LE BEST-OF DES ARTICLES LES PLUS LUS DU SITE, cliquer sur l'image pour lire l'article


 

mardi 10 septembre 2019

Ukraine, à l'ouest rien de nouveau par BAZAK


UKRAINE, À L’OUEST RIEN DE NOUVEAU

Par BAZAK

Volodymyr Zelensky
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est rendu à Kiev peu avant les élections du 17 septembre. La date n’a pas été choisie au hasard ou alors ce hasard a bien fait les choses. Visite purement diplomatique ou plutôt tentative voilée d’obtenir quelques voix de plus de la communauté russophone ; l’avenir nous le dira. Autre hypothèse, Israël intermédiaire à destination des États-Unis, à voir.



Un monument commémoratif sur la famine ukrainienne a été érigé près de l'hôtel de ville de Winnipeg

Un sujet intéressait les ex-citoyens ukrainiens émigrés en Israël ; comment bénéficier d’une retraite de l’État ukrainien à la suite d’une demande israélienne. Volodymyr Zelensky lui, demandait qu’Israël reconnaisse la famine artificielle Holodomor, provoquée en son temps par Staline, qui fit plusieurs millions de morts. Ce qu’Israël a toujours réussi à éviter, pour ne pas contrarier le grand ami russe.
A l’heure actuelle, l’Ukraine a plusieurs options. Zelensky est assis sur le balancier géant d’une horloge universelle, car le temps s’écoule inexorablement. Il regarde simultanément de quel côté se dirige le balancier, à l’Est ou à l’Ouest et le temps qui reste. Certains de ses candidats ont même réussi à battre des personnalités réputées indéboulonnables, des oligarques. 75% des nouveaux députés n’avaient jamais été élus et promettent une réforme du système judiciaire et la lutte contre la corruption qui représenterait annuellement 2% du PNB chaque année.
Zelensky disposera de 254 députés, soit une majorité absolue pour gouverner tandis qu’on spécule sur 27 députés qui seraient à la botte de l’oligarque Igor Kolomoisky, pas intéressé par la lutte anti-corruption. Actuellement le pays occupe la 120ième place dans le classement des pays ayant le plus fort taux de corruption avec un score de 32% en 2018 contre 25% de 1998 à 2016 et 15/% au plus bas en 2000. Israël se situe à 61% en 2018, contre 65% en 1996, 79% en 1997 et au plus bas 58% en 2011.
Pour toutes ces raisons, le pays est considéré comme risqué et peu stable pour les investisseurs.  L’objectif de Zelensky est de se retrouver d’ici 4 ans dans les 10 premiers pays sur le plan bancaire. Actuellement il occupe le 71ième rang. Un sujet très sensible et controversé pourrait créer un réel problème dans le pays : la levée du moratoire de 2011 sur la vente des terres agricoles, à laquelle 70% des Ukrainiens sont opposés. Le FMI estime qu’elle pourrait permettre un bon de l’ordre de 20% dans la production agricole. 
Zelensky avait proposé la suppression de certains monopoles, ainsi qu’une refonte des tarifs électriques. Autant de reformes très ambitieuses qui répondraient à des demandes impérieuses des électeurs. Depuis 2016, le PNB est redevenu positif grâce à l’aide du FMI, après avoir été négatif à la suite du conflit du Donbass. La monnaie est stable. L’inflation se situe à 9% annuellement. Le nouveau président devra obtenir rapidement des résultats, car l’impatience est à la hauteur de l’enthousiasme qui a permis son élection.  
Lors de son discours inaugural, il a déclaré vouloir être celui qui finira la guerre du Donbass ; c’est un engagement lourd. Son prédécesseur en 2104 avait fait la même promesse. Le nombre de victimes depuis la signature de Minsk-2 n’a cessé d’augmenter. Dans le même temps, la Russie a élargi la zone de conflit à la Mer Noire. Pour mémoire, la Russie a annulé l’accord de 2003 en modifiant les conditions de navigation dans la mer d’Azov et le détroit de Kerch, en construisant le fameux pont qui relie la Russie continentale et la Crimée, interdisant le passage de navires de gros tonnage, pour finalement même saisir des navires ukrainiens.
Pont Russie-Crimée

La Russie a depuis proposé la double nationalité aux résidents des régions dissidentes de l’Est. La stratégie russe consiste à maintenir des zones de conflits multi facettes. Ce qui lui permet une très grande marge d’action et de négociation. Poutine est pompier-pyromane. Il allume plusieurs feux pour ensuite décider d’en éteindre certains, uniquement avec une contrepartie ! La liste est longue des infractions à des traités rendus caducs et aux interdictions de l’ONU. Fin mai, l’Ukraine a déposé plainte devant le tribunal international de la mer, mais la Russie ne reconnaît pas ses décisions. Elle a même carrément interrompu le trafic maritime du 24 juillet au 19 août en raison d’exercices militaires. Elle louche maintenant vers les champs gaziers d’Odessa et commence à exercer de nouvelles pressions en direction de la Biélorussie avec qui les relations sont médiocres. Malgré des déclarations très fermes envers la Russie, Zelensky aura beaucoup de mal, seul, à négocier avec Poutine.
L’UE par la présence de quelques 35-40 experts participe à la réorganisation de l’administration ainsi qu’à la conduite de certains projets. Cette initiative n’est pas sans soulever des problèmes au sein même de l’UE, car considérée comme du «favoritisme» Quelles perspectives ? Le président Macron souhaite organiser une réunion dans ce qu’on appelle le «format Normandie» c’est à dire quadripartite, Russie, Ukraine, Allemagne, France qui cosignèrent les accords de Minsk 1 et 2, on connait la suite, justement à l’Est dans le Donbass.
Point d’emballement donc, même après l’entretien qui a eu lieu au fort de Brégançon. Le président russe déclarait simplement : «Je vais parler avec Emmanuel Macron de mes contacts avec le nouveau président ukrainien. Il y a des choses qui sont dignes de discussions et qui provoquent un optimisme prudent». En revanche, il n’y eu aucun conseil au président Poutine sur les incendies de la forêt sibérienne. Difficile d’être plus aimable et plus diplomate ! 
La Russie considère l’Ukraine comme partie frontière de son territoire. Le foyer entretenu dans l’Est, après l’annexion de la Crimée, représente une zone-tampon au cas où l’Ukraine déciderait de resserrer ses relations avec l’UE. Poutine ne lâchera rien à moins qu’il n’obtienne à son tour une monnaie d’échange. Ne pas comprendre cette stratégie, c’est poursuivre les échecs de Minsk 1 et 2.
En étant frontalier de l’UE et de la Russie, l’Ukraine est un pays-tampon et doit accepter l’équation russe qu’on peut résumer comme suit : Que vous vous opposiez à nous, que vous vous nous ignoriez, que cela nous fasse honte, nous ne changerons pas notre politique.  

Aucun commentaire: