi à une semaine du scrutin dénote une certaine nervosité, voire une certaine panique, à l’idée de ne pouvoir bloquer une accusation de corruption qui pend au-dessus de la tête de Netanyahou. Mais l’objectif caché du Likoud est d’intimider les électeurs arabes qui, se sentant fliqués voire filmés, auraient eu tendance à ne pas participer au vote. Moins il y a de votants et plus cela profite au Likoud. Il semble cependant qu’il y ait une autre explication à cette subite proposition de loi ; il s’agit de préparer le Likoud à d’éventuels mauvais résultats qui seraient contestés sous prétexte d’un vote trafiqué afin de prétendre à un troisième scrutin en raison d'une fraude massive. 
Le premier ministre a l’habitude des mises en garde de dernière minute, comme en avril 2019 où il a fait diffuser des fausses informations précisant que le Likoud était en retard de quelques sièges sur Bleu-Blanc afin de provoquer le vote utile et la défaite du couple Bennett-Shaked. La manipulation avait réussi. En 2015, il avait alerté les électeurs sur l’arrivée en masse dans les bureaux de vote, par autobus, d’électeurs arabes prêts à renverser la situation.
Aujourd’hui, la situation est grave car si Netanyahou a pu masquer sa défaite du 9 avril 2019 en empêchant un autre candidat que lui de revêtir l’habit de premier ministre, grâce au stratagème légal d’une nouvelle dissolution de la Knesset, il pourrait difficilement qualifier son éventuelle impossibilité de constituer un gouvernement autrement que de défaite.

Avigdor Lieberman a gagné des galons en restant droit dans ses bottes et il a acquis auprès de la population l’image d’opposant irréductible de Netanyahou en refusant le pont d’or de plusieurs ministères pour son parti. Alors le premier ministre n’a plus d’autres solutions que de descendre en flèche ses éventuels alliés et la première d’entre elle, Ayelet Shaked qui lui grignote des voix et d’appeler au retrait de Moshé Feiglin qui ne semble pas lui apporter beaucoup de voix.


Feiglin qui a axé sa campagne sur la libération du cannabis n’a capté qu’un électorat de gauche qui a retrouvé le chemin naturel de ses convictions politiques. Le Likoud sent qu’il ne décolle pas et son leader a besoin de faire appel à l’étranger pour se mettre en valeur. Cela explique ses voyages à la veille des élections. En Ukraine, il n’a pas réussi à gagner des voix parce qu’elles se portent historiquement sur Lieberman. S’afficher en grand sur des panneaux publicitaires avec Donald Trump et Vladimir Poutine n’apporte rien de nouveau. Il est par ailleurs pratiquement certain qu’à la dernière minute Trump va s’immiscer dans la campagne électorale mais on sait depuis longtemps que les Américains sont les alliés du Likoud. Il n’y a aucune nouveauté dans ces gesticulations.
Netanyahou a même fait appel, en dernier ressort, au député français Meyer Habib qui a fait le voyage de Paris pour poser avec le couple Netanyahou face au Mont du Temple, un symbole bien sûr. Mais l’électorat francophone pèse peu parce qu’il ne comprend pas le système électoral israélien et qu’il est tellement oublié par le gouvernement qu’il est échaudé. Il ne croit plus aux promesses. L’alyah sera d’ailleurs la plus faible cette année, moins de 1.000 immigrants au lieu des 3.000 habituels, sans compter les nombreux retours de familles asphyxiées par le coût de la vie et l’effondrement de l’euro.


Et puis, il faut dire que les conseils amicaux à l'intention de Gantz ont payé. Il est plus présent dans les médias. Il n’hésite pas à frapper là où cela fait mal. Il a abandonné son costume d’homme poli, respectueux de celui qui fut son premier ministre. Il veut voler à Netanyahou son image de spécialiste sécuritaire en pointant du doigt ses lacunes dans le traitement du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran. Il s’affirme plus compétent que lui et certainement plus intègre face aux casseroles que traîne Netanyahou.
Le premier ministre sera inculpé en octobre mais il bénéficie d’une présomption d’innocence. S’il est réélu premier ministre, le législateur a prévu la situation qui en découlera. Un ministre inculpé est contraint de démissionner selon la loi. Mais pour éviter une vacance du pouvoir, la loi permet au premier ministre inculpé de poursuivre sa fonction jusqu’au jugement final et jusqu’aux appels qui en découlent. La justice suivra son cours pendant plusieurs années.
Si Netanyahou perd sa première place, ce sera le début de l’hallali au Likoud. Tous ceux qui ont courbé la tête en rentrant dans le rang se sentiront libérés. Les "frondeurs" sont déjà en négociation secrète avec Gantz pour le cas où. La vengeance à l’égard de celui qui les a enfermés dans un placard politique et l’attrait d’un portefeuille que leur chef leur a toujours refusé, attiseront les ambitions, certains diront les trahisons.  
Le soldat Netanyahou doit sauver sa première place sinon il sera balayé par tous ceux qui l’ont encensé et qui ne craindront pas de faire preuve d’ingratitude. Le roi est mort, vive le roi. On l’a vu en France avec Nicolas Sarkozy qui a été écrasé par ses propres amis, Fillon, Juppé et le Maire, sous le regard amusé et compatissant de ses adversaires. La politique est un dur métier, elle n’accepte que les vainqueurs et gare à celui qui met un genou à terre.   

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